• Con-nexionsIl est certain que les objets connectés ne sont aucunement indispensables, mais il est aussi certain qu’ils peuvent nous ouvrir des horizons, sans nous rendre pour autant plus heureux. On peut difficilement contester qu’internet nous permet d’accéder instantanément à un vaste champ de connaissances, que le smartphone est utile, bien qu’hypnotique pour beaucoup, que l’ordinateur et la télévision nous donnent des images et des sons du monde entier, des spectacles à domicile et un flux d’informations et de connaissances.

    Mais comme chaque chose à son revers, si nous sommes ainsi connectés au savoir et au divertissement, nous sommes aussi Con-nexionsconnectés à la merde circulante et diminués par l’esclavage entraîné par la multiplicité des connexions et le temps que l’on y consacre. Les gens finissent ainsi par voir le monde davantage à travers leurs écrans, que dans sa réalité, la plupart marchent désormais dans la rue l’œil fixé sur leur smartphone. Ils en deviennent entièrement dépendants et le superflu s’est transformé en besoin.

    Le summum est atteint par la domotique qui prétend rendre intelligent votre habitat en vous rendant con, si le premier objectif est possible, le second est certain. Ce nouveau domaine consiste en l’art de maîtriser les objets et les systèmes à distance grâce à un appareil mobile. Ce remarquable progrès permet par ex. de cuire un plat sans être à la maison, fermer les volets à distance, chauffer une pièce avant votre arrivée et même avec la « gamelle intelligente » nourrir le chien sans contact ce que la pauvre bête pourrait peut-être regretter.

    La domotique aurait pour objectif de simplifier la vie et de limiter les déplacements physiques. Simplifier la vie ? Sûrement pas, un système complexe a toutes les chances de présenter des dysfonctionnements, et appuyer sur un interrupteur me semble aussi simple et plus sûr que de commander vocalement l’ouverture de l’éclairage. Quant à limiter les déplacements physiques, c’est l’inverse qui est conseillé. La domotique peut en outre réparer vos oublis, c’est à dire affaiblir la fonction mémorielle. La domotique est inutile (sauf peut-être pour la sécurité), onéreuse, source de soucis et…malsaine.

    Les promoteurs de la chose ont en outre le toupet d’affirmer qu’ils s’efforcent de répondre à nos besoins, alors qu’ils en fabriquent d’artificiels pour nous appauvrir car la domotique est un énorme marché se chiffrant en milliards d’euros.

    La manie de vouloir commander à distance confine souvent à l’absurde. Pour entrer dans l’intime, mon sèche-serviettes étant tombé en panne et sa résistance électrique ayant disparu du commerce, il m’a fallu changer l’ensemble. Mon nouveau sèche-serviettes est moderne : aucun bouton, aucun interrupteur, mais Ô miracle, une télécommande dont l’intérêt est évident : pouvoir sortir, même nu, de la salle de bain et pouvoir déclencher le séchage des serviettes que l’on vient d’utiliser une fois parvenu dans la cuisine pour boire une bière. Avantage incontestable par rapport à l’ancien sèche-serviettes où j’étais obligé de me baisser pour appuyer sur l’interrupteur marche/arrêt. Mais attention ! on ne peut pas arrêter l’appareil quand on le veut, il faut attendre que le temps de la programmation soit écoulé. J’ajoute qu’une fois l’installation faite il a fallu qu’un spécialiste revienne le lendemain car la connexion entre la télécommande et l’appareil ne fonctionnait pas.

    Le progrès technologique, même idiot, ne s’arrêtera pas car la consommation ne doit pas faiblir, et à côté de l’obsolescence programmée, il faut inventer sans cesse de nouveaux produits à vendre, même sans intérêt, les publicitaires et les médias se chargeant de leur en donner.


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  • Suicides intéressés

    « Deux kamikazes se sont fait exploser, l'un sur la principale avenue de la capitale de la Tunisie, l'autre devant la porte du complexe de Gorjani, où sont rassemblés des services de la Garde nationale et de la police judiciaire » (Huffpost le 28/06/19).

