• « Improvisation » est le terme qui revient le plus fréquemment dans le discours des politiques de l’opposition et dans celui des commentateurs de l’actualité. Chaque décision du gouvernement pour tenter de contrôler l’épidémie est jugée comme mal communiquée, incohérente, erratique, donc improvisée. Ces critiques, souvent ironiques, aimeraient donc que les autorités aient une stratégie claire, parfaitement planifiée et stable pour lutter contre un ennemi invisible, imprévisible et qui se répand dans l’air entre les individus dont les comportements sont eux-mêmes imprévisibles et illogiques. Les accusateurs pensent que l’on peut planifier la lutte contre une épidémie comme on peut planifier dans le temps la construction d’un barrage ou tout autre événement dont on connaît tous les paramètres à l’avance. Curieuse illusion. Entendons-nous, la conduite du gouvernement dans cette crise sanitaire est loin d’être irréprochable et les incohérences ne manquent pas, mais le procès qui lui est fait « d’improvisation » est à mon avis injuste. On pourrait aussi le faire à bien d’autres gouvernements confrontés au même problème. Il faut tout de même savoir que l’improvisation en médecine est courante et même nécessaire. Un médecin qui n’improvise pas dans la conduite de ses actes thérapeutiques et ne les adaptent pas peut devenir criminel. Face à une maladie, rien n’est donné, rien n’est certain, et si l’on s’efforce d’avoir des protocoles pour chaque cas, on sait aussi que chaque malade peut réagir différemment au protocole prédéterminé qui lui est appliqué. Que dirait-on d’un médecin s’il n’arrêtait pas ou ne modifiait pas un traitement mal toléré ou n’ajouterait pas un autre traitement pour améliorer la tolérance du premier ? La COVID-19 est une maladie qui était inconnue et dont on ne possède aucun traitement spécifique, comment éviter l’improvisation pour tenter de la contrôler ? On voit des commentateurs, souvent non médecins, qui semblent posséder des solutions à la crise actuelle (parfois inapplicables dans la réalité), et au lieu de serrer les rangs, cherchent à en tirer un avantage politique. Ils s’improvisent donneurs de leçon en regrettant que telle ou telle décision n’ait pas été prise antérieurement mais en général sans l’avoir proposée au moment il aurait fallu le faire. Ces discours marqués du sceau du « yaka », et en particulier ceux des mélenchonistes, à qui je ne confierais sûrement pas ma peau, finissent par devenir irritants.

    346. ImprovisationUne chaîne TV d'information continue fête son millième épidémiologiste

     


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  • 345. Un remède pire que le malL’épidémie de COVID-19 que nous n’arrivons pas à juguler n’est pas le pire des maux. Sa mortalité est inférieure à 1%, beaucoup de personnes contaminées ne ressentent peu ou pas de troubles alors que des maladies virales comme la fièvre Ebola qui peut tuer un patient sur deux ou le SIDA qui tuait tous les patients atteints avant la découverte de son traitement antiviral sont d’une nature implacable. Dans l’absolu, la COVID-19 n’est pas une maladie grave mais elle peut faire des ravages en raison de sa contagiosité et lorsqu’elle touche les plus fragiles (ce qui est le cas pour toutes les maladies). Virus respiratoire, le SARS-CoV-2, est projeté par l’expiration, la parole, la toux, l’éternuement, directement sur l’autre ou sur des surfaces que l’on touche par la suite et que l’on porte sur ses mains. Un effort collectif, une discipline de chacun, jeune ou vieux, pourrait arrêter cette épidémie, au lieu de quoi le gouvernement se voit obligé de nous asséner un remède de cheval, l’assignation à résidence pour ne pas déborder les capacités hospitalières que l'on s'est efforcé de réduire depuis de nombreuses années avec le concept "gribouillesque" qu'en supprimant des lits on supprimerait d'autant le nombre de malades pour faire des économies. Un remède de cheval qui risque de tuer la bête et qui fera dans l’avenir plus de mal que le mal et c’est sûrement ceux qui l’ont négligé et pour certains pour « faire la fête », qui en pâtiront le plus. Notons cependant que les Français se sont montrés dans l'ensemble disciplinés ce qui rend la situation d'autant plus désespérante en France comme en Europe et amène à se poser des questions sur les modes de contamination.


