• Masque et burqamasque

    Il est certain que les musulmans rigoristes des deux sexes doivent bien rigoler en ce moment en voyant que la société française adopte leurs coutumes de distanciation. La différence est que cette distanciation en islam s’applique uniquement entre les sexes, la femme étant intouchable en dehors du viol et du mariage et la poignée de main interdite entre les sexes opposés, alors que notre distanciation laïque est fortement conseillée pour tous, excluant tout sexisme et respectant le principe d’égalité.

    Les musulmans des deux sexes doivent bien rigoler en voyant tous ces visages masqués dans la rue et devant l’obligation de porter un masque dans les transports en commun, alors que le voile intégral est interdit depuis la loi de 2010 qui stipule l’interdiction de dissimuler le visage dans l’espace public.

    Cela fait bien rigoler le journaliste James McAuley qui écrit dans la Washington Post : « Cela implique que si une femme musulmane pratiquante voulait accéder au métro parisien, il lui sera demander d'ôter sa burqa et de la remplacer avec un masque ». Les anglo-saxons ont manifestement une dent contre la laïcité à la française et ne manquent pas une occasion d’ironiser sur elle.

    Mais là encore les masques doivent être portés par les deux sexes sans la discrimination chère à l’islam et aux anglo-saxons.

    Certes la situation ne manque pas d’ironie, mais comme le dit l’écrivain algérien Kamel Daoud : « Confondre le masque et le voile, c’est confondre la survie et l’oppression, la loi et l’asservissement, une lutte pour vivre et un instrument pour interdire de vivre. » Mais des musulmanes rigoristes diront qu’elles désirent vivre recouvertes d’une burqa. Que répondre aux masochistes ? Surtout si elles se déclarent, de surcroît, féministes.

    Masque et burqamasque


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  • CoronabêtisesLe coronavirus nouveau exporté de Chine, comme d’autres virus respiratoires antérieurs, a non seulement provoqué une pandémie mais l’éclosion d’un foisonnement d’idées révolutionnaires, de visionnaires refaisant le monde à leur goût, de partisans de tournants historiques dans tous les sens, le surgissement de pétitions ou de chroniques aussi péremptoires que lacrymo-mirobolantes, affirmant que le monde d’après ne sera plus comme avant, en prétendant qu’il pourrait être meilleur. Mais comme l’a dit Jean-Yves Le Drian, ce sera le même, mais en pire.

    Les féministes militantes, également touchées par les effets secondaires de l’atteinte virale, n’ont pas perdu cette occasion pour montrer que ce virus, bien qu’asexué, a mis en évidence le machisme de la société, et certaines comme Clémentine Autain ont parlé de « coronaviril », arguant que pendant cette épidémie, ce sont les femmes qui se sont trouvées en première ligne en tant qu’infirmières, caissières, mères etc… Il est vrai qu’il y avait un peu plus d’hommes dans les lits de réanimation bénéficiant paresseusement de leurs soins.

    On comprend que l’hémiplégie des militantes féministes ne leur permettait pas de voir les infirmiers, les brancardiers, les ambulanciers, les médecins masculins, les pompiers, les éboueurs, les livreurs, les policiers et gendarmes, ou les transporteurs routiers…

    Tout ceci démontre que la Covid-19 atteint bien le cerveau comme les médecins, masculins ou féminins, ont pu le constater. Les cerveaux les plus évolués n'y échappent pas, comme le montre la déclaration dans Le Monde du 12 mai de la philosophe Camille Froidevaux-Metterie : "Je plaide pour l'adoption d'un agenda féministe de sortie de crise". Nous voilà sauvés.


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  • Cachez ces orifices que je ne saurais voirL’être humain a des orifices que l’on ne montre aux autres que dans l’intimité. L’autrui habilité à les voir, et éventuellement à en tirer parti, étant déterminé en fonction de son orientation sexuelle. Il nous restait quelques orifices que l’on exposait librement au grand air : les narines et la bouche, mais nous ne pourrons plus, pour un temps, les exposer qu’avec parcimonie, à nos risques et péril lorsque l’on mettra bas les masques.

