• Les ONG ne représentent aucunement la société civile« Greenpeace comme WWF, Oxfam France ou le Secours catholique dénoncent une mise à l'écart (du G7) : l'Élysée a accordé 25 accréditations aux ONG contre 100 les autres années » (la presse).

    J’ignore les raisons exactes qui ont conduit l’exécutif à écarter 75% des ONG (essentiellement environnementales) de la réunion des 7 chefs d’Etat qui vont entrer en conclave, et dont il ne sortira très probablement aucune fumée blanche. Je suppose que la crainte des manifestations hostiles et les obligations de la sécurité y sont pour quelque chose. Ces réunions de chefs d’Etat agissent comme des abcès de fixation qui attirent tous les mécontentements et les groupes violents. La réunion qui s’était déroulée à Gênes reste dans la mémoire de tous les ministres de l’intérieur.

    Au vu des conditions de participation de la société civile qui nous sont imposées par l’Élysée, le Réseau action climat a décidé de ne pas participer au G7 ce week-end… Cette décision est une atteinte à la liberté d’expression de la société civile que nous refusons pour ce sommet et pour les suivants”a expliqué la représentante du RAC qui fédère 32 associations nationales et locales (dont la ligue pour la protection des oiseaux).

    Ce que je remarque dans cette déclaration est que ces ONG se considèrent comme les représentantes de la société civile et même qu'elles sont la société civile. Or les ONG écologiques (quel que soit leur bien-fondé) ne représentent et ne sont qu’elles-mêmes. Ce sont des groupes de pression organisés pour la défense de leur point de vue qui n’est pas obligatoirement celui de l’ensemble de la société civile. Les ONG fonctionnent en fait comme des partis politiques, et en général comme des partis d’opposition, mais sans chercher à prendre le pouvoir (pas folles). Elles ne seront évidemment jamais satisfaites des actions gouvernementales. Cette insatisfaction est d’ailleurs leur raison d’être. On ne peut dénier leur rôle de contre-pouvoir, tout en demandant au pouvoir de les subventionner.

    La société civile s’exprime avant tout par les élections, même si le mode électoral introduit des biais dans la représentativité, mais quels que soient ces biais (en dehors des manipulations électorales), il se dégage toujours une majorité plus représentative que les ONG ou les groupes de pression. Les Verts ayant obtenu 13% des voix aux dernières élections européennes, Jadot qui a mené campagne à leur tête s’estime déjà apte à gouverner. Un peu de patience : le fruit est encore vert. La société civile peut aussi descendre dans la rue mais les manifestations n’ont une signification que si elles sont massives, sinon elle ne représentent qu'une petite fraction de la population. Restent les réseaux sociaux, je ne crois pas que ce qui se déverse, le plus souvent anonymement, dans ce tout-à-l’égout soit représentatif de la société civile, il s’agit plus d’humeur que de convictions, seule une fraction de la population les utilise, et à cela s’ajoute la facilité avec laquelle ils peuvent être bidouillés.


    8 commentaires
  •  

    La musique n’adoucit pas les mœurs 

    Bien sûr, les sérénades, les chansons un peu sirupeuses, ou des mélodies peuvent faire rêver et calmer les ardeurs belliqueuses.

    Bien sûr, on connaît l'action favorable de la musique en matière thérapeutique, utilisée pour renforcer certaines psychothérapies. Action thérapeutique remarquée par les napolitains qui faisaient danser la tarentelle aux victimes du tarentisme, troubles nerveux provoqués par la morsure d'une tarentule. Dans ses Souvenirs entomologiques, Jean-Henri Fabre, qui avait vérifié que la morsure pouvait tuer un moineau ou une taupe, suggère que la transpiration provoquée par la danse pouvait aider à éliminer le poison, et dans ce cas la musique n’y serait pour rien.

    Mais la musique est toujours chargée d’émotions fortes. Les militaires l’ont bien compris, et la musique (ou simplement le tambour) a longtemps été utilisée pour faire marcher les soldats au pas, puis vers la mort. La musique symphonique, elle, n’est pas là pour calmer les esprits mais le plus souvent pour vous prendre aux tripes. La musique dite classique est rarement une musique sereine, et quand un mouvement se permet de l’être, la suite remet les choses dans l’ordre dramatique.

