Une journaliste, animant un débat d'experts à propos des attentats du vendredi 13, semblait avoir eu subitement une illumination - je n'ose pas dire une révélation - en posant cette question existentielle à ses invités : « mais l'organisation de l'état islamique n'est-elle pas une secte ?! » Ce qui à ses yeux paraissait tout expliquer.
Bien que cela ne fut pas la réponse donnée par l’aréopage, il me semble, ma bonne dame, que toutes les religions sont des sectes.
Le Petit Robert donne plusieurs définitions du mot « secte » :
(D1) Groupe organisé de personnes qui ont la même doctrine au sein d'une religion.
(D2) Communauté fermée d'intention spiritualiste, où des guides, des maîtres exercent un pouvoir absolu sur les membres..
(D3) Ensemble de personnes qui professent une même doctrine.
Toutes les religions répondent à (D3) et toutes les religions monothéistes ont répondu à un moment ou à un autre de leur histoire à (D1) ou (D2).
Sortant de l’Égypte polythéiste, Moïse a imposé au peuple hébreu la croyance en un dieu unique à la fois protecteur et exigeant, d'autant plus puissant qu'il était unique. Pour le protection ce fut plutôt raté, mais les dévots ne manquent jamais d'affirmer après chaque massacre que la protection n'avait été retirée que parce que les exigences n'avaient pas été intégralement respectées. Les prêtres ont tendance à ajouter la culpabilité au malheur.
Il est possible que Moïse se soit inspiré du pharaon Akhenaton qui imposa pendant son règne, environ un siècle auparavant, la croyance en un dieu unique : le disque solaire. Une croyance des plus sensées, puisque le Soleil est à l'origine et au maintien de toute vie sur Terre et que tous peuvent vérifier chaque jour son existence. Religion d'une simplicité biblique qui n'a duré que le temps de son créateur.
Le christianisme, comme chacun sait, fut d'abord une secte juive constituée par un petit cercle de disciples croyant en la parole de Jésus de Nazareth, mais qui comptaient bien rester dans la religion de leurs pères. Sa séparation du judaïsme et son expansion furent surtout l’œuvre du juif Saul de Tarse (Saint Paul), et il est possible que sans lui l'Empire romain aurait tôt ou tard adhéré au monothéisme juif qui s'était déjà répandu en son sein, et ces noyaux judaïques furent finalement les vecteurs du christianisme. L'influence gréco-romaine fit du christianisme un polythéisme résiduel par la croyance (imposée tardivement) d'un dieu incarné dans un homme, et en faisant de sa mère une divinité. Ces dernières croyances n'avaient plus rien à voir avec le judaïsme dont le nom même de dieu est un mystère.
Mahomet imposa par les armes aux tribus bédouines polythéistes un monothéisme que celles-ci considéraient au début comme sectaire. Monothéisme très épuré, dont la simplicité allait séduire de gré ou de force beaucoup de monde. Inspiré du judaïsme, Mahomet le proposa logiquement aux juifs de Médine lorsqu'il fut accueilli par eux après sa fuite de la Mecque. Les tribus juives de la péninsule arabique habituées à leur religion depuis près de deux millénaires refusèrent la proposition de Mahomet, ce qui leur coûta la vie par la suite.
L'adage qui veut que les religions ne sont que des sectes qui ont réussi se vérifie dès que l'on se penche sur leur histoire. Alors espérons que l'EI, qui répond aux trois définitions, échouera, mais on ne peut nier qu'il revêt l'aspect sectaire et sanglant de l'islam originel qu'il revendique. Même s'il disparaît en perdant l'attrait du califat, il n'est pas sûr que sa doctrine intégriste et obscurantiste ne se développe pas dans le monde musulman qui comporte déjà des pays dont la doctrine religieuse est similaire.