    Je parle des vrais orifices, ceux qui mènent dans la profondeur de nos corps, car les orifices auriculaires qui resteront visibles, plus chez les hommes que chez les femmes, ne conduisent, en fait, qu’à une impasse car l’on tombe très vite sur le mur du tympan, et il n’y a rien à espérer du nombril, que la mode féminine expose parfois à la vue des passants, et qui n’est que le souvenir d’un orifice tubulaire.

    Le masque a des avantages. Barrière des postillons, il filtre aussi toutes les saloperies que l’on peut inhaler, les unes étant les formes lilliputiennes de la vie, les autres venant des déchets de l’activité humaine. Le masque a aussi l‘intérêt de cacher les vilains nez, les vilaines bouches et les vilaines dents. Le masque sanitaire ne cache que ce qui peut être laid dans un visage, car si les yeux sont parfois ordinaires, ils ne sont jamais laids. Tout dans le regard, souvent moins mensonger que la parole, et moins trompeur que les expressions.


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  • Vers le confinement perpétuel

    En ce temps où l’homme est devenu un danger pour l’homme, même avec le sourire avenant et sans faire le moindre geste agressif, mais uniquement par sa proximité et sa parole, le robot a-viral et sans expectoration fait une percée dans la société humaine qui risque de mettre l’humain davantage sur la touche ou dans les couloirs du pôle-emploi. Il restera encore, et pour un temps, ceux qui les contrôlent car les robots finiront par se construire et se réparer eux-mêmes comme l’ont depuis longtemps anticipé les auteurs de science-fiction.Voir IA.

    Il a été signalé dans un hôtel de Shanghai, un robot serveur apportant ainsi son repas à un client suspecté d’être porteur du virus.

    On nous a montré des robots livreurs de nourriture au Royaume-Uni, des robots triant des déchets dans des usines de recyclage américaines, des robots agents de propreté dans des centres commerciaux de Hong Kong et même un public de robots pour garnir les gradins d’un stade de baseball à Taïwan désertés par les spectateurs habituels qui avaient été priés de rester chez eux.

    Plus inquiétants sont les robots policiers dans les rues de Tunis :

    Vers le confinement perpétuel

    Ou les robots chiens policiers patrouillant dans un parc de Singapour :

    Vers le confinement perpétuel

    Robots “équipés de caméras”, qui “grâce à un système d’analyse vidéo développé par le gouvernement”, doivent “aider” l’exécutif de la cité-État “à estimer le nombre de visiteurs dans les parcs”. La bête mécanique diffuse par une douce voix féminine un message préenregistré à l’adresse des visiteurs du parc, leur enjoignant de respecter une certaine distance entre eux, “pour votre sécurité et celle de ceux qui vous entourent”. Ce chien est contrôlé à distance, la surveillance du parc exige ainsi moins de personnel et permet d’éviter l’horreur des contacts entre les humains.

    A quand le confinement perpétuel ?

    Source : Courrier International


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  • Transit en musique 

    Salvador Dali "Le Christ de St Jean sur la croix"


    TRANSIT

     

    Qui suis-je ? Homme ou Dieu ?

    Diantre ! Les deux ?

    Où suis-je ? Entre la terre et les cieux,

    En transit, entre les deux.

    Difficile de trouver sa place dans l’univers.

    Où vais-je ? Comme tous : à la recherche du Père.

     

    Alors c’est décidé, je rejoins l’Eternel.

    Son regard pèse sur mes épaules,

    Je suis en route vers le ciel,

    J’ai terminé mon rôle.

     

    De Là-Haut, Il me voit, cloué sur ma croix, revenir.

    Dommage. Mais j’emporte de beaux souvenirs,

    En montant je regarde l’eau refléter les cieux,

    Les villes bruyantes et les déserts silencieux,

    L’argent des montagnes et l’or des plaines,

    Les mortels entre plaisirs et peines.

     

    Je me souviens de la douceur et du charme féminins,

    J’ai regardé vivre les femmes avec des yeux humains,

    Et je me demande si ce n’est pas d’abord l’homme

    Qui, emporté par son désir, a croqué la pomme,

    Et accusé la femme de lui avoir forcé la main.

     

    Enfin quel que soit le coupable, j’ai racheté leurs fautes,

    Mais ils continuent et pour pécher aucun n’hésite,

    Je ne peux pas descendre à chaque fois qu’ils fautent,

    Ne devrais-je pas, mon Père, rester en transit ?

      

    Paul Obraska

     

    Ce texte inspiré par l'extraordinaire tableau de Salvador Dali, qui est pour moi la représentation la plus originale de la crucifixion, a déjà été publié sur ce blog il y a près de douze ans. Si je mets à nouveau en ligne le tableau et le texte, c'est qu'hier j'ai vu et surtout écouté sur youtube le requiem de Mozart dirigé par Sir Colin Davis en 2004. Très belle interprétation d'un chef-d'oeuvre inachevé par Mozart, écrit l'année de sa mort (1791), commandé de façon anonyme par un noble qui voulait, je crois, plus ou moins s'en attribuer la paternité. Constance, l'épouse de Mozart, demanda à ses élèves de terminer l'oeuvre afin de ne pas avoir à rembourser l'avance qui avait été versée. Si un tiers, semble-t-il, de ce chef-d'oeuvre n'est pas de Mozart, on y trouve tout de même une unité, sans trop parfois savoir qui a écrit quoi.

    En tant que mécréant, je ne me suis jamais intéressé aux paroles de cette messe de requiem. Dans la version que j'ai visionnée, les paroles chantées figuraient en français au bas de l'écran. Ces paroles sont terrifiantes. Elles ne parlent que de culpabilité, même pour les justes, de punition, de cendres, des feux de l'enfer, sollicitant sans cesse le pardon tout en mettant en avant la bonté de la divinité qui vous a fait naître coupable. N'oublions pas que le symbole du christianisme est l'instrument de torture favori des Romains, et ne nous étonnons pas que l'Eglise ait inventé la confession, sans doute pour rendre la culpabilité plus tolérable.


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  • Le curare juridique

    Les maires réclamaient plus d’attention à leur égard, plus d’autonomie mais aussi plus de moyens. Il se trouve qu’avec le déconfinement qui se prépare, l’Etat leur laisse le soin de le préparer et notamment d’organiser la rentrée des classes. A cette fin, ils ont reçu un pavé de recommandations dont la bureaucratie française a le secret, un travers qui est loin d’être hexagonal, car pondre des normes est la raison d’être de toute bureaucratie, et le secret de sa pérennisation sous tous les cieux. Reste que les maires semblent être tout déboussolés, et ce qui ressort des déclarations que j’ai pu entendre est… la peur. Ils ont peur si les choses tournent mal, que les précautions prises soient jugées insuffisantes dans le cas où un enfant tomberait malade et qu’ils aient à répondre devant la justice d’un manquement quelconque ou même de la fatalité si ce manquement n’existe pas.

    Nous sommes heureusement dans un Etat de droit. Mais le droit est devenu si complexe, si abondant, les normes si nombreuses et si contraignantes que le parcours d’un responsable doit suivre un sentier étroit et tortueux au milieu d’une forêt juridique inextricable et pas loin du précipice. Une forêt où se cachent des nains qui guettent le moindre faux pas pour vous pousser dans le précipice des tribunaux. Les Français sont un peuple de plaideurs qui n’attendent qu’une occasion de porter plainte, espérant tout de l’Etat mais n’en supportant pas l’existence. Les politiques ne sont pas en reste en ayant à présent la fâcheuse tendance à remplacer les projets par le recours aux tribunaux. Et ne parlons pas des associations dont beaucoup n’ont été constituées que pour pouvoir porter plainte, comme le truc contre l’islamophobie qui n’a aucune raison d’être.

    La menace juridique est le propre des sociétés démocratiques, il est heureux qu’elle existe comme il est heureux que le curare existe pour pouvoir sauver un malade même si c’est au prix d’une paralysie transitoire. Le droit est nécessaire, mais il peut aussi paralyser par la peur de l’enfreindre même par de bonnes initiatives, ce qui peut conduire à éviter d’en prendre.

