Lors de sa visite au Mont Saint-Michel, le chef de l'Etat a déclaré : « Si on n'aime pas les étrangers, c'est difficile de vouloir développer le tourisme […]. Si on veut protéger les frontières, ce sera le cas si nous somme menacés, mais nous ne sommes pas menacés par les touristes, et, s'ils ne voient pas dans notre pays une grande nation ouverte, ils se détourneront nécessairement » (Le Figaro du 2/11/15, relevé par le Canard enchaîné).
Passons sur le style de la plume présidentielle, à moins qu'il ne s'agisse que d'une improvisation Hollandesque.
En dehors de quelques dictatures folles, a-t-on vu un pays se fermer au tourisme ? La « nation ouverte» semble donc suggérer un rapprochement entre les touristes et les immigrés en tant qu'étrangers, ce qui est plutôt original. Considérer l'immigration comme du tourisme est assez osé, mais considérer les touristes comme des immigrés qu'il faut s'efforcer de bien accueillir ne l'est pas moins.
Penser que les touristes éviteraient de venir en France si l'on rejette les immigrés, c'est avancer : soit qu'ils pourraient se considérer ou être considérés comme tels, ce qui ne vient à l'idée de personne, soit que le choix de leur destination risque d'être influencé par la politique migratoire du pays où ils comptent se rendre, ce qui pourrait être néanmoins le cas si cette politique favorise l'insécurité.
Dans sa grande clairvoyance et dans son discours, le Président de la République a bien voulu admettre que nous ne sommes pas menacés par les touristes. Ouf ! Ceux-ci vont se sentir soulagés de ne pas être considérés comme des étrangers agressifs et pourront venir paisiblement dépenser leur argent en France.
Mais si nous ouvrons généreusement nos frontières aux touristes, par qui serions-nous éventuellement menacés au point de les protéger ?
Dessin de Jean paru dans le Point du 22/10/15