• Parler pour ne rien direIl y a des jours où l’on n’a rien à dire. Cette déclaration préliminaire devrait susciter chez mes éventuels lecteurs deux questions :

    La première : si l’on n’a rien à dire, pourquoi parler ? Question à laquelle je réponds : pour donner une preuve de vie.

    La seconde exprime de l’étonnement : comment peut-on n’avoir rien à dire alors que nous sortons du grand débat ?

    Justement, le grand débat (j’hésite à mettre ou non des majuscules), ce n’était qu’une thérapie de groupe au niveau national, et comme dans toute thérapie de groupe, l’essentiel n’est pas ce que l’on dit, l’essentiel est de parler, de s’exprimer devant les autres. Une parole qui libère, même si l'on n’a rien à dire.

    Certes, des choses ont été dites, mais ces choses étaient déjà de notoriété publique, chacun les connaissait, et notamment ceux qui nous dirigent même s’ils feignaient par commodité de les ignorer.

    Si l’on en croit Saint-Exupéry, « aimer ce n’est pas se regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction », on peut se demander en voyant les Français regarder dans toutes les directions s’ils aiment être ensemble.

    Tout de même, il y a quelques points sur lesquels ils semblent d’accord : moins d’impôts et plus de services publics et de solidarité, plus d’autorité de la part de l’Etat et plus de démocratie participative (vue du citoyen) ou délibérative (vue de l’Etat), moins d’élus mais plus de disponibilité et d’écoute de leur part, des élus moins payés mais insensibles à la corruption.

    Le consensus parfait se retrouvant dans le mécontentement. Celui des pauvres qui veulent l’être moins, celui des classes moyennes qui ne veulent pas s’appauvrir, celui des riches qui veulent le rester.    


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  • Vestiges du passé

    Les pétromonarchies du Golfe, que l'on pourrait également appeler les monarchies fossiles, sont toutes prises d'une frénésie muséale étonnante en voulant imiter sur leur sol imprégné de gaz et/ou de pétrole les musées ancestraux occidentaux et notamment européens. Assises sur d’abondantes ressources d'énergie, elles espèrent attirer ainsi les touristes une fois la transition écologique accomplie au dépens du pétrole.

    En fait, ce qui pourrait attirer le touriste occidental ce ne sont pas les contenus de ces musées sortis du sable, car il a le loisir d'en visiter de bien plus riches près de chez lui, mais les bâtiments eux-mêmes réalisés par des architectes mécréants, mais néanmoins talentueux, qui peuvent s'exprimer pleinement dans la péninsule arabique car l'argent n'y manque pas depuis que leurs habitants ont été mis au courant qu'ils étaient assis sur un pactole  sans le savoir.

    Les images que nous avons des expositions, par exemple du « Louvre » d'Abu Dhabi, montrent plutôt une sobriété artistique. Je suppose que les statues et les tableaux exposés tiennent compte de la pudeur islamique. Il me semblait par ailleurs que la représentation humaine était interdite en islam, mais il est vrai que les œuvres exposées furent réalisées par des mécréants.

    Cependant, les vestiges les plus remarquables du passé ne se trouvent pas dans les vitrines, sur les murs ou sur des piédestaux, mais dans les allées comme le montre la photo reproduite au début de l'article : si vous ouvrez la tête de ces trois visiteurs, vous y trouverez des vestiges parfaitement conservés du VIIème siècle.

    PS. En fait, je suis mauvaise langue, la salle d'exposition ci-dessous montre des statues nues, mais d'hommes.

    Vestiges du passé


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  • Selon un article paru dans lepoint.fr, une cinquantaine de militants soutenus par des groupuscules racistes se prétendant antiracistes : la Ligue de défense noire africaine (LDNA), la Brigade anti-négrophobie (sic), et le Conseil représentatif des associations noires (Cran) sont intervenus de façon agressive le 25 mars dernier pour bloquer la représentation d’une pièce d’Eschyle (« Les suppliantes ») à la Sorbonne en empêchant les comédiens et comédiennes de se préparer et en obligeant le public à rester en dehors de l’amphithéâtre Richelieu où devait se tenir la représentation.