    Si la peur juridique existe dans les démocraties, la peur de l’autorité dans les régimes autoritaires est bien pire et plus proche de la terreur que de la simple inquiétude, et bien plus paralysante. On en a vu l’illustration en Chine où les débuts de l’épidémie au covid-19 ont été cachés au pouvoir central jusqu’à faire taire les lanceurs d’alerte.

    Il y a des paralysies plus souhaitables que d’autres, si certaines handicapent, d’autres sont mortelles.

    Illustration : Honoré Daumier (gens de justice)


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  • Calme avant la tempête

    Je me demande si nous n’allons pas regretter cette période de confinement. D’ailleurs notre premier ministre, hier, dans son allocution au parlement, sentant peut-être notre réticence à sortir de la sieste, n’a pas exclu de prolonger notre assignation à résidence au-delà du 11 mai. Edouard Philippe jouant le mauvais flic en laissant à Emmanuel Macron le rôle du bon flic, avec peut-être l’espoir d’accroître la popularité de ce dernier, en chute malgré sa position de premier de cordée.

    Comment ne pas apprécier le calme et le silence des rues après ce que nous avons vécu ces dernières années : les manifestations hebdomadaires, parfois destructrices, des mécontents de tout poil, venus de tous les horizons, de la droite et de la gauche, en même temps, le poitrail ceint d’un gilet jaune comme signe de reconnaissance. Les manifestations de la CGT assorties de grèves itératives, les manifestations diverses à l’occasion du jour X, protestant contre Y ou en faveur de Z…

    Silence. Rues vides et propres. Vitrines intactes. Bien sûr, on a quelques illuminés qui veulent toujours tuer et mourir en martyr au volant de leur voiture, dans le but d’aller baiser une escouade de vierges dans un lieu indéterminé à bien distinguer d’un bordel, sans doute seront-ils considérés comme irresponsables pour peu qu’ils aient abusé de la fumette. Mais, enfin, ce n’est qu’une piqûre de rappel pour réveiller notre vigilance un tantinet endormie.

    Alors, goûtons ce calme avant la tempête. Je soupçonne l’exécutif de le goûter également avant que le ciel ne lui tombe sur la tête, que les rues se remplissent de monde, de banderoles et de vociférations, que les parkings s’illuminent de joyeuses flambées pour relancer l’industrie automobile, dès que le virus aura tourné son ARN parasite vers d’autres bêtes.

    Illustration : Vladimir Kush « Divine géométrie »


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  •  

    Désincarnation

    Il n’est pas original de dire que cette pandémie consacre le triomphe de la désincarnation. L’autre est tenu à distance, son contact et sa parole proche redoutés. La chair est remplacée par internet et les réseaux sociaux chauffent à blanc. Le tissu social a laissé place à la toile d’araignée des ondes. Le télétravail et la téléconsultation sont encouragés, les visio-conférences remplacent les réunions avec le visage déformé des intervenants sur les écrans lorsqu’il est trop trop près de la caméra. Quant aux sites de fornication, ils s’enfilent à la chaîne.

    Désincarnation

    On finit par se faire à cette désincarnation : plus de chaleur humaine, plus d’odeurs, plus de sueurs, plus de mains moites, plus de postillons. La réalité n'est plus physique, elle devient de plus en plus virtuelle ou symbolique.

    Désincarnation

    Mais si la désincarnation fait partie des croyances, les prêtres, eux, la tolèrent très mal. Si elle fait partie des prêches devant les fidèles, elle est insupportable en leur absence. Les prêtres ne peuvent entraîner les fidèles que s’ils sont incarnés, proches, communiants dans le même élan, emportés par le verbe vivant, la voix et le chant. Le bain de foule est indispensable, la foi est contagieuse. Comment entraîner des fidèles atomisés, isolés, désincarnés ? Et comment connaître leurs secrets s’il n’y a plus de confessions ?

    C’est en particulier vrai pour les églises évangéliques où la force de persuasion du prêtre est primordiale pour souder les fidèles dans un même élan jusqu’au paroxysme de l’obole.

    C’est un journal congolais (article rapporté par Courrier international) qui constate : « Avec l’interdiction de se rassembler, les évangéliques sont devenus 2.0 en république démocratique du Congo. Alors que la concurrence fait rage entre les églises, les pasteurs ont dû se mettre aux réseaux sociaux pour garder le contact avec leurs fidèles et, surtout, recueillir leurs offrandes ». Le silence risque en effet de disperser les ouailles et comme les pasteurs sont de chair et de sang, les messages religieux se terminent par le numéro du pasteur d’un des services qui transfèrent de l’argent de particulier à particulier en Afrique :   M-Pesa, Orange Money ou Airtel Money.

    “Comme nous ne pouvons pas nous voir actuellement, ils doivent m’envoyer leurs offrandes par téléphonie mobile”, affirme le responsable d’une église de réveil de Kasa-Vubu, dans le centre de Kinshasa ».

    L’argent est désincarné et n’a pas d’odeur, même pas celle de la sainteté.


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  • Hublot

    Passé un certain âge, le temps est précieux et l’avarice en la matière est plutôt conseillée. Et voilà que me sont dérobés au moins deux mois de ma vie. Cette année j’ai à peine vu l’automne en raison du mauvais temps et je ne verrai pas le printemps éclairé par un superbe soleil et un ciel bleu immaculé dont j’aperçois des échantillons de ma fenêtre. Ma fenêtre, hublot de ma claustration qui me permet de voir ma rue déserte comme échantillon du monde. Un monde qui a la perversion de nous livrer le mois d’avril le plus beau qu’il m’ait été donné de ne pas vivre.

    Par le hublot de la télévision je vois le défilé permanent de mes confrères, les séries médicales ont toujours eu beaucoup de succès à la télévision.

    Hier soir, j’ai eu droit au président de la République. Toujours trop long mais un peu moins fanfaron. Tous aimeraient que je reste confiné le plus longtemps possible. Il me semblait que l’euthanasie était interdite en France.

    Illustration : Arthur Segal : « Vue de la fenêtre »


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  • Sans intérêt

    Dans les conditions habituelles, j’écoute de la musique, plus souvent de la musique dite classique, et parfois du jazz. La musique classique m‘émeut, mais le jazz me fait sourire, c’est la seule musique gaie que je connaisse. Les chanteurs que j’aimais sont morts depuis longtemps et ils n’étaient pas toujours gais.

    Pourtant depuis le confinement, je n’ai pas écouté une seule note de musique. Je me suis demandé pourquoi. J’ai d’abord pensé que je voulais goûter le silence inhabituel de la ville, mais je viens de lire une chronique de Kamel Daoud concernant la littérature qui me donne une autre explication : je n’ai rien à faire mais je ne suis pas disponible. Le virus n’est pas seulement dans les poumons, il est aussi virtuellement dans la tête. Il est toujours présent comme un fond d’écran. Il bouffe la concentration. Il occupe la scène de l’esprit comme une ombre, mais qui surgit en pleine lumière, sous les projecteurs, au moment des informations.

    L’hôpital que j’ai quitté il y a quelques années s’installe en permanence dans mon salon : les malades voyageant sur les lits roulants dans les couloirs aux couleurs pimpantes en arborant chacun le drapeau de la gravité, celui des perfusions, blouses et sur-blouses couleur pastel, charlottes et masques pour un carnaval macabre, et les stéthoscopes pendus autour du cou des médecins dont certains se sont pendus.

    J’évite la litanie mortuaire du soir, je ne retenais que la musique sans écouter vraiment les paroles, les commentateurs se chargeant par la suite de me les rappeler.

    Et fasciné par ce petit amas moléculaire invisible qui s’insinue par la parole d’autrui dans notre intimité et s’accroche à la vie en dévorant la nôtre, je n’écoute plus de musique, je ne lis que des polars, alors que j’envisageais des lectures plus studieuses que je projetais depuis longtemps mais pour lesquelles la concentration est nécessaire et me voilà dilué. N’a-t-on pas dit que ce virus peut abolir le goût ?

    Illustration : Kandinsky


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