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  • Le droit de dire n’importe quoi« La Défenseure des droits Claire Hédon, qui vient de prendre à ce poste la succession de Jacques Toubon, appelle dans une tribune au Monde, à l’heure où il est probable que nous devrons apprendre à vivre avec le virus, à sortir du diktat de l’urgence » et déclare que « L’existence d’un débat démocratique de fond sur le caractère adapté des mesures sanitaires favoriserait la cohésion sociale ». Il est probable que Mme Claire Hédon tient à montrer qu’elle existe et une bêtise ne passe jamais inaperçue. Un débat démocratique pour juger des mesures sanitaires instaurés ? Déjà que ceux qui connaissent la question ont du mal à les adapter dans une situation sanitaire mouvante, et cette brave dame aimerait que la population en débatte et donne enfin un avis plus éclairé que ceux des médecins qui ne manquent pas de se contredirent ? Par referendum ? Elle veut sortir du « diktat de l’urgence » ? Pourquoi ne pas demander au virus, malgré son mauvais caractère, de faire une pause afin de nous donner le temps de débattre démocratiquement pendant des semaines, à travers la France, pour enfin obtenir un consensus sur la conduite adaptée à tenir ? Que ceux qui ne sont pas encore contaminés veuillent bien attendre avant de le devenir, leur droit à la santé a trouvé sa défenseure.

    NB Ajoutons à la défenseure sus-nommée François Ruffin, des insoumis au bon sens, qui vient de proposer une "convention citoyenne sur le coronavirus".


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  • 343. La liberté de contaminer et d‘être contaminéSur les plateaux TV lorsque le sujet traité est celui de l’épidémie, et il l’est pratiquement en continu, il y a au moins un des intervenants qui s’offusque des entraves à la liberté imposées par le gouvernement pour lutter contre sa diffusion. Le confinement était une assignation à résidence avec quelques sorties permises, et aujourd’hui les parangons de la liberté ironisent sur le terme de couvre-feu qui n’est utilisé qu’en période de guerre. Il serait en effet plus exact de parler de confinement nocturne ou d’interdiction de sortie de telle heure à telle heure puisque les lumières continuent à illuminer la ville, mais peut-être que les autorités préfèrent éviter le terme « d’interdiction » qui serait encore plus offensant pour les oreilles des défenseurs des libertés publiques. Pourtant, en période normale, ces défenseurs admettent toutes les entraves à la liberté qui permettent de vivre en société, tous les impératifs imposés par ex. par le code de la route, toutes les interdictions qui conduisent à ne pas tuer et à ne pas se faire tuer. Curieusement, personne ne demande à ces chatouilleux de la liberté comment faire autrement pour être efficace contre l’épidémie sans aucune entrave aux libertés publiques. Cependant, ils font eux-mêmes des propositions, que l’on pourrait qualifier de drolatiques. D’abord, ils reprochent au gouvernement de ne pas faire de pédagogie. Ce qui laisse penser que ces gens sont sourds et aveugles ou idiots car cette pédagogie nous est délivrée à doses massives depuis des mois et par tous les moyens de communication jusqu’à donner la nausée et provoquer l’angoisse. Ensuite, ils affirment qu’il faut faire appel à la responsabilité de chacun, ce qui conduit à penser qu’il faut ajouter aux handicaps précédents, celui de naïveté. En somme que veulent-ils ? Peut-être la liberté de contaminer les autres et d’être contaminés, ce qui permettrait à certains de faire un procès au gouvernement pour ne pas avoir fait le nécessaire, ce qui n’exclut pas le fait que ce nécessaire n’est pas toujours mis en œuvre de la meilleure façon possible. Illustration : Yue Minjun