    Quant au rap, la violence et la haine lui sont consubstantielles, elles constituent sa matrice et sa raison d’être. Des paroles aux gestes, il n’y a qu’un pas, et les rappeurs, notamment issus du 93, mais vivant pour la plupart ailleurs, roulent sur l’or tout en exprimant leur révolte contre un monde qui les enrichit. Ils s’insultent entre eux, et vont jusqu’à se battre en utilisant parfois des armes létales. On ne sait jamais dans cette tragicomédie la part publicitaire qui lui revient, le rappeur peut vouloir se rendre authentique auprès de ses fans en jouant la violence dont il fait la promotion. Il s’agit de ne pas décevoir, le rap a une audience considérable (Booba, sur le réseau social Instagram, compte 4,2 millions d’abonnés !). Le rappeur avec sa gueule de voyou (un gage de succès) est d’abord un entrepreneur qui fournit un exutoire à son public, et celui-ci le diffuse à plein volume dans les rues en roulant vitres ouvertes.

    Vous allez me dire que si le rap n’est pas une musique qui adoucit les mœurs, c’est pour la bonne raison que ce n’est pas de la musique. Certes, le rap est en général fait de vociférations rythmées assorties d’images brutales lorsqu’il s’agit d’un clip, mais le parlé-hurlé est un mode d’expression qui s’apparente au parlé-chanté. Ce mode a été utilisé par Arnold Schönberg dans son « Pierrot lunaire » à partir d’une douzaine de poèmes d’un poète belge. Et il fut largement utilisé par des auteurs-compositeurs de chansons comme Léo Ferré ou Gainsbourg. Paix à leur âme, j’espère qu’ils ne se retourneront pas dans leur tombe.

    Illustration de Bernard Buffet


    10 commentaires
  • Corrida

    Je n’ai assisté qu’une seule fois à une corrida, il y a bien longtemps, à Barcelone. C’est un spectacle mortifère puisqu’il s’agit d’un jeu cruel entre un homme et un bovidé puissant qui se termine le plus souvent par la mort de ce dernier avant celle du premier. Mais ce n’est pas toujours le cas, le jeu reste ouvert, et c’est peut-être ce qui fascine les spectateurs, cousins lointains de ceux des cirques romains qui assistaient, comblés, à la mort des gladiateurs.

    Le cérémonial peut séduire, mais c’est tout de même celui de la mort. Ce qui révulse est l’action des picadors qui tournent autour du taureau sur un cheval aux flancs protégés en lui plantant des pics dans l’échine. Le sang coule, nappe le pelage, et imprègne le sable de l’arène. Le taureau se défend en cherchant à renverser le cheval et son cavalier. Les picadors ne sont guère appréciés, la torture qu’ils affligent à la bête contraste avec la chorégraphie qui suit où le toréro se met en danger face à elle. Mais si le taureau n’était pas fatigué, le jeu serait inégal, et la bête massive l’emporterait aisément sur l’homme armé d’une simple cape, l’épée ne servant qu’à la fin du spectacle.

    Ce taureau que l’on a choyé pendant plusieurs années va mourir, mais ce n’est pas la mort industrielle des abattoirs au milieu des cris des bêtes apeurées, car après s’être défendu, il sera foudroyé dans une mort instantanée par l’épée du toréro, et restera une seconde immobile sur ses pattes avant de tomber brutalement sur le flanc.

    Je n’ai jamais plus assisté à une corrida. Je n’aime pas que l’on puisse jouer avec la souffrance et la mort. Mais j’ai eu par ailleurs l’occasion d’entrer dans un abattoir et je pense que si le taureau avait conscience, et le choix, il préfèrerait peut-être combattre dans l’arène avant de mourir.

    Les protecteurs des animaux ont pleinement raison d’œuvrer pour que leur soit infligé le moins de souffrance possible. Mais nous sommes amenés à les tuer pour nous nourrir. Et dans le cas où nous cesserions de les tuer pour nous nourrir, nous serions obligés de les tuer (ou d’empêcher leur reproduction) pour nous défendre, qu’il s’agisse de moustiques ou de taureaux.

    Corrida

    Illustrations : Picasso : « La mort du taureau » (1934) / Photomontage dont j'ignore l'auteur (oeuvre figurant dans une exposition consacrée à Denis Robert)


    20 commentaires
  • Les tics du langage sont probablement aussi vieux que le langage. Mot ou expression que l’on sort à la moindre occasion de façon appropriée ou inappropriée, et dans ce dernier cas de façon mécanique comme un pet involontaire.