    La raison de cette agression tombe sous le non-sens : la mise en scène a été accusée de « racialisme » car certains masques portés par les comédiens étaient noirs !

    « Le théâtre est le lieu de la métamorphose, pas le refuge des identités. Le grotesque n'a pas de couleur… » a déclaré Philippe Brunet le metteur en scène copieusement insulté pendant plusieurs jours par ces excités.

    On pourrait en rire, mais jaune, car il s’agit d’une entrave à la liberté de création et utiliser des masques noirs n’a rien d’agressif ou de dévalorisant envers les noirs et on pourrait même en saluer la présence. A moins que ces groupuscules considèrent que les représenter est honteux ou que la couleur noire leur appartient.

    Par ailleurs ces groupuscules font preuve d’ignorance car dans l’Antiquité les comédiens portaient tous un masque et le metteur en scène avait tenu à respecter cette tradition. Exigeront-ils à l’avenir que le porteur d’un masque noir sur une scène soit obligatoirement noir pour ne pas être accusé de faire du blackface ?

    Ces racistes « antiracistes » peuvent être rassurés sur un point, leur bêtise est inimitable.

    Les masques tombent

    Richard Burton en Othello


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  • Au théâtre ce soir

    Bernard Buffet : "la Révolution française"

    Comme chaque samedi nous assistons à un spectacle. Une pièce de théâtre en costumes qui traîne en longueur puisque nous en sommes au XIXème acte, et dont nous ne savons toujours pas s’il s’agit d’un mélodrame qui se terminera bien ou d’une tragédie qui se soldera par la disparition d’un ou de plusieurs acteurs lorsque le rideau tombera.

    Ce spectacle du samedi fait les délices des médias qui nous invitent à suivre en direct toute les péripéties de l’intrigue. Comme la pièce est en grande partie improvisée, nous avons même des critiques qui commentent au fur et à mesure le jeu des acteurs. Commentaires qui, il faut l’avouer, n’intéressent guère les spectateurs lassés par leur monotonie (sauf aujourd’hui où j’ai entendu une dame de « Lutte ouvrière », égarée au XXIème siècle, parler de « cadences infernales » sur LCI).

    Beaucoup de spectateurs auraient plutôt tendance à suivre le spectacle comme un match de football, attentifs au score et aux prouesses physiques : le stade est-il plus ou moins rempli par rapport au match précédent ? Quel est le comportement des équipes en présence ? Combien de hooligans ? Combien de vitrines brisées ? Combien d’incendies ?  Combien d'interpellés ? Combien de blessés ?

    La France continue à avoir une créativité que le monde nous envie.


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  • Entre deux citations de Blaise Pascal

    « Curiosité n’est que vanité le plus souvent, on ne veut savoir que pour en parler »

    C’est donc la vanité qui m’a poussé à m’intéresser à quelques chiffres dont je m’empresse de vous parler :

    Je viens d’apprendre (par un article de Slate) que le poids de notre galaxie, la voie lactée (joli nom tout de même), serait de 1500 milliards de masses solaires, soit 3000 milliards de milliards de milliards de milliards de tonnes. Il est vrai que notre galaxie, une des 100 à 200 milliards qui peuplent l’univers visible, est plutôt grosse et groupe 200 milliards d’étoiles qui ne se bousculent heureusement pas car le rayon de notre voie lactée serait de 129000 années-lumière, soir 129000 multiplié par 9460,730 milliards de km…

    Comme quoi trop de vanité donne le vertige…

    Blaise Pascal, qui était bien loin de connaître ces chiffres que l’esprit humain a du mal à concevoir, avait tout de même avoué « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie ». Ce génie qui avait démontré l’existence du vide était pourtant bien placé pour savoir que le vide spatial ne pouvait pas transmettre – Dieu merci - le vacarme des explosions stellaires.

