ue

Publié le 8 Juin 2014

Les nouvelles normes du « Système européen des comptes » préconisent d’ajouter dès septembre prochain les activités souterraines dans le calcul du PIB car elles participent à la création de richesse d’un pays, donnant enfin leurs lettres de noblesse au sexe, à la drogue et aux trafics. Les états membres de l’UE pourront choisir le mode d’estimation de leur croissance qui leur convient, mais en fournissant des données harmonisées à l’institut européen des statistiques.

La question est d’estimer avec une exactitude satisfaisante l’importance de ces activités qui s’efforcent d’être justement invisibles car les états dans leur ingratitude et leur aveuglement cherchent à les éradiquer. La méthodologie suggérée est d’aborder la prostitution sous l’angle de l’offre et en prenant en compte la location d’un appartement et l’achat de matériel (la nature de ce matériel est-elle explicitée dans le document communautaire ?). Pour la drogue, la précision de l’Eurostat devient admirable car cet organisme « conseille de multiplier la quantité consommée par le prix moyen ayant cours dans la rue, tout en faisant jouer le paramètre du « ratio de pureté » des produits stupéfiants et des « coûts de transport et de stockage » des narcotrafiquants ». Il faut donc supposer que tous ces paramètres sont bien connus des autorités.

Il est à noter que l’Espagne, les Pays-Bas, l’Autriche, l’Estonie, la Finlande, la Norvège, la Slovénie ou la Suède intègrent déjà les revenus de la prostitution et parfois de la drogue dans leur activité économique. En fait, les activités illégales peuvent être incluses depuis 1995, mais l’UE exprime aujourd’hui le souci de les définir et d’harmoniser la façon de les estimer. Dans le document communautaire (cité par Le Monde.fr), il est spécifié : « Les activités économiques illégales ne sont considérées comme opération qu’à partir du moment où toutes les unités concernées y participent de commun accord. Dès lors, l’achat, la vente ou l’échange de drogues illicites ou d’objets volés constituent des opérations, alors que le vol n’en est pas une ». On respire.

Si l’Italie tenait compte de « l’économie criminelle » sa croissance passerait de 1,3 à 2,4 en 2014 et son déficit diminuerait. En France, l’Insee exclut la drogue et la prostitution de ses calculs mais effectue, comme les autres, un « redressement » pour tenir compte de l’activité dissimulée (qui inclut le travail « au noir »).

Les états ont une moralité à géométrie variable. La Suède réprime la prostitution mais gonfle son PIB avec. Pour améliorer la vitrine de notre économie, le gouvernement français sait ce qui lui reste à faire : considérer la prostitution comme « une activité de services [qui] participe à la création de valeur » (Friedrich Schneider, professeur à l’université de Linz) et fermer les yeux sur la vente de drogues, ce qu’elle fait déjà plus ou moins pour le trafic de rue.

Faut-il les encourager ? La question se pose. Le projet de salles de shoot va dans ce sens, mais la taxation des clients des prostituées apparait comme contre-productive alors que l’on devrait au contraire les pousser à consommer davantage à condition, toutefois, que les prostituées soient consentantes et le code de leur travail respecté. Grâce à l’UE, elles pourront désormais s’estimer fières du service rendu à leur pays.

Source (pour le sérieux) : Le Monde.fr (« Les décodeurs »).

Toulouse-Lautrec

 

Les dessous du PIB

 

Voir les commentaires

Rédigé par Dr WO

Publié dans #drogues, #PIB, #prostitution, #UE

Repost0

Publié le 19 Mai 2014

Hugo dans un discours de 1855 avait rêvé de l’Euro : « Une monnaie continentale ayant pour point d’appui le capital Europe tout entier et pour moteur l’activité libre de 200 millions d’hommes, cette monnaie une, remplacerait et résorberait toutes les absurdes variétés monétaires d’aujourd’hui, effigies de princes, figures des misères ; variétés qui sont autant de causes d’appauvrissement ; car, dans le va-et-vient monétaire, multiplier la variété, c’est multiplier le frottement ; multiplier le frottement ; c’est diminuer la circulation. En monnaie comme en toute chose, circulation, c’est l’unité » (cité par Michel Winock, historien).

Il est vrai que l’on lit peu Victor Hugo sauf pour faire un film ou une comédie musicale d’une de ses œuvres. Lorsque l’on demanda à Gide quel était le plus grand écrivain français, il répondit : « Victor Hugo, hélas ! ». Je crois que l’on ne lit plus beaucoup Gide non plus.

Evidemment, j’ai retranscris cette citation car nous sommes à la veille des élections européennes que les Français bouderont sans doute, et nombre de ceux qui iront voter, voteront pour les partis qui vouent l’UE aux gémonies, qu’il s’agisse des anticapitalistes génétiques qui ne savent pas trop par quoi remplacer le capitalisme honni et qui devraient se souvenir de la prédiction de Marx : « Ce qui survient une première fois comme tragédie se répète comme farce », ou les fervents de la ligne Maginot, symbole grandiose d’une France en retard d’une guerre , et qui refusent de voir que le monde a changé autour de l’hexagone.

Mais ceux qui crachent sur l’UE, ne crachent pas sur les émoluments qu’elle leur accorde si généreusement, même s’ils ne mettent que rarement les pieds, après leur élection, au Parlement européen.

On sait où mènent les nationalismes exacerbés, et sans l’UE qui pourrait-on accuser de tous les maux ? Le boche ou la perfide Albion ? Je les encourage donc à voter pour l’UE, bouc émissaire tout trouvé et moins dangereux, même si sa course est parfois un peu folle, qu’ils prennent soin – dans leur propre intérêt - de ne pas le tuer.

Voir les commentaires

Rédigé par Dr WO

Publié dans #élections européennes, #UE, #Victor Hugo

Repost0