    Si parfois on connaît les circonstances qui ont permis la formation et l’éclosion du tic, le plus souvent on les ignore. Un tic donné a une durée de vie limitée mais qui peut aller jusqu’à plusieurs années. Il disparaît en général lorsqu’un autre est capable de le remplacer en s’introduisant insidieusement chez les individus aux défenses immunitaires abaissées. Il arrive parfois que plusieurs tics coexistent, ce qui rend le contact avec autrui irritant.

    Le tic agit comme un virus, sa contagion se fait par voie aérienne, de bouche à oreille, en empruntant un circuit phono-audio-cérébro-phonique dans sa forme complète. Si le tic peut pénétrer dans tous les organismes, ceux pourvus d’anticorps résistent, et ne contribuent pas à propager l’épidémie car ils enkystent le tic, et ne le rejettent pas à l’extérieur, la phase phonique expectorante étant nécessaire à sa transmission.

    En ce moment je suis soumis à l’attaque récidivante d’un tic qui semble avoir diffusé largement dans les milieux de la restauration, mais pas seulement. Il s’agit du tic : « ça marche ». On ne dit plus oui ou non ou d’accord ou à la rigueur OK, mais : « ça marche », même quand ça ne marche pas. Ainsi quand la personne qui vous sert vous demande : « vous voulez du ketchup ? » et que vous répondez « non », elle réplique : « ça marche ». Bizarre, non ?

    Il faut souligner que ce sont les personnes jeunes qui sont le plus sensibles aux tics du langage. Ce sont également elles qui ont des trous dans leur jean. Est-ce que les trous dans les jeans favorisent la pénétration du virus ? C’est peu vraisemblable car la contagion se fait par le conduit auditif et non par les genoux.

    D’où est sorti ce « ça marche » ? Sans doute que l’expression donne une touche dynamique même si rien ne bouge. Si l’expression était utilisée en cuisine, il n’y a aucune raison pour qu’elle soit utilisée en salle, et dans les entreprises ou ailleurs. On est bien obligé de rapprocher ce tic pédestre de « La république en marche » d’autant plus que le tic est apparu (hors cuisine) – si je ne fais pas erreur – en même temps que les « marcheurs » de Macron qui ont porté leur idole au pouvoir. Ce dernier tic épidémique ne serait donc qu’un dégât collatéral des dernières élections présidentielles. Des études épidémiologiques sérieuses devraient être faites pour évaluer cette hypothèse si l’on veut mettre sur pied des mesures prophylactiques dans l’avenir.


    20 commentaires
  • The Lancet va à Canossa

    Pietro Aldi : En 1077, au château de Canossa en Italie, l'Empereur germanique Henri IV s'incline devant le pape Grégoire VII afin que celui-ci lève l'excommunication dont il était frappé.

    Le groupe britannique de revues médicales (18) The Lancet vient de faire paraître un éditorial* où les rédacteurs se mettent publiquement des cendres sur la tête, et se traînent à genoux pour se faire pardonner d’avoir été des mâles blancs dominants. La faute étant avouée, la culpabilité prononcée, ils s’engagent devant le monde entier à « accroître la représentation des femmes et des collaborateurs provenant de pays à revenus faible et intermédiaire parmi ses conseillers de la rédaction, ses pairs évaluateurs et ses auteurs ».

    La présence féminine devra être obligatoire dans les comités, ce qui est sensé, et l’objectif étant que les comités comprennent au minimum 50 % de femmes. Cette parité obligatoire qui semble s’imposer partout en Occident est évidemment sexiste puisqu’elle conduit à choisir quelqu’un-e en fonction de son sexe, ce qui peut aboutir, quelle que soit la compétence de l’individu rejeté, à une discrimination de l’autre sexe.

    J’avoue que définir des collaborateurs par leur provenance « de pays à revenus faible et intermédiaire », c'est utiliser une circonlocution géopolitique d’une belle hypocrisie pour ne pas introduire la couleur de la peau dans la sélection, et en préférant plutôt mentionner le sous-développement (on dit en voie de développement depuis des décennies) de leurs pays d’origine, ce qui est finalement moins flatteur que d’avoir la peau bronzée.