    Et, justement, Dieu dans tout ça ?  Celui qui serait à notre image (barbue ou pas), puisque nous sommes à la sienne, ne serait-il pas un peu perdu dans cette immensité comme nous le sommes nous-mêmes ? Pour Pascal, la question ne se posait pas, Dieu, quelle que soit sa forme, étant la clef de cet Univers dont le silence, pourtant obligé, lui faisait peur. Sa foi en Dieu ne le rassurait donc aucunement. C’était bien la peine de parier sur son existence. Mais avec ou sans Dieu, l'Univers est hors de la raison, c'est à dire absurde, ce qui n'a rien de rassurant.

    Van Gogh : « La nuit étoilée »


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  • Climat délétère

    Le fond de l’air n’est pas frais, il empeste. Il est pollué par des miasmes qui deviennent irrespirables et finiront par devenir toxiques.

    Les informations ne nous donnent qu’une petite idée du phénomène qui s’épand comme du fumier – à ce qu’on dit – sur les réseaux sociaux. Ouï-dire, car pour ma part je ne fréquente que des blogs dont les billets n’ont pas la vitesse de propagation des réseaux à partages multiples.

    Néanmoins, je suis amené à lire des commentaires sur d’autres blogs qui me frappent par le mépris et souvent la haine qui s'y expriment et qui visent essentiellement nos dirigeants. Beaucoup d’outrecuidance pour mépriser quelqu’un comme Macron (quelle que soit l’antipathie que l’on peut éventuellement éprouver à son égard) ou un ministre (à condition qu'il soit honnête, ce qui est tout de même le plus souvent le cas). Quant à la haine, elle est à mon avis toujours méprisable.

    Ne pas mépriser, ne pas haïr mais critiquer sûrement et parfois vertement. Car nous avons la chance de vivre dans un pays avec la possibilité de critiquer même sévèrement le pouvoir sans se retrouver dans un cul-de-basse-fosse. Et même cet avantage de notre démocratie ne trouve pas grâce chez certains, atteints du mal révolutionnaire, et qui jouent à vouloir abattre un régime dictatorial pour sortir de leur inexistence politique.

    Je sais que je me fais beaucoup d’illusions en pensant qu’une critique argumentée aura plus d’impact que le mépris et la haine. Il faut se rendre à l’évidence, la raison n’a plus sa place là où existe la détestation, et il est plus facile de détruire que de construire. Mais pourtant chacun le sait : les ruines n’ont de charme qu’anciennes.

    Courbet : « Le désespéré »


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  • L’attribution des prix à la proportionnelle

    L’Huffingtonpost rapporte une étude de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) publiée le 21 février, quelques jours avant la cérémonie des Oscars. Elle est basée sur l’examen de 200 films sortis en 2017.

    La proportion d'acteurs issus de "minorités" (celles qui ne sont pas strictement d'origine européenne aux Etats-Unis : noirs, asiatiques, latino-américains, arabes, métis etc) dans des rôles principaux est passée de 13,9% à 19,8% en 2017, mais elle est encore loin d'égaler la part de ces minorités dans la population américaine, évaluée à environ 40%.

    Les femmes ont obtenu 32,9% des rôles principaux. L’un des auteurs du rapport souligne que "les systèmes de pouvoir, dominés par des décideurs blancs et masculins, sont difficiles à briser".

    Donc, ce rapport affirme que les vilains mâles blancs, qui décident du recrutement des participants dans un art où la face commerciale est prépondérante, écartent volontairement des femmes et des représentants des minorités pour que les premières n’atteignent pas les 50% de présence au premier plan à laquelle elles auraient droit et celle de 40% pour les seconds dans la fabrication des films hollywoodiens.

    Le talent serait donc uniformément réparti dans la population sans tenir compte de l’environnement, de l’éducation ou des qualités de chacun. La démographie basée sur le sexe (et les transsexuels ?) et l'origine  devenant le critère principal de sélection.

    Si l’on veut respecter le politiquement correct jusqu’à l’absurde, les lauréats devraient être choisis à la proportionnelle comme pour une élection, et il n’y a aucune raison de se limiter à la fabrication des films. Ainsi l’attribution des prix Nobel devrait également tenir compte de la démographie mondiale ce qui rendrait enfin justice aux Africains et aux Asiatiques, mais je pense que ces derniers auront de moins en moins besoin de la proportionnelle pour décrocher des prix.

