Chère Madame Huaimpé,
Je me vois dans l’obligation de vous écrire cette lettre au sujet de votre fils, le petit Nicolas.
Depuis sa rentrée, je le trouve très agité. Il va d’une place à une autre, il dénigre ses petits camarades et leur manque de respect dès qu’ils ne sont pas d’accord avec lui. Il monte sur l’estrade quand nous avons le dos tourné en se vantant d’être le meilleur et en déclarant que tous les autres sont des imbéciles. Bien sûr, comme c’est un meneur, il entraîne dans ses expéditions quelques-uns de ses camarades de jeu qui ne se souviennent plus des plaies et des bosses qu’ils ont récoltées en le suivant.
Je sais, chère Mme Huaimpé, que votre situation est difficile et que vous m’avez affirmé lors de notre entretien que le petit Nicolas avait changé, que les vacances l’avaient assagi, qu’il était devenu plus posé, moins hyperactif et agité, mais je suis navré de vous dire qu’il n’en est rien. Je crois même que son état a empiré avec une pointe d’agressivité.
Quant à son travail, n’en parlons pas. Il dit qu’il est le meilleur, mais on ne sait pas en quoi. Ses dissertations manquent singulièrement de fond et d’imagination et il est si faible en calcul qu’il lui est arrivé de demander à d’autres de remplir ses devoirs. Il semble n’avoir rien appris de son passage dans l’établissement précédent dont il a été exclu.
Enfin, sans vouloir me mêler de votre vie privée, n’avez-vous pas constaté qu’il manquait de l’argent dans votre porte-monnaie ? Si je me permets de vous poser une telle question, c’est que le petit Nicolas réunit fréquemment sa petite troupe de fidèles dans des arrière-salles, réunions qui exigent tout de même quelques frais qu’il ne semble avoir aucune difficulté à assumer.
Dans l’état actuel des choses, sans vouloir anticiper les jugements futurs, nous ne savons pas s’il sera digne de passer dans la classe supérieure.
Je vous prie de croire, chère madame, en mes sentiments les meilleurs.
Signature illisible