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  • Cette épidémie a montré au public un visage de la médecine dont il n’avait pas l’habitude : celui des controverses, des disputes, et surtout celui de l’incertitude, ce qui conduit à une valse des tribunes contradictoires paraissant dans les médias au point que l’on peut se demander si le corps médical ne subira pas le sort du corps politique : la perte de confiance, avec le risque de favoriser l’extension des médecines dites alternatives et l’éclosion des charlatans. Cette épidémie a mis par ailleurs au grand jour la distinction ancestrale entre les médecins optimistes et les médecins pessimistes. Il est bon de fréquenter les optimistes, vous sortez de leur cabinet le sourire aux lèvres mais il arrive parfois, heureusement rarement, d’en mourir. Les pessimistes vous gâchent la vie qui vous reste, mais il leur arrive souvent de la sauver. Le bon médecin est celui qui alterne les deux attitudes à bon escient. Face à la covid-19 nous avons le camp qui parait optimiste en s’élevant contre les mesures restrictives des libertés qui lui paraissent excessives et disproportionnées par rapport à la situation sanitaire réelle, en soupçonnant une quasi manipulation des chiffres statistiques fournis par le gouvernement. C’est ainsi qu’une tribune est parue dans Médiapart (après avoir été refusée par le JDD) signée par 300 scientifiques parmi lesquels de nombreux médecins mais peu d’épidémiologistes, infectiologues et urgentistes et pas mal de personnalités qui n’appartiennent pas au corps de santé : philosophes (comme Comte-Sponville), sociologues, psychologues, juristes etc…En fait ces « scientifiques » sont de faux optimistes, ils s’élèvent, certes, contre la « théorie catastrophiste », mais ce sont en fait des docteurs « tant pis », car que disent-ils ? Que l’espoir de faire disparaître le virus est une “illusion”. “Le SARS-CoV-2 circule dans le monde depuis environ un an. Il continuera à circuler, comme l'ensemble des autres virus qui vivent en nous et autour de nous, et auxquels nos organismes se sont progressivement adaptés”. En quelque sorte : laissons faire, on verra bien. En face, le camp qui semble pessimiste. Il est composé de médecins qui redoutent de revivre l’afflux de malades du mois de mars et réclament les mesures restrictives. Il n’est donc pas étonnant d’y retrouver beaucoup de médecins qui sont en première ligne : infectiologues et urgentistes, contrairement à l’autre camp où peu ont été sur le terrain hospitalier et parlent plus en théoriciens qu’en praticiens. A noter que les membres de l’Académie de médecine qui ont quitté la pratique depuis pas mal de temps sont également dans ce camp des pessimistes en soulignant « l’effet délétère de discours contestant l’efficacité et la nécessité des mesures de prévention ou décriant leur caractère obligatoire au nom de principes libertaires ». En fait ce camp qui redoute une « deuxième vague » est composé de faux pessimistes, ils pensent, contrairement au camp opposé, qu’il ne faut pas « laisser aller » mais que les mesures, si elles sont respectées, seront efficaces. Dans cette incertitude scientifique, celui qui prend les coups est le gouvernement ; quelles que puissent être les décisions prises, elles seront jugées mauvaises par l’un ou l’autre camp, et vis à vis du public, il traine en outre le péché originel des masques où il s’est fait pipi dessus devant tout le monde.