    J’espère que cette poussée féministe et extra-blanc du Lancet, sûrement justifiée car elle vise à réparer des injustices du propre aveu des rédacteurs, n’ira pas jusqu’à adopter dans ses articles le langage châtré qui envahit les universités américaines où les étudiants atteints d’un féminisme aigu proposent de remplacer « femme enceinte » par « humain enceint » et même homme par « individu sans utérus ».

    Que le groupe du Lancet décide de ne recruter ses collaborateurs que sur leur compétence serait une bonne chose, qu'il ne l'ait pas fait jusqu'à présent en est une mauvaise, mais qu'il introduise d'autres critères que leur valeur personnelle est discutable et qu'il l'annonce en fanfare l'est encore plus.

    Pourrait-on rêver d’un monde où l’on ne choisira, ni ne rejettera une personne en raison de la couleur de sa peau, de son origine ethnique, de son vagin, de son pénis ou de son trou du cul ?

    *The Editors of the Lancet Group. The Lancet Group’s commitments to gender equity and diversity. Lancet. 10 August 2019. DOI:10.1016/S0140-6736(19)31797-0


    8 commentaires
  • Lamentations

    Nombre de blogs (et souvent le mien) sont des blogs pessimistes. Les auteurs y déversent leurs récriminations plus que leurs critiques, et leur ironie ou leurs insultes plus que leur argumentation. L’avenir est évidemment noir, ce qui est exact pour chacun d’entre nous, et l’on a tendance à étendre notre propre mortalité à court terme à celle de la planète et de l’humanité dont on prévoit la fin prochaine, ce qui, d’une certaine façon, pourrait passer pour une consolation de notre propre disparition.

    Chacun de ces blogs « noirs » pourrait être assimilé à un mur dit des « lamentations » où l’auteur glisse son billet entre les pierres. Un billet plein de reproches plus que de prières.

    Le Point a publié le 3/08/19 un article intitulé : « L'Occident est-il condamné au pessimisme ? » à partir d’une analyse du philosophe des sciences Maarten Boudry parue dans Quillette, (journal australien en ligne, article traduit par Peggy Sastre).

    Boudry y fait l'inventaire de quatre sortes de pessimisme répandues dans les sociétés occidentales, de la nostalgie au pessimisme cyclique. Les extraits de l’article du Point sont en italique. Ce pessimisme existe alors qu’à bien des égards, le monde n'a jamais été en meilleure forme qu'aujourd'hui. Les gens vivent plus longtemps, en meilleure santé, plus paisiblement et en sécurité qu'à n'importe quel autre moment de l'histoire et ces améliorations ont été obtenues grâce à l’application des idées occidentales et paradoxalement ce sont les Occidentaux qui auraient la vision la plus sombre de l’avenir.

    Les causes de pessimisme invoquées ne manquent pas et Boudry classe les comportements à leur égard en quatre catégories :

    Le pessimisme nostalgique

    Au bon vieux temps, tout était mieux. Le monde était intact et beau, mais aujourd'hui, tout part à vau-l'eau. En fonction des pessimistes nostalgiques, l'âge d'or se situera dans un temps historique différent. Pour certains, il s'agit tout simplement du passé qu'ils ont eu la chance de connaître dans leur jeunesse. Pour d'autres, l'utopie est un peu plus lointaine. C'était la Belle Époque précédant les deux guerres mondiales, la vie simple des communautés paysannes médiévales, ou encore « l'harmonie avec la nature » de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs...

    Les déclinistes de droite romantisent une époque où les gens (surtout les jeunes) obéissaient encore à l'autorité et à la tradition, tandis que leurs homologues de gauche soupirent pour une époque où la solidarité et la confiance mutuelles étaient encore des valeurs largement estimées. Bien sûr, les uns comme les autres cherchent les responsables et le tournant idéologique qui ont conduit à la détérioration de la situation et à la spoliation du paradis et bien entendu les coupables sont à l’opposé selon le bord où l’on se trouve. Le complot n’est pas loin.

