Les internes des hôpitaux ont récemment tenté de faire grève pour demander une amélioration de leurs conditions de travail. Cette grève a été, semble-t-il, peu suivie. Les médecins libéraux envisagent de faire grève fin décembre pour protester contre certains projets de la nouvelle loi santé (une de plus) concoctée par MST (pas de confusion, il s’agit de Marisol Touraine). Une grève des cabinets médicaux qui pourrait être suivie début janvier 2015 par celle des cliniques.
D’après ce que j’ai pu voir, c’est une loi très littéraire avec surtout des intentions (notamment sur la prévention, la tarte à la crème des gouvernements successifs et la réapparition des salles de shoot, dites à « moindres risques »), mais il en ressort également un renforcement de la prééminence des hôpitaux publics sur le secteur libéral. On peut donc s’attendre à une asphyxie des urgences qui, jusqu’à présent, n’étaient qu’à bout de souffle (car la loi ne prévoit évidemment aucun moyen).
Quant à la médecine libérale, qui, à ma connaissance, n’a pas eu son mot à dire dans l’élaboration de cette pièce montée (il n'y aurait pas de médecins dans l'entourage de MST), il est prévu d’aggraver ses emmerdements. Dans un esprit de démagogie plus que d’efficacité ou d’économie, MST envisage en deux étapes de généraliser le tiers payant, ce qui va logiquement augmenter la demande (« c’est gratuit et j’y ai droit »), augmenter la paperasse à remplir par les médecins aux dépends du temps passé à s’occuper du malade, en ajoutant également celui qui devra être consacré à vérifier les remboursements des honoraires. Le médecin libéral sera ainsi livré pieds et poings liés aux caisses, et pour gagner sa vie il devra attendre leur bon vouloir pour ce qui concerne les délais de remboursement, s’il ne subit pas éventuellement des mesures de rétorsion pour indiscipline.
La médecine libérale est agonisante et il serait charitable de la débrancher définitivement.
Alors les médecins libéraux envisagent de faire grève. Mais, chers confrères, ne vous faites pas d’illusions. Nous ne sommes pas des transporteurs routiers ou des pilotes de ligne capables de bloquer les routes ou le trafic aérien pour faire plier les autorités. Notre éthique nous oblige à organiser d’une façon ou d’une autre les soins des patients pour éviter les drames, et les hôpitaux sont là en cas d’urgence, jusqu’à l’étouffement.
En tant que médecin hospitalier, il m’est arrivé de faire grève : je portais un badge sur lequel était marqué : « médecin en grève » tout en assurant mon travail. Efficace, non ?