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  • Il ne s’agit que d’un séparatisme sanitaire. Les édiles des Bouches du Rhône estiment que les mesures prises par Véran pour enrayer l’épidémie dans ce territoire (comme à la Guadeloupe) est une "punition", un « affront », une « stigmatisation », le mot racisme n’a pas été prononcé mais cela de saurait tarder. Il s’agirait quasiment d’un complot parisien, et on reproche au ministre de la santé l’absence de concertation avec les élus locaux. C’est fort possible et c'est dommage, mais les mesures sanitaires peuvent être bonnes ou mauvaises, par contre il paraît peu raisonnable de les prendre après un marchandage. Bien sûr, les Marseillais considèrent que les mesures prises sont excessives, recherchant surtout un effet d’annonce et masqueraient l’incapacité du gouvernement à contrôler l’épidémie et surtout la mise en œuvre de celles déjà prises. Ils semblent oublier qu'une mesure locale a un impact national sur la circulation du virus. Ils proposent d’attendre dix jours avant d’en prendre de nouvelles, délai qui permettrait de juger de leur opportunité en fonction de l’évolution. Mais si la situation est jugée aujourd’hui préoccupante, notamment dans les hôpitaux, il y a une forte probabilité pour qu’elle devienne pire dans dix jours si rien n’est fait par rapport à la situation actuelle. Bien entendu, étant hors circuit, je ne sais pas qui a raison sur le plan sanitaire mais il est certain que sur le plan économique les mesures restrictives aggraveront la situation, et on peut comprendre le lever de boucliers des restaurateurs et des bistrotiers, au bord de la révolte, qui estiment, et peut-être n’ont-ils pas tort, que leurs clients iront faire la fête (qui, comme chacun sait, est obligatoire) ailleurs avec moins de précautions sanitaires. Ce qui est intéressant est que les édiles marseillais ont réclamé la création d’un conseil départemental qui serait amené à prendre les décisions sanitaires au plan local, en négligeant le fait qu’il existe déjà une Agence Régionale de Santé pour les Bouches du Rhône, mais je suppose qu’ils l’estiment trop inféodée à Paris. Je suppose aussi que Raoult aurait une place de choix dans un tel conseil, non seulement en raison de sa compétence et de sa popularité, mais également de son optimisme puisqu’il a considéré au début de l’année que la COVD-19 n’était qu’une « grippette » faisant éternuer quelques chinois et dont il ne fallait pas avoir peur, que la mortalité à Marseille était plus faible qu’ailleurs (grâce notamment à l’hydroxychloroquine), que le virus avait des chances de disparaître avec la chaleur, et il affirme à présent que le virus a muté, que les formes sont moins graves avec moins de phénomènes inflammatoires, moins de thromboses et d’embolies pulmonaires. Curieux pour un clinicien thérapeute (ce qu’il prétend être en plus d’être chercheur) de passer sous silence que l’on traite à présent mieux les formes sévères, et que la diminution des phénomènes inflammatoires est sûrement liée à la prescription de corticoïdes, et celle des thromboses et d’embolies pulmonaires à la prescription  d’un anticoagulant. Si le virus paraît un peu moins méchant c’est sans doute que nous avons de meilleures armes pour éviter les complications. Si je souhaite que Raoult ait raison, je reste néanmoins dubitatif.

    ANNEXE 1 : D’après le Monde.  Didier Raoult réplique en adressant un courrier très sec à ses confrères de l’Assistance publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM) : “Vous portez une responsabilité dans les mesures déraisonnables prises contre la ville, par le ministre de la Santé”. Le Pr Raoult accuse également ses confrères de diffuser des “messages alarmistes qui ne reflètent absolument pas la réalité” et les tient donc pour responsables des mesures annoncées par Olivier Véran. Pour sa part Il relève “une stabilisation du nombre de cas diagnostiqués depuis le 6 septembre, avec une diminution régulière du nombre de cas (…) des résidents de Marseille”. A l’IHU Méditerranée, dont il est le directeur, l’incidence serait passée de 20% à 5% des personnes testées sur la période. Pour lui, le nombre de passages en réanimation -de 34 à 38 selon lui- ne “témoigne pas” non plus d’un “flux particulier”. Il donne encore d’autres chiffres qui vont dans son sens : alors que 120 cas de Covid étaient pris en charge tous les jours début septembre, ils ne sont plus que “autour de 70” actuellement. “Dans ces conditions, affirme Didier Raoult, véhiculer des messages de cette nature ne rend service à personne et ne reflète en aucun cas la réalité.”