    Le pessimisme « vous allez voir ce que vous allez voir »

    Contrairement aux nostalgiques, certains sont disposés à admettre que le monde s'est considérablement amélioré au cours des deux derniers siècles. Mais, affirment-ils, cela ne peut pas durer. L'orgueil de l'homme moderne, croyant naïvement au progrès, doit être puni tôt ou tard

    Aujourd'hui, en Europe, les principales prophéties à tourmenter les catastrophistes sont la peur du changement climatique et celle d'une Europe transformée en « Eurabie » à la faveur d'une immigration islamique massive. Et curieusement : plus vous aurez peur de l'un, moins vous aurez de chances de craindre l'autre. Autrement dit, la crainte écologique est souvent inversement proportionnelle à la xénophobie. A mon avis, les pessimistes profonds craignent les deux.

    Si vous êtes persuadé que le monde court à sa perte à moins de prendre des mesures aussi immédiates que drastiques, vous avez la justification parfaite pour des actions extrêmes, voire inhumaines, que vous n'auriez jamais envisagées en temps normalD'un autre côté, la mise infinie du catastrophisme « vous allez voir ce que vous allez voir » peut facilement avoir l'effet inverse de celui recherché : la paralysie. Si la société s'achemine vers un désastre total si nous ne prenons pas immédiatement des mesures drastiques et que ces mesures sont soit impossibles, soit éthiquement inacceptables, alors autant nous résigner à l'inévitable. Ce n’est plus du pessimisme, c’est du désespoir.

    Le pessimisme cyclique

    Ce type de pessimiste admettra que les choses vont plutôt bien en ce moment, sans penser pour autant que notre chance actuelle soit historiquement exceptionnelle. L'humanité a déjà connu des périodes de prospérité et de paix relatives, mais toutes ont pris fin tôt ou tard. Le cours de l'histoire, pour le pessimiste cyclique, va et vient comme les marées ou les saisons… Quoi qu'il en soit, même s'il est vrai que rien ne garantit une poursuite indéfinie du progrès, le principal danger de la pensée cyclique est qu'elle peut rapidement se muer en pensée cynique. Si toutes ces courbes ascendantes doivent tôt ou tard retomber, rien ne sert d'essayer d'éviter l'inévitable.

    Le pessimisme du tapis roulant

    Le pessimiste du tapis roulant accepte que certaines mesures objectives du progrès (davantage de richesse, moins de violence, une vie plus longue et en meilleure santé) sont réelles, mais maintient que, malgré tout, nous n'avons pas vraiment avancé là où cela compte vraiment. À l'instar d'Alice et de la reine rouge dans Alice de l'autre côté du miroir, nous avons couru et couru pour nous apercevoir, lorsque nous avons repris notre souffle et regardé autour de nous, que nous n'avions pas bougé d'un iota depuis le départ. Dans ce type de pessimisme la notion de bonheur, bien difficile à appréhender est un critère pris en compte.

    Le pessimisme du tapis roulant est omniprésent dans le domaine de la justice sociale. Dans les milieux militants, les constats de progrès moral sont souvent rejetés comme un triomphalisme facile visant à enraciner les privilèges et l'oppression, et maintenir le statu quo. Un problème étant remplacé par un autre ou sous une autre forme…« théorie de la substitution » du mal selon « la loi de conservation de l'indignation »

    Là aussi le risque est de ne rien faire, le progressisme serait une perte de temps : Si nous sommes convaincus qu'un mal (racisme, oppression, violence) va toujours être remplacé par un autre ou qu'il va refaire surface sous une autre forme, autant renoncer à essayer de le combattre.

    Ainsi on pourrait conclure que si l’optimisme peut être béat, en permettant cependant d’éviter des souffrances lors de notre passage dans la bulle spatio-temporelle qui nous est dévolue, le pessimisme peut s’avérer dangereux en jugeant toute intervention sur l’environnement comme inutile ou à l’inverse en imposant des souffrances supplémentaires ou même des destructions sans avoir la moindre certitude de changer l’avenir ou de l’avoir prévu correctement.


    8 commentaires
  • Comme les visiteurs de mon blog ont pu le constater, j’ai tendance à ajouter une illustration à mes billets en me servant sans vergogne de chefs-d'oeuvre picturaux. Un texte seul devrait suffire, s’il est attractif. Mais nous avons de plus en plus le goût des images : elles sont plus faciles d’accès, elles ne nécessitent aucun effort de compréhension, et elles sont parfois plus « parlantes » jusqu’à remplacer le texte. En outre, on sait que le texte peut mentir et on se méfie d’emblée d’un article si l’on n’est pas d’accord avec les prises de position antérieures d’un auteur.

