Des chercheurs français (Inserm) et américains (université George Washington, Washington, USA) semblent avoir découvert la zone du cerveau dont la stimulation provoque le passage de la conscience à l’inconscience. C’est en tentant de traiter une patiente atteinte d’une épilepsie par stimulation cérébrale par des électrodes, en stimulant le claustrum, fine bande de matière grise (dont la particularité est d’être en relation étroite avec presque toutes les régions du cortex), ils se sont aperçus qu’elle perdait progressivement conscience, celle-ci a été récupérée après arrêt de la stimulation mais sans aucun souvenir de ce qui s’était passé. La patiente ne s’est pas endormie, elle est restée vigile, mais sans interagir avec le monde extérieur. Abolition de la conscience-expérience, de l’expérience vécue et de la conscience de soi.
La conscience consisterait en l'intégration de l'activité des différentes parties du cerveau, rassemblant toutes nos perceptions pour n'en faire qu'une seule et unique expérience. Ce rôle de centralisation et d’intégration pourrait donc être rempli par le claustrum.
Je note cependant ce paradoxe que c’est en stimulant cette zone qui serait le « chef d’orchestre » de la conscience que l’on provoque justement l’inverse, c'est-à-dire l’inconscience, probablement en perturbant par la stimulation électrique la synchronisation des régions du cerveau impliqués dans la conscience. Le claustrum, plus que son siège ne pourrait être qu’un «interrupteur » de la conscience.
Christoph Koch, l'un des auteurs de cette étude (parue dans la revue Epilepsy & Behavior et rapportée par Sciences et Avenir) s'enthousiasme de cette découverte :"Au final, en sachant comment la conscience est créée et quelles parties du cerveau sont impliquées, nous pourrions déterminer quels êtres sont doués de conscience et lesquels ne le sont pas. Les robots l'ont-ils ? Les foetus ? Les chats, les chiens et les vers de terre ? ».
J’avoue que cet enthousiasme me laisse perplexe (mais c’est lui le spécialiste). Les robots sont jusqu’à présent dépourvus de cerveau et donc de claustrum. J’ignore si les animaux ont une « conscience de soi », mais ils ont sûrement une conscience-expérience, une intégration de leurs perceptions qui les met en relation avec le monde extérieur et leur permet d’agir et de réagir, même pour le ver de terre qui veille à sa survie. Et je suppose que ce chercheur n’a ni chien, ni chat.