En ces temps où les musées sont veufs de leurs visiteurs qui ne peuvent regarder que leurs façades, l’artiste JR permet la visite d’une salle du palais Strozzi à Florence. Une visite par effraction grâce à un collage en trompe-l’œil qui ouvre une large brèche (l’oeuvre étant intitulée « La Ferita », la « Blessure ») dans la façade permettant de voir deux tableaux de Botticelli et une sculpture de Jean Bologne. (Vous pouvez cliquer sur l’image pour l’agrandir). Je trouve cette idée originale et le collage en lui-même ne manque pas de beauté. L’œuvre de JR inaugurée le 19 mars 2021 est assez symbolique de la place grandissante de l’image comme substitut du réel ou carrément pour le remplacer en le faisant disparaître comme dans la « réalité augmentée » fournie en boîte de conserve. Visite virtuelle d’un musée ou du monde, mais aussi sexualité en voyeur et par procuration. Parallèlement à l’invasion de l’image sous toutes les formes, l’écrit a tendance à s’atrophier pour mieux circuler sur les réseaux sociaux. Il est plus facile d’éructer que d’argumenter comme il est plus facile de visiter le paysage assis sur son séant que de le toucher de son corps. Je trouve que le terme : "dématérialisation" qui traduit un phénomène irrésistible, et qui nous est imposé, a quelque chose d'effrayant car il nous annonce que la réalité va devenir de plus en plus fantomatique.