    L’image, elle, est censée être vraie, elle prétend être la reproduction du réel. Or si l’on peut discuter un texte, il est plus difficile de discuter une image sans avoir une certaine compétence pour en affirmer la véracité car une image peut être remaniée ou anachronique. On connaît l’image des faux charniers en Roumanie dont la diffusion contribua à abattre le régime communiste. Mais on connait aussi l'impact considérable de la photo d'Aylan Kurdi, petit syrien de 3 ans, noyé, échoué sur une plage turque telle qu'elle fut diffusée.

    La télévision a comme obligation de transmettre des images, et elles ont un impact même si elles déforment le réel. Lors des manifestations des « gilets jaunes », pour illustrer les débats à leur propos, on voyait défiler en arrière-plan la répétition des mêmes images de manifestants marchant dans les rues donnant ainsi l’impression d’un défilé sans fin.

    Une illustration adéquate donne évidemment du poids à une déclaration, surtout si celle-ci est courte, c’est que fit ce pauvre Griveaux qui voulant bien faire en rappelant dans un tweet - la politique étant devenue un concert de gazouillis - la rafle du Vél d’Hiv’ de juillet1942 où la police française avait arrêté plus de 13000 parisiens et parisiennes, enfants compris, parce que d’origine juive, et dont quelques dizaines seulement ont survécu à leur déportation vers les camps d’extermination. Malheureusement, cet hommage aux victimes de l’Etat français d’alors est illustré par une photo de 1944 montrant dans ce même Vél d’Hiv’ des collaborateurs de l’occupant arrêtés après la libération de Paris. Ce besoin d’image a conduit le postulant à la mairie de Paris à illustrer l'hommage aux victimes disparues en montrant à leur place, les complices des bourreaux qui les firent disparaître.


    10 commentaires
  • Le syndrome De RougyenHier soir nous sommes allés dîner dans un restaurant proche de chez nous dont nous avons l’habitude. Coïncidence : du homard breton figurait sur la carte pour la première fois depuis des années. Je me suis cependant demandé si son apparition n’était pas volontaire, le patron du lieu ne portant pas le gouvernement actuel dans son cœur, faisait-il donc ainsi allusion au ministre de la République, qui s’était fait pincé par ce crustacé lors de la période où il était président de l’Assemblée nationale au point de prendre à présent du repos pour une durée indéterminée hors des ors de la République ?

    Bien que le homard ne soit pas un de mes plats préférés, sans y être cependant intolérant, sinon à son prix que sa chair un peu caoutchouteuse rend discutable, nous l’avons choisi pour le repas, sans doute influencés par les évènements récents, en espérant inconsciemment nous élever ainsi à un niveau présidentiel, mais sans le décor princier qui va régulièrement avec. Peut-être que choisir de manger du homard par les temps qui courent (et ils courent de plus en plus vite), devait-il être également interprété comme une transgression, puisque ce crustacé est devenu l’objet des colères du peuple, et un motif aux violences verbales et même de menaces visant le consommateur présidentiel pour avoir payé le sacrifice de cet animal innocent avec des deniers publics.

    Nous avons dîné sur une table installée sur le trottoir à la vue de tous les passants et j’ai effectivement eu l’impression de commettre une transgression, un acte répréhensible en ressentant une pointe de culpabilité, et même une crainte de heurter le passant dont on ne sait jamais la réaction devant une telle provocation. Bref, un syndrome De Rougyen favorisé par une photosensibilisation. La consommation du homard est mal tolérée en pleine lumière, à la vue de tous, ou lorsque sa photographie est largement diffusée.

    Je suis sûr que j’aurais dégusté mon caoutchouc en paix si je l’avais mangé à l’intérieur du restaurant à l’abri des regards ou uniquement de ceux qui commettaient le même acte transgressif que le mien.

    NB. Je signale que c'était un demi homard et qu'il était petit.


    27 commentaires
  • Les scènes de liesse et de violence de la part des Français d'origine algérienne pour célébrer, drapeaux algériens déployés, les victoires de l'Algérie en football montrent, s'il en était encore besoin, qu'ils se sentent bien plus Algériens que Français. Non seulement l'Algérie est leur patrie (même s'ils n'y ont jamais mis les pieds), mais nombre d'entre eux sont hostiles à la France, tout en préférant y vivre, et ne perdent pas une occasion d'exprimer cette hostilité, le contentieux à l'égard du pays où ils sont nés ne semble jamais vouloir s'éteindre. Les « indigènes » sont là pour entretenir l'hostilité et les récriminations.

