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La politique ou la diplomatie était l’art de mentir en donnant l’apparence de la vérité. Aujourd’hui, elles utilisent l’art de dire le mensonge sans prétendre dire la vérité. Un politique ou un diplomate doit être capable de mentir sans que son nez s’allonge en balayant les évidences et les faits démontrés. Il s’agit de mentir avec aplomb sans être gêné le moins du monde par le fait que l’auditoire, parfois mondial, est parfaitement conscient que le discours n’est qu’un tissu de mensonges.
Le mensonge est devenu une « vérité alternative », celle adoptée par le menteur, ce qui lui permet de dire qu’il ne ment pas en se référant à sa conception de la vérité dans un monde parallèle où dominent les critères de l’efficacité. Est vrai que ce qui marche et pour que ça marche, il est plus facile de mentir que de s’embarrasser des faits si on ne peut pas les transformer à sa guise. Comme le disait un dissident russe à l’époque de l’URSS (je crois qu’il s’agissait d’Alexandre Soljenitsyne) : « les autorités communistes mentent, les citoyens savent qu’elles mentent, et les autorités savent que les citoyens savent ».
Si Poutine, le nostalgique de l’URSS, continue cette tradition, tous les dictateurs font de même, c’est même à ça qu’on les reconnait. Les démocraties ont été contaminées, cela s’est nettement vu avec le flacon, censé prouver la présence d’armes de destruction massive en Irak, brandi à l’ONU par l’Américain de service pour déclencher une deuxième guerre contre Saddam Hussein, mais l’auditoire n’était pas certain qu’il s’agissait à l’époque d’un mensonge. Et nous avons avec Trump l’épanouissement de la « vérité alternative », celle qui l’arrange, approuvée par ses courtisans suffisamment incompétents pour ignorer où la vérité se trouve et peu importe d’ailleurs où elle pourrait se trouver.
Illustration : Magritte