    Picasso : "Arlequin"


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  • Sur la première vidéo de samedi dernier que j’ai vue et entendue montrant l’agression et les injures proférées à l’encontre d‘Alain Finkielkraut par des individus revêtus d’un gilet jaune, vêtement qui permet à chacun de déverser son ressentiment et sa haine avec la protection symbolique des retraités et des gens dans le besoin, j’ai entendu et vu en sous-titre l’injure paradoxale d’antisémite à l’encontre d’un Juif, or ce terme désigne depuis le XIXème siècle, quelle que soit la critique que l’on peut lui faire, celui ou celle qui déteste spécifiquement les Juifs.

    Le détournement sémantique qui consiste à traiter l’autre de ce que l’on est soi-même est courant en propagande. Il permet d’éroder progressivement la signification du mot jusqu’à le rendre vide de sens.

    L’individu barbu que l’on voit largement sur la vidéo, appartient selon les médias à « la mouvance salafiste », euphémisme pour ne pas appeler un chat un chat, et ne pas dire simplement qu’il s’agit d’un salafiste ou d’un islamiste radical. Au milieu de ses injures, il affirme en passant que la France appartient déjà à ses semblables, et agité d’une haine meurtrière traite l’académicien français de « haineux », c’est à dire de ce qu’il est lui-même en menaçant Alain Finkielkraut, très calme sous l’avalanche injurieuse, d’une punition de Dieu.

    Est-ce à dire qu’il n’y a pas de Juifs antisémites ? Il y en a. Le premier qui me vient à l’esprit est Karl Marx. Ce penseur, dont le père s’était converti au protestantisme par intérêt, était juif et issu d’une famille comportant de nombreux rabbins. Emporté par sa théorie, il pondit un petit livre (en réponse à un texte de Bruno Bauer qui fut son maître) : « La question juive » que je considère comme un des plus antisémites. Pas à la manière des vociférations délirantes d’un Céline qui ne reposent sur rien, le texte de Marx repose sur un raisonnement. Dans sa charge anticapitaliste, il exploite le stéréotype : Juif = argent = pouvoir. Pour lui, les Juifs sont avant tout des capitalistes. Ce grand penseur avait la vue courte car elle ne dépassait guère les frontières de l’Allemagne. S’il avait jeté un coup d’œil à l’Est, il aurait vu que les Juifs bien plus nombreux dans l’Europe de l’Est vivaient dans leur grande majorité dans des conditions plutôt misérables et entre deux pogroms.

    Marx rejoint ainsi l’antisémitisme qui ne conçoit les Juifs que comme dominants, ce qui conduit à la fabrication délirante du « complot juif » avec pour objectif de dominer le monde (associés souvent aux francs-maçons). Rappelons que les Juifs ne sont qu’une quinzaine de millions dispersés sur la planète. Ce qui a donné le fameux faux « Protocole des Sages de Sion » concocté en 1901 par la police secrète de l’Empire russe dont les antisémites ne renoncent pas à se régaler (comme le fit Hitler).

    Le Juif dominant est le meilleur des boucs émissaires, on l’agresse comme responsable de tous les maux jusqu’à le tuer pour se soulager dès que les choses vont mal mais sans évidemment les améliorer pour autant.

    Le Juif dominé, lui, a eu son compte comme dérivatif ou cause première, expulsé quand on veut le dépouiller, et massacré périodiquement sur les bûchers et dans les pogroms, il a quasiment été effacé d’Europe par la Shoah, les Allemands nazifiés le considérant comme un sous-homme malgré les Einstein et autres Freud qui ont largement enrichi leur culture.

    Il est probable que le peu de Juifs qui restent en Europe après cette extermination programmée et industrialisée disparaîtront au fur et mesure qu’elle s’enrichira en islamistes.

    Le Juif est au choix pour l’antisémite : dominant ou dominé

    Félix Nussbaum : "Autoportrait au passeport juif"


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  • Les dangers de Paris

    Le rêve (AFP photo de Ludovic Marin)

    Il fut un temps où les choses étaient claires en ville : la chaussée était réservée aux engins motorisés et les trottoirs aux piétons. Il était admis que les piétons pouvaient s’aventurer sur la chaussée, certes à leurs risques et périls, mais les quelques protections, lorsqu’elles étaient respectées, et la connaissance du sens du flux circulatoire permettaient de limiter la morbi-mortalité.

    Mais l’écologie vint. Elle rendit les moteurs à explosions pestiférés et encouragea les déplacements dans la cité sur des engins à petites roues qui étaient autrefois plutôt réservés aux enfants et pour une utilisation essentiellement ludique.

    On a donc vu fleurir : patins et planches à roulettes, grosses roues électriques entre les pieds, vélocipèdes entre les jambes et bien sûr les trottinettes de notre enfance devenues électrifiées et pouvant atteindre les 40 km/heure, à disposition dans les rues et que l’on abandonne un peu partout après usage, constituant autant d’obstacles dangereux pour le marcheur distrait.

    Et où circule ce petit monde à roulettes ? De préférence sur les trottoirs ou passant inopinément de la chaussée au trottoir et inversement, rendant ainsi toute prévision aléatoire. Le trottoir a donc cessé d’être un havre de paix pour le piéton, obligeant celui-ci à avoir en permanence les sens en éveil, en s’abstenant de toute contemplation ou de toute distraction s’il ne veut pas terminer aux urgences.

    Il est parfois plus sûr de longer la chaussée en prenant garde cependant aux pistes cyclables empruntant les voies à contre-sens.

    Ajoutons à cela la multiplication des fosses à travaux que l’effondrement d’immeubles soufflés par des explosions au gaz a encouragé à creuser, montrant à ciel ouvert d’inquiétantes conduites vétustes dont il est préférable d’éviter la vue pour ne pas altérer ce qui reste de notre sérénité après avoir évité tous les dangers déambulatoires décrits précédemment et qui se sont encore accrus chaque samedi depuis plus de trois mois.


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  • Les gens qui parlent au nom du peuple me font immanquablement penser à ceux qui parlent au nom de Dieu. Sans doute parce qu’ils sont le plus souvent aussi dangereux les uns que les autres.

    Bien sûr, si l’on n’a jamais démontré que Dieu existe ou n’existe pas, le peuple, lui, existe bel et bien. Mais c’est une nébuleuse dont la composition et les limites sont floues et variables, si bien que celui qui parle en son nom a toujours l’opportunité de les fixer selon ses intérêts et en représente en général qu’une fraction, celle qui approuve son action, et qui n’est pas forcément majoritaire.

    Je n’ai évidemment pas la prétention de définir ce qu’est le peuple, d’autant plus que ce terme a des significations multiples. A partir des définitions du Petit Robert, on pourrait entendre par peuple, dans le sens qui nous intéresse, la partie de la population la moins fortunée et la moins cultivée mais en plus grand nombre par opposition aux élites, dont les classes dirigeantes, qui seraient aisées et détentrices des connaissances. Cette opposition schématique néglige les classes moyennes qui amènent tous les intermédiaires entre les deux groupes. Si l’on peut admettre que le peuple ne roule pas sur l’or, il est par contre très courant de trouver des gens pauvres de grande culture, Spinoza en est un exemple. Si la fortune peut aider à acquérir plus facilement les connaissances, ce n’est heureusement pas un privilège de la fortune qui peut même rendre idiot et être tout à fait compatible avec l’inculture.

    J’ai entendu une définition un peu simpliste de Michel Onfray lors de son passage à une émission TV, le peuple, disait-il, est celui qui subit le pouvoir. Selon cette définition on pourrait en conclure que les aristocrates qui subirent le pouvoir tranchant des révolutionnaires pendant la Terreur était en fait le peuple.

    Alors quand quelqu’un dit : « je parle au nom du peuple », on peut lui poser la question : « d’où tu parles ? ». Mais certains pour ne pas répondre à cette question aussi indiscrète que difficile déclare d’emblée : « nous sommes le peuple ». Et nous voilà le bec cloué.    


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