Par ce froid, le ministre de l'Intérieur, Bruno Leroux a crânement déclaré : "Personne ne devra rester dans la rue… ». Fort bien, mais en dehors de ceux qui n’ont malheureusement pas de domicile fixe, qu’en est-il des prostituées dont beaucoup sont obligées de rester dans la rue ?
La loi d'avril 2016 sur la prostitution, en pénalisant le client, n’a pas fait évidemment disparaître la prostitution, mais a raréfié les clients et a contribué à précariser les prostituées. (voir aussi : "Le client ne sera-t-il plus roi ?")
Il est interdit aux propriétaires de leur louer un local car ce serait tirer profit de la prostitution, comme il est interdit aux prostituées de s’associer pour travailler en intérieur.
"Grand froid ou pas, ceux ou celles qui payent 50 euros leur chambre d'hôtel devront quand même faire un ou deux clients pour dormir au chaud" (porte-parole du Strass).
Si le proxénétisme et la prostitution obligée sont des horreurs, la prostitution plus ou moins indépendante existe, et aucune loi n’a jamais réussi à la faire disparaître. La législation ne devrait-elle pas essayer de la rendre moins précaire ?
Pour le SIDA, une étude[1] portant sur 27 pays européens, publié en janvier par The Lancet HIV, montre que les politiques les plus prohibitionnistes en matière de prostitution sont aussi celles qui favoriseraient le plus les contaminations par le VIH.
La prévalence moyenne de l’infection à VIH chez les prostituées, est de 4,02 % dans les pays où cette pratique est totalement interdite (10 pays) contre 0,5% pour les états qui ont au moins partiellement légalisé cette activité. Ainsi l’Allemagne qui est le pays où la prostitution est légale (avec en particulier des maisons closes) est aussi celui où le taux de contamination est le plus faible.
Les lois qui criminalisent la vente et l’achat de rapports sexuels risquent de conduire à l’isolement des prostituées et à réduire l’accès aux soins et à la prévention.
L’auteur de cette étude conclut : « Nos résultats sont concordants avec d’autres travaux qui montrent que le retrait des lois criminalisant cette activité protège les travailleurs du sexe, leur permet de bénéficier d’assurance sociale et de protection juridique. Une telle légalisation augmente le recours aux préservatifs, réduit le risque de violence et renforce le pouvoir de ces femmes pour imposer l’usage du préservatif. »
Toulouse-Lautrec : « L’inspection »
[1] Reeves A et coll.: National sex work policy and HIV prevalence among sex workers: an ecological regression analysis of 27 European countries. Lancet HIV 2017; publication avancée en ligne le 24 janvier (http://dx.doi.org/10.1016/S2352-3018(16)30217-X).