    Et puisque que le football est un bon marqueur, rappelons les sifflets accueillant la Marseillaise ou le match amical France-Algérie, il y a quelques années, interrompu par des jeunes d'origine algérienne qui envahirent le terrain en brandissant des drapeaux algériens, ne tolérant pas que la France mène 4/0 et préférant tricher plutôt que de voir l'Algérie prendre une défaite cuisante.

    L'intégration (et l'assimilation) à la française a échoué pour une partie de cette population d'origine maghrébine, puisque nous en sommes à la troisième ou quatrième génération, sans doute parce qu'ils est difficile d'intégrer des descendants de colonisés qui en veulent aux descendants des colonisateurs que leurs ancêtres aient colonisé les leurs. Beaucoup font en outre partie de l'islam dont les préceptes deviennent pour nombre d'entre eux prioritaires par rapport aux lois de la République.

    Cette partie de la population finit par se comporter comme une corps étranger hostile que rien ne rattache véritablement au pays, sinon les avantages sociaux et les subventions qu'elle peut en tirer.

    Aux USA, la population est constituée de nombreuses ethnies, mais elles sont réunies par au moins un point commun : le « rêve américain » qui consiste, pour simplifier, à entreprendre et gagner de l'argent. En France, si chacun rêve de gagner de l'argent, tous rêvent de dépouiller ceux qui en ont. Aux USA, on admire ceux qui réussissent, en France, on les jalouse et on les hait. L'argent des autres est forcément sale et mal acquis.

    Alors, quel est le « rêve français » ? Le « rêve français » était d'être français. Les Polonais, les Italiens, les Espagnols, les Portugais et les autres, surtout de culture européenne, qui venaient en France rêvaient de devenir Français. Les Juifs malmenés en Europe de l'Est disaient en substance : « heureux comme un Juif en France » jusqu'à la Deuxième guerre mondiale où l'Etat français s'est déshonoré.

    Une partie des Français d'origine algérienne (ou marocaine ou tunisienne ou turque), Français parce que né dans l'hexagone, rejette la communauté française. Et si certains ne se foutent pas de la France, c'est qu'ils aimeraient l'islamiser : « la France est à nous » criait l'énergumène habillé d'un gilet jaune en insultant l'académicien Finkielkraut, Juif parfaitement intégré (et même assimilé) dans la société française, et qui n'hésite pas à défendre sa spécificité et sa culture malgré les attaques qu'il subit en la défendant.


    15 commentaires
  • Le Monde délireDe plus en plus, la compétence et le talent ne sont pas les principaux critères de choix pour une fonction. Le choix doit être avant tout idéologique en accord avec les débats qui agitent la société, et notamment avec la volonté de promouvoir telle ou telle catégorie de la population avec comme critères de prédilection : la couleur de la peau, le sexe ou la façon de s’en servir.

    On vient de confier à deux femmes (blanches !) des postes de premier plan de l’Union européenne, or les médias ont rapidement glissé sur leurs qualités et leur parcours pour s’appesantir sur leur sexe et de s’extasier sur le fait – qualifié d’historique par certains - que des femmes aient été proposées à de tels postes. Je ne trouve pas ça admirable, je trouve ça normal. Je préfère penser que leur choix est fondé sur leur compétence, et que des hommes plus compétents qu’elles n’ont pas été écartés en raison de leur pénis.

    Récemment, une journaliste du Monde trouva regrettable que l’équipe américaine féminine ayant remporté le Mondial de football soit composée en majorité de femmes blanches, bien que, jusqu’à présent, la société américaine est encore à majorité blanche. Le talent pour cette journaliste n'entre pas en ligne de compte, et il semble nécessaire pour elle que la « diversité » soit représentée dans toutes les manifestations publiques. Cette journaliste a-t-elle protesté en voyant qu’il n’y avait aucun blanc parmi les huit sprinters finalistes sur 100m aux Jeux Olympiques ? S’est-elle offusquée de la prédominance des noirs dans l’équipe de France de football ? Le Monde délire, mais c’est chronique.


    8 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique