Dans ma vie professionnelle j’ai beaucoup menti. Bien sûr, je n’ai jamais dit sciemment quelque chose de faux si je connaissais la vérité, mais j’ai menti par omission car souvent je n’ai pas dévoilé aux patients tous les possibles de leur avenir à court ou moyen terme (car à long terme chacun connaît le sien). D’abord, parce que le pire n’est jamais sûr, même s’il est probable, parce que l’on peut se tromper, et qu’enfin un traitement peut être trouvé à temps pour changer les choses. Aujourd’hui dévoiler la vérité est quasi obligatoire et les connaissances diffusées par internet sont à la portée de tous, une diffusion source d’angoisse inutile car les connaissances sont souvent mal interprétées par l’intéressé et toujours dans un sens défavorable.
Mentir fait partie de la politique et on ment de plus en plus franchement. Mais s’il y a des secrets nécessaires pour gouverner, d’autres ne font partie que de la propagande. Une propagande mesurée et qui reste vraisemblable dans les démocraties, une propagande souvent grotesque, mais pas inefficace, dans les dictatures. Les autorités russes mentent depuis des lustres des tsars à Poutine, tout le monde sait qu’elles mentent et ceux qui mentent savent que tout le monde le sait. Il s’agit en quelque sorte de la franchise dans le mensonge qui se renouvelle par tacite reconduction. Trump nous en a donné aussi quelques exemples dans ses « vérités alternatives » et les dictatures asiatiques ont leurs maîtres à mentir.
En Iran pour calmer les manifestations - évidemment fomentées par l'étranger - qui se sont soldées jusqu’à présent par au moins 448 morts, dont 60 enfants et 29 femmes et des peines capitales prononcées contre au moins 6 manifestants, le procureur général a lancé l’abolition de la police des mœurs comme un os à ronger mais sans la moindre confirmation, et le ministre iranien des Affaires étrangères Amir Abdollahian à l'occasion d'une visite en Serbie, s'est seulement fendu d’un mensonge sans voile : « En Iran, tout avance favorablement dans le cadre de la démocratie et de la liberté. ».
Illustration : Le Caravage : « Les tricheurs »