    ANNEXE 2 341. Marseille réclame son indépendance


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  • 340. Pas sérieux, s’abstenirJe ne connais pas personnellement le Pr Didier Raoult. J’ai lu quelques-uns de ses écrits qui m’ont toujours paru intéressants. Pourtant, je n’ai pas pu écouter son audition au Sénat où il a refusé la discussion avec d’autres médecins de sa partie en déclarant : « Je ne peux pas me retrouver à discuter avec des gens qui disent que je fraude et que je triche… » en ajoutant : « J'ai écrit 3 500 publications internationales, je n'en ai rétracté aucune ! ». Un fait d'arme qui, pour lui, devrait faire taire tous ses contradicteurs, aucun n'étant à sa hauteur. 3500 publications, cela représente un rythme continu, même pendant le week-end, d'une étude publiée tous les quatre jours pendant quarante ans ! Et là je me suis dit, sans contester sa compétence en microbiologie (d’autant plus que je suis incapable de la juger), que ce type était peut-être brillant mais pas sérieux, et lassé de ses rodomontades, j’ai arrêté la télévision. Mais je viens de voir que la moitié des Français le soutiendraient et 4 sur 10 prendraient son traitement par l'hydroxychloroquine. D'abord, je ne vois pas exactement ce qu'ils soutiennent en dehors de l'individu pseudo rebelle, puisqu'ils sont incompétents pour le juger sur le plan médical, ensuite, choisir un traitement par sondage est une nouveauté, que semble ailleurs apprécier le microbiologiste marseillais (et non clinicien traitant comme il semble le prétendre), ce qui nous ouvre des horizons scientifiques fertiles pour les publications futures.


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  • 339. Et moi, et moi, et moi…Cette photo montre la manifestation « d'anti-masques » à Paris, place de la Nation, le 29 août (Photo by Adnan Farzat/NurPhoto via Getty Images) et on voit au premier plan la pancarte proclamant : « masque vaccin liberté de choix ». En somme, il s’agit d’une manifestation pour soi, pour sa petite personne, « je veux choisir ce qui me convient ». Le corolaire qui découle de cette proclamation rebelle est tout simplement : « les autres, je m’en fous, ce qui est important est ma liberté, celle des autres m’indiffère, ce qui peut leur arriver n’est pas mon problème". En cas d'épidémie, cette liberté réclamée est celle de transmettre son virus aux autres. Il y a des partages plus généreux. On pourrait m’accuser d’attribuer à ces manifestants des pensées qu’ils n’ont pas, mais dans ce cas, ce serait de l’inconscience, de l’irresponsabilité et aucunement un déficit cognitif qui les empêcherait de raisonner car les anti-vaccins se recrutent plus chez les diplômés, voire chez des élus, que dans les classes populaires. Or, le vaccin, comme le masque, est préconisé aussi bien pour protéger les autres que se protéger soi-même. La vaccination est efficace que si la majorité possède les anticorps contre le germe. J’ai entendu, il y a quelques années, l’actrice Adjani se vanter sur les ondes que ses enfants n’avaient pas eu de maladies contagieuses alors qu’elle avait refusé de les faire vacciner. Il ne lui est pas venu à l’esprit que ce sont les autres enfants vaccinés contre les maladies infantiles qui ont permis à ses rejetons d'y échapper. Pour le masque, c’est encore plus net : il protège davantage l’autre que soi-même dans les circonstances qui favorisent la contamination, ces conditions peuvent toujours se discuter, mais être contre le port du masque en toute circonstance ou selon son bon vouloir n’est pas sérieux en période épidémique, à moins de suivre scrupuleusement les autres gestes préventifs, même dans la foule. On pourrait, certes, déterminer les circonstances dangereuses et faire confiance à tous pour s’y plier sans aucune intervention des autorités. Ce serait l’idéal, mais je crains que cela ne soit pas très réaliste, du moins chez nous. La fondation Jean Jaurès publie aujourd’hui une première étude sur le profil des « anti-masques » en France sur plus d’un millier de réponses à un questionnaire en ligne. Les caractéristiques qui ressortent schématiquement de ce groupe sont : 1- Une majorité des femmes : 63%. L’âge moyen serait la cinquantaine. La plupart s’opposent à toute contrainte de la part de l’Etat. Une tendance populiste a été notée avec rejet des partis traditionnels et peu de participation aux élections. 2- Une défiance extrême envers les institutions en s’appuyant, entre autres, sur les cafouillages initiaux des représentants de l’Etat sur l’utilité du masque, voire sur sa dangerosité. Cette défiance touche même les hôpitaux qui ne récoltent la confiance que chez 53% des personnes interrogées (82% pour la population générale). 3- Un niveau de diplôme plus élevé que la moyenne (Bac + 2), “les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 36%”, selon l’étude, “alors que leur poids n’est que de 18% dans l’ensemble de la population française”. Les ouvriers et employés, ne représentent que 23% « des anti-masques » interrogés, deux fois moins que dans la population française. L’auteur de l’étude estime que le profil constaté (âge élevé, niveau de diplôme élevé) est similaire à celui des soutiens de Didier Raoult. 4- Un goût pour les thèses complotistes. Pour certains, la COVID-19 n’a même jamais existé. Pour d’autres, le masque serait un moyen d’asservir la population et la priver de sa liberté. Neuf répondants sur dix pensent que “le ministère de la santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins”...Désespérant.


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  • 338. Pas de vaccin contre le germe de la discorde

    Dans des billets précédents j’ai donné mon opinion sur la personnalité du Pr Raoult et sur ses sorties médiatiques que j’ai considérées souvent comme inopportunes, en dehors des prévisions erronées sur l’épidémie actuelle qu’il a pu faire et dont il est loin d’avoir l’exclusivité.

    Ceci dit, j’avoue être étonné que la « Société de pathologie infectieuse de langue française » (Spilf) qui regroupe plus de 500 spécialistes, ait déposé en juillet une plainte auprès du Conseil départemental de l'Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône contre le Pr Raoult. La Spilf l’accuse d'avoir enfreint neuf articles du Code de déontologie médicale : « Le Pr Didier Raoult a délibérément prescrit de l'hydroxychloroquine souvent associée à de l'azithromycine à des patients atteints de Covid-19 sans qu'aucune donnée acquise de la science soit clairement établie à ce sujet, et en infraction avec les recommandations des autorités de santé »… « On peut se demander si ses prises de position très tranchées n'ont pas contribué à nuire au message de prévention et de santé publique, et donc à la protection de la population, en décrédibilisant ces mesures de prévention sur des bases scientifiques infondées ».

    Pour ma part, je vois surtout une infraction à la déontologie médicale par ses jugements à la limite de la diffamation à l’égard de ses confrères, accusant les uns d’être à la solde des laboratoires pharmaceutiques et les autres d’être responsables de morts pour ne pas avoir prescrit à temps le traitement qu’il préconisait.

    Par contre, je ne vois pas pourquoi on lui reproche de l’avoir prescrit. Il n’y avait aucun médicament efficace sur le virus, et nous n’en avons toujours pas. L’hydroxychloroquine a une activité antivirale in vitro, ce produit et ses effets secondaires sont archi connus, et sa prescription à Marseille a été, me semble-il, bien encadrée. L’ennui est que depuis on a montré que ce médicament est inefficace et les essais du Pr Raoult pour en démontrer l’efficacité sont plus que douteux, ce qui lui est également reproché. Mais à ma connaissance, il n’a porté aucun préjudice à ses malades et il est plus que probable que les actions de son institut furent bénéfiques. Il a surtout eu tort de vanter son traitement alors qu’il est manifestement inefficace, de donner un faux espoir, d'inciter les malades à exiger de leur médecin qu'il soit prescrit, et surtout d’avoir accusé ses confrères de tuer des malades en ne le prescrivant pas.

    Mais s’il fallait passer devant le Conseil de l’Ordre pour avoir prescrit un médicament inefficace, le corps médical ferait la queue devant sa porte. Par ailleurs, il est souhaitable d’avoir des opinions et de susciter des controverses scientifiques, en regrettant cependant qu’elles se soient étalées dans les médias et les réseaux sociaux., comme il n’est pas interdit de se tromper tant que l’erreur ne porte pas préjudice à ses malades.

    Illustration : Sharkeys


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  • D’un côté nous avons les autorités chinoises qui proclament quasiment la fin de l’épidémie au coronavirus cuvée 2019 dans leur pays en montrant des foules joyeuses fêtant l’évènement, les gens les uns contre les autres, le visage découvert et souriant.

    D’un autre côté, en Europe et spécialement en France, on nous annonce qu’il faudra vivre longtemps avec ce virus qui semble se plaire sous nos cieux et qui n’aurait donc pas l’intention de disparaître. L’Europe (en dehors de la Suède) met le masque, la Chine le retire.

    Qui croire ? Bien sûr, il faut se méfier de la propagande chinoise qui affirme la disparition de l’épidémie et présente celle-ci comme une victoire du régime, en sous-entendant que ce régime est, de ce fait, bien plus efficace que tous les autres et pourrait ainsi devenir un modèle pour le monde entier. Attitude qui, au passage, permettrait de faire oublier la responsabilité des Chinois dans l’éclosion de maladies infectieuses ces dernières décennies.

    Mais il est fort possible qu’ils aient réellement fait disparaître l’épidémie dans leur pays, et le masque a fait partie de la panoplie préventive contre la transmission du virus. Mes précédents billets montrent que je suis partisan du port du masque, un des obstacles à la transmission interhumaine du virus, tout en étant conscient que cette contrainte est le plus souvent inutile dans le cours d’une journée.

    Car il faut garder raison. Aujourd’hui, en France, des milliers de tests de dépistage ont été effectués (on approche du million de tests par semaine). La cohorte testée est devenue importante. Certes, la proportion de cas positifs augmente, mais elle n’est actuellement que d’environ 4%. Je ne connais pas les caractéristiques de la population testée, mais il est probable qu’un grand nombre de personnes qui se font tester ont des symptômes ou craignent d’avoir contracté la covid. On encourage d’ailleurs ces personnes à se faire tester en demandant aux autres de ne pas le faire pour éviter d’engorger les centres de dépistage. On peut donc raisonnablement penser que s’agissant de la population générale le taux de contamination pourrait être inférieure à 4%, mais l'estimation devient difficile en raison de la proportion des faux négatifs qui peut atteindre environ 30% des cas testés.

    L’évaluation de la contamination dans la population générale ne pourrait être valable que si l’on teste une cohorte représentative de celle-ci et on n’est pas certain que ce soit le cas pour celle qui est actuellement testée, notamment pour ce qui concerne la proportion de jeunes dont on sait qu’ils peuvent être des porteurs asymptomatiques du virus.

    Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, si l'on admet qu’environ 95% des personnes rencontrées ne sont pas porteuses du virus, celui-ci ne disposerait finalement que d’un petit cheptel. Si les gestes barrières étaient bien respectés, dont le masque, il ne ferait pas long feu, à moins que la contamination prenne des voies que nous ignorons, mais l’exemple de la Chine n’est pas en faveur de cette hypothèse.

    On peut donc craindre que plus il y aura de personnes qui ne suivront pas les directives préventives, plus l’épidémie sera prolongée, plus longtemps nous devront porter le masque, plus on aura une surmortalité, plus l’économie ira mal et plus le chômage augmentera.


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