    Double attentat revendiqué par le fantôme de « l’état islamique ».

    Ces deux islamistes ne sont pas des kamikazes. Ce terme qualifie essentiellement les pilotes japonais jetant volontairement leur avion, avec sa charge explosive, sur des navires américains pendant la IIème guerre mondiale. Tactique désespérée mais d’un bon rapport qualité/prix puisque le sacrifice d’un seul avion, et d’un seul pilote permettait d’endommager sérieusement ou même de détruire des navires surarmés et de tuer nombre d’ennemis.

    Là il ne s’agit pas d’un acte patriotique tentant de protéger son pays et les siens, mais d’un acte fanatique soutenu par une religion. Acte paradoxal, car dans les trois religions monothéistes le suicide est une offense à Dieu, seul maître de notre destinée. Particulièrement paradoxal en islam ou le suicide conduit en Enfer :

    « Et ne vous tuez pas vous-mêmes. Allah, en vérité, est Miséricordieux envers vous. Et quiconque commet cela, par excès et par iniquité, Nous le jetterons au Feu, voilà qui est facile pour Allah. » (Coran 4 : 29-30).

    Sans savoir ce qui pousse ces musulmans à se suicider en tentant de tuer à l’aveugle les autres, dont des musulmans, il est fort à parier que ceux qui « lavent leur cerveau » (« laver » n’étant pas le terme approprié, « salir » serait peut-être plus adéquat), leur font miroiter une récompense, et s’agissant d’une récompense post mortem, il ne peut s’agir que du paradis.

    Il faut vraiment être persuasif, car si l’on se réfère au verset ci-dessus (peut-être ignoré par les intéressés ou occulté par les laveurs de cerveaux), l’explosé, les organes éparpillés (très déconseillés en islam), se croyant en route pour le paradis aura la désagréable surprise de se retrouver en enfer.

    Il est vrai que pour un incroyant, le destin post mortem de ces suicidés sera à ses yeux moins dramatique que prévu par le Coran puisque le supplice éternel ne s’ajoutera pas à la mort.

    Le paradis est toujours décrit comme un merveilleux jardin où l’eau abonde, ce qui est compréhensible car les religions monothéistes sont nées dans des régions chaudes ou même désertiques du Moyen Orient où l’eau est précieuse. En islam s’y ajoutent des femmes, ce qui rend le paradis encore plus séduisant.

    Pour l’incroyant, la promesse du paradis est une merveilleuse arnaque, à l’égal des escroqueries qui vous promettent monts et merveilles en prenant votre argent que vous ne revoyez plus. L’argent, c’est peu de chose comparé à la vie, mais il faut se rendre à l’évidence, il est impossible de démontrer l’escroquerie, et donc de punir les coupables. C’est pour cela que pour un incroyant, le paradis est la plus grandiose et la plus parfaite des escroqueries.

    Illustration : Bosch "Le jardin des délices"


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    Une arme de contrainte massive

    « C'est une première en France. Le tribunal administratif de Montreuil a donné raison à une mère et sa fille qui avaient poursuivi l'État français pour "carence fautive". Selon la justice, les autorités n'ont pas pris de mesures suffisamment efficaces pour réduire la pollution atmosphérique. »

    Habitant Saint-Ouen à l'époque, tout près du périphérique, les deux femmes ont attribué aux particules fines leurs difficultés respiratoires : bronchites chroniques, crises d'asthme à répétition… pathologies accentuées lors des pics de pollution. Ce qui est vraisemblable, d’autant plus que l’état de santé de ces personnes s’est amélioré après avoir déménagé à Orléans sur les conseils de leur pneumologue.

    Le tribunal a estimé que les seuils de concentration de certains gaz polluants avaient été dépassés de manière récurrente entre 2012 et 2016 dans la région Île-de-France, et les mesures mises en œuvre insuffisantes au regard des obligations fixées notamment par les directives européennes et transposées dans le code de l'environnement.

    Mère et fille ont donc réclamé 160 000 euros en réparation du préjudice subi. Mais cette demande d’indemnisation a été rejetée, « le tribunal estimant que le lien de causalité entre leurs maladies respiratoires et l'insuffisance des mesures prises par l'État n'était pas "directement" établi ». Un peu de bon sens, tout de même, l'Etat ne débourse que l'argent du contribuable et cette indemnisation c'est nous qui devrions la payer.

    Cette décision de justice a satisfait nombre d’associations prêtes à s’engouffrer dans la brèche et une cinquantaine de recours ont déjà été déposés par d'autres victimes de la pollution. Logiquement des millions d’autres recours seraient à prévoir.

    J’avoue que cette décision administrative me rend perplexe. Je ne conteste évidemment pas le rôle néfaste de la pollution atmosphérique sur les maladies respiratoires, mais où va s’arrêter ici la responsabilité de l’Etat ? On estime ainsi que l’Etat est maître de tout l’environnement, et qu’il est dans ses possibilités de le modifier à sa guise. Il est certain qu’il existe des « obligations », mais c’est un peu théorique, ce sont plus des objectifs que l’on doit s’efforcer d’atteindre que des règles à appliquer. Les associations écologiques vont se saisir de cette arme juridique pour obliger l’Etat à prendre des mesures plus contraignantes pour l’ensemble de la population. On peut prévoir que ces mesures ne seront pas toujours possibles et pas toujours efficaces. Doit-on fermer le métro parisien où la pollution en particules fines est nettement plus importante que sur le périphérique ?

    Ajoutons que plus la responsabilité de l’Etat augmente, plus la responsabilité de l’individu diminue, ce qui conduit à une infantilisation du citoyen. La canicule actuelle montre à quel point l’Etat va jusqu’à nous materner en s’adressant à la population comme à des enfants irresponsables en multipliant les conseils les plus élémentaires. Mais s’il ne le faisait pas, on lui reprocherait de ne pas le faire.

    Illustration : Monet "Gare St Lazare"


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  • Des valseuses pour toutesDans le JT de Pernaut, le journaliste Michel Izard a osé commenter des images extraites d’un match de football joué par des femmes de la façon suivante : "Avec des gestes si délicats, au bout de doigts si fins, on peut comprendre que certains rêveraient d'être à la place de la balle. Mais l'essentiel est ailleurs, dans ce jeu léger de jambes. Pour faire comme les garçons, pour faire du tricot sur la pelouse : une maille à l'endroit, une maille à l'envers... Et donner le tournis ou la rage de vaincre, entrer du bout du pied dans la ronde des jongles, numéro d'artiste de la Japonaise Hasegawa, même si la quête de grâce ne fait pas toujours dans la dentelle." 

    Les réactions n’ont pas tardé, et le journaliste, qui voulait sans doute faire dans le compliment voire dans le madrigal, fut accusé de sexisme. Il se répand à présent en excuses et se dit "dévasté" d'avoir commis une telle abomination.

    On se demande vraiment en quoi l’auteur de ce commentaire s’est livré à une discrimination basée sur le sexe. La première phrase un peu coquine n’a rien de dégradant, à moins que la féminité le soit. "Tricoter avec les jambes" n’est pas à la portée de tout le monde et les images montrées permettaient d'utiliser cette image assez courante. Et de quoi un commentateur sera-t-il accusé lorsqu'il dira d’un footballeur mâle qu’il « tricote » avec les jambes en faisant une maille à l'endroit, une maille à l'envers ?

    Ce commentaire se voulait amusant, il n’est pas sûr qu’il le soit, mais de toute façon on ne peut plus sourire. Invoquer la moindre différence, même si elle est plutôt favorable, est interprétée comme une agression. En fait, le processus est unidirectionnel. Une femme peut se moquer d’un homme sans que sa remarque soit considérée comme discriminatoire. En voici un exemple : à la suite du commentaire de Michel Izard, des images de Cristiano Ronaldo en action ont été commentées sur le site féministe Madmoizelle par la journaliste surnommée Queen Camille et relayée près de 10 000 fois sur Twitter : "Le regard lointain, la mâchoire carrée, Avec une jolie boucle d'oreille, pour faire comme les filles. Le jeune homme réalise son rêve de petit garçon. Ses muscles saillants de mâle dominant étourdissent l'adversaire, il est évident que certains rêveraient d'être ce short qui enserre sa taille. L'objectif est simple, marquer un but et pourtant pas si facile. Le puissant athlète exprime une rage virile"... 

    Et alors, on s’en fout…

    Il est certain que toutes les communautés qui ont eu à souffrir des autres ont une hypersensibilité qui les fait réagir au quart de tour. Cette réaction est aussi le fait de ceux qui ne sont pas touchés mais se considèrent comme des gardiens vigilants de l’orthodoxie du langage. La crainte d’être aussitôt montré du doigt virtuel par la meute en réseau aboutit à créer une autocensure de l’expression jusqu’à l’absurde et à rabougrir le sens de l’humour jusqu’à sa disparition. Je ne sais même pas si de l’humour sur les animaux ne soulèverait pas les protestations des antispécistes.


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  • La science, discours politiquement incorrect.

    Au cours de l’Histoire, ce sont surtout les religions qui se sont opposées aux découvertes scientifiques et nombre de savants ont payé de leur vie leur divulgation sur la place publique. On le comprend fort bien, la plupart des religions, et notamment les monothéismes, offrent un modèle tout fait du monde, et toute tentative qui viserait à remettre en question ce modèle rend discutable le récit religieux sur le lequel il est bâti. Avec le temps la plupart des croyants ont séparé science et religion, séparation plus ou moins admise par d’autres comme le prouve la persistance du créationnisme que les plus astucieux repeignent aux couleurs du « dessein intelligent » comme une alternative « scientifique » à la théorie de l’évolution de Darwin.

    Contrairement aux religions, la science est un système ouvert : les théories se succèdent, démontrées ou réfutées, et la science se construit progressivement en s’appuyant sur des faits parfaitement prouvés. Elle se veut insensible aux idéologies et aux croyances, et nombre de grands savants furent des religieux.

    Mais il semble qu’à présent la science est menacée par un nouvel adversaire inattendu : l’individu. L’individu qui n’admet pas que la science puisse le remettre en question ou discuter le statut qu’il s’attribue, surtout lorsqu’il fait partie d’une communauté, qu’elle soit ethnique ou sexuelle

    Pour illustrer ce propos, je me suis permis de reporter intégralement l’éditorial de Peggy Sastre à paraître dans Le Point de demain.

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    Réactions

    Si hors de l’hexagone la mer de Crète occupait mes journées, j’avais aussi la possibilité de me distraire le soir avec les débats et commentaires qui ont suivi les élections européennes. Je n’en ai pas abusé, les mêmes discours passant en boucle, il suffisait d’en saisir une pour se distraire.

    Quelques petites choses m’ont amusé (on s’amuse comme on peut).

    Les perdants ont tous eu les deux mêmes réactions :

    D’abord, s’ils ont perdu c’est la faute à Macron. On avait vraiment l’impression d’être dans une cour de récréation : « c’est pas moi, c’est lui ». Les perdants n’ont pas perdu, c’est parce que Macron a été déloyal qu’ils ont été privés d’un bon score.

    Ensuite, pour les perdants, c’est Macron qui a perdu. Sa liste a beau être quasi à égalité avec celle du RN en tête, c’est lui le vaincu, les perdants transformant en un tour de main l’élection des députés européens en un plébiscite pour ou contre Macron, et comme il n’est arrivé qu’à 0,9 point du RN, il l’a perdu. CQFD. A noter que dans cette perspective c’est le RN qui s’est vu porter leurs couleurs.

    Les choses se sont un peu rétablies par la suite, mais les perdants se sont rarement remis en cause eux-mêmes, ils ont plus volontiers parlé d’erreurs dans la façon dont ils avaient mené leur campagne électorale.

    Parmi les vainqueurs, la joie de Jadot faisait plaisir à voir. Son parti étant arrivé en troisième position on a vraiment eu l’impression dans sa réaction qu’il allait prendre les destinées de la France, sinon du monde, en main, projetant de convoquer les industriels, de créer des commissions etc…La planète est sauvée.


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    Mystère

    A chaque fois que je suis au bord de la mer, que je passe sur une plage ou au bord d’une piscine, je rencontre toujours le même mystère, et je n’en trouve jamais la solution : pourquoi les gens restent-ils exposés au soleil pendant des heures ? Je conçois que l’on se sèche et se réchauffe après s’être baigné, mais pourquoi persister à s’exposer jusqu’à la brûlure avec un acharnement déraisonnable ? L’appétence pour les bains de soleil touche la plupart des gens qui partent en vacances, et ils s’y exposent souvent dans l’inconfort : positions biscornues sur des chaises longues avec barres traumatisantes, ou sur le sable qui s’insinue partout, en s’enduisant périodiquement de crèmes protectrices qui disparaissent dans l’eau dans laquelle certains ou plus souvent certaines se plongent uniquement pour se rafraîchir, plus enclines à prendre des bains de soleil que des bains d’eau.

    Pourtant ces personnes risquent leur peau dans le vrai sens du terme. Les rayons solaires vont rider la peau, provoquer des taches brunes et parfois la cancériser.

    Mais attention, il y a un but, le but est de bronzer, changer la couleur de sa peau, une nostalgie africaine en quelque sorte. Le but est d’avoir « meilleure mine » et c’est là qu’est le mystère : que d’efforts, que de persévérance, que d’ennui, que de risques, pour avoir « meilleure mine » pendant deux à trois semaines à tout casser après être rentré chez soi, alors que l’on masque par les habits de ville son corps bronzé obtenu à prix élevé et avec tant de patience. Seul le visage permettant pour un temps bref de narguer ses copines (plutôt que ses copains). Mystère.

       

    BAIN DE SOLEIL

     

     Des poupées aux membres écartelés

    Eparpillées sur le sable plastique

    Jouissent épanouies, leur corps relâché

    Sous la caresse des éclats atomiques

     

    Au bord de la mer à la peau ridée

    Plissée d’innombrables vaguelettes

    Parmi les arêtes aiguës des rochers

    Elles s’étalent en renversant la tête

     

    Poupées médusées, dos à terre

    Leurs têtes absentes ou alourdies

    Epinglées par les rayons solaires

     

    Elles resteront longtemps alanguies

    Exposant leurs anatomies solitaires

    Avec une étoile pour compagnie

    Paul Obraska  

     

    Salvador Dali : « Figures couchées sur le sable »

     


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    Un herbicide décoiffant 

    Van Gogh : "Champ de blé" 

    Depuis des années l’utilisation du glyphosate préoccupe beaucoup de monde, notamment les agriculteurs qui s’en servent comme herbicide et les écologistes qui l’accusent de bien des maux et notamment d’être cancérigène pour l’homme.

    Je ne connais aucunement la question (je vais donc dire des bêtises), mais je m’interroge sur les positions contradictoires et passionnées suscitées par ce produit que l’on utilise depuis une quarantaine d’années, je crois, mais le temps ne fait rien à l’affaire, il a fallu des décennies pour que l’on tienne compte de la face noire (et pas tellement cachée) de l’amiante.

    Outre-Atlantique, Monsanto a perdu trois procès et doit verser des millions de dollars à des malades atteints d’un cancer qu’ils attribuent à l’utilisation du glyphosate, et même au dernier procès, Monsanto a été condamné à verser deux milliards à titre punitif !

    Ces jugements américains laisseraient donc penser que le glyphosate est incontestablement cancérigène, et Monsanto un tueur de masse (les plaintes semblent se multiplier à l’infini). Or l’OMS par un de ses organes a déclaré en 2015 que le glyphosate est probablement cancérigène. Ce probablement écarte toute certitude et il pourrait donc bien ne pas l’être. D’autres organismes ont déclaré qu’il est improbable que le glyphosate puisse être cancérigène par voie alimentaire.

    On s’étonne donc des sanctions judiciaires radicales aux USA. Mais la justice n’a rien à voir avec la vérité scientifique : une relation temporelle remplace trop souvent aux yeux des juges une relation de cause à effet.

    Plusieurs centaines d’études auraient été faites en faveur du glyphosate, mais sans doute financées par Monsanto, ce qui constitue un sérieux biais pour affirmer leur validité, mais on ne peut pas affirmer, à l’inverse, qu’elles ont été entièrement et toujours manipulées. Des études indépendantes (et de Mansanto et des écologistes) ont sûrement été faites, sinon il serait temps de comparer la survenue du cancer dans la population générale avec celle touchant la population utilisant le glyphosate.

    Et voilà qu’un rapport parlementaire du Sénat met en doute un effet cancérigène spécifique du glyphosate. Bien sûr les parlementaires à l’origine de ce rapport sont accusés d’utiliser l’argumentaire de Monsanto (« le glyphosate serait moins cancérigène que la charcuterie ou la viande rouge »). Un rapport qui « passe mal », surtout chez les écologistes. Mais la question est de savoir si l’argumentaire attribué à Monsanto (ce qui laisse supposer que les parlementaires à l’origine de ce rapport seraient malhonnêtes) correspond à la vérité ou pas, l’argumentaire est attaqué comme étant partisan mais pas son éventuelle valeur.

    A la suite de ce rapport j’ai été surpris par une réaction de José Bové se demandant si ces parlementaires n’ont pas été approchés par Monsanto-Bayer, lorsqu’il ajoute : « ils oublient que le glyphosate ne s’analyse pas seul, mais avec ses adjuvants [...] c’est ce cocktail qui en fait sa dangerosité »

    Nous voilà bien : on ne sait plus ce qui est dangereux. Il va falloir analyser tous les éléments du cocktail. On n’est pas sorti de l’auberge, à moins que l’on n’y entre pas car le glyphosate commence à coûter très cher à Bayer qui s’est payé à prix d’or une belle planche pourrie.

    Un herbicide décoiffant

     


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  • Jusqu’au 23 mars dernier, les personnes présentant un handicap mental ou psychique ou une déficience intellectuelle pouvaient se voir retirer leur droit de vote sur décision d’un juge de tutelle. On peut, en effet, observer tous les degrés dans un handicap mental et c’était au juge de déterminer si un handicap était léger ou au contraire profond au point de constituer un obstacle à la compréhension et au raisonnement permettant de faire un choix électoral.

    A présent, tous les handicapés mentaux, ils seraient près de 300000 (seulement ?) pourront bénéficier de la nouvelle loi.

    Bien entendu, la difficulté n’est pas de mettre un bulletin dans l’urne, un enfant de deux ans peut très bien le faire si on lui montre comment.

    La mairie de Paris a d’ailleurs édité une affiche pour faire comprendre aux personnes « en situation » d’handicap la marche à suivre.

    Le monde devient-il idiot ?

    La difficulté est de réfléchir puis de choisir le bulletin de vote à mettre dans l’urne.

    Mais pour les personnes handicapées tout devrait être clair car on utilise pour eux un nouveau langage : le langage "facile à lire et à comprendre" (FALC), censé leur permettre « d’accéder à l'isoloir », ce qui, FALC ou pas FALC, ne devrait pas être bien difficile, la difficulté est, en passant devant la table où sont exposés les bulletins de vote, d’en choisir au moins un, et pas au hasard.

    Mais c’est du tout cuit, car on va demander aux différents partis de retranscrire en FALC leurs professions de foi et leurs programmes en gardant le texte d’origine, mais avec une partie en FALC : « C’est une transcription du français, pour simplifier certaines notions et qu’elles soient comprises par les personnes déficientes intellectuelles », explique au HuffPost Isabelle Chandler de l’Unapei (association de parents d’handicapés intellectuels). « Si on leur donne les outils pour comprendre, elles ont bien sûr une opinion et peuvent voter. »

    On se demande alors où est leur déficit intellectuel si elles sont capables de se faire une opinion argumentée, mais on se demande aussi quelles sont les chances pour une personne dont l’intelligence est très limitée de ne pas faire le même choix que la personne qui s’occupe d’elle et qui la conduira par la main à toutes les étapes du vote si bien expliquées par la Mairie de Paris.

    Ainsi le choix électoral est à la portée de tous les déficients mentaux, je suppose que l’abstention aussi (ce qui à mon avis serait préférable). Je dois avouer que pour certaines élections, et notamment les européennes j’ai moi-même du mal à comprendre les professions de foi de certains candidats et souvent du mal à faire un choix raisonnable. Je me demande si, parfois, je ne devrais pas me mettre au FALC, puisque ce langage simplificateur serait si efficace.


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  • Le gilet jaune symbole d’une réalité et tenue de camouflageSamedi dernier, 1400 personnalités du « monde de la culture », dont Emmanuelle Béart, Juliette Binoche, Edouard Louis (ces deux derniers n’en manquant pas une), Annie Ernaux (sans doute lassée d’écrire son journal intime), et des dessinateurs, réalisateurs et musiciens, ont signé une tribune de soutien dans Libération aux manifestants dont les manifestations s’étalent à présent sur un semestre alors que nombre de leurs revendications initiales et pleinement justifiées ont été acceptées par le gouvernement.

    Cette tribune est intitulée "Gilets jaunes : Nous ne sommes pas dupes ! ", et salue un mouvement "sans précédent dans l'histoire de la Ve République", "que le pouvoir cherche à discréditer et réprime sévèrement alors que la violence la plus menaçante est économique et sociale". En affirmant sans pudeur : "Les gilets jaunes c'est nous".

    Que ces personnalités se sentent concernées par les revendications qui ont déclenché le mouvement, c’est bien, mais qu’ils estiment que la violence est essentiellement du côté des forces de l’ordre est une affirmation un peu légère. Ils passent sous silence : les entraves à la circulation, les incendies et toutes les destructions notamment celles des commerces et même les pillages qui sont survenus régulièrement « en marge » des manifestations que nombre de « GJ » ont cautionné quand ils n’y ont pas participé eux-mêmes. Les forces de l’ordre essayent de prévenir les exactions et de canaliser les manifestants, ce qui conduit forcément à des heurts qui ont provoqué des blessés de part et d'autre, mais sans mort jusqu’à présent en 26 manifestations !

    Les signataires de la tribune, qui ont donc revêtus leur gilet jaune, exonèrent tous les manifestants : "Nous voyons bien les ficelles usées à outrance pour discréditer les gilets jaunes, décrits comme des anti-écologistes, extrémistes, racistes, casseurs..." Là encore les signataires ferment les yeux sur le fait que le gilet jaune est aussi devenu une tenue de camouflage permettant à tous les extrêmistes de s’exprimer : appels à l’émeute, complots en tous genres, « quenelles » sur les marches de la basilique du Sacré-Cœur, Black-blocs applaudis, académicien français insulté car d’origine juive, un gilet jaune négationniste ayant injurié Simone Veil acclamé à sa sortie de prison par des gilets jaunes…Et les signataires de cette tribune trouvent que ce sont des « ficelles usées à outrance ». On voit que ces ficelles ne s’usent jamais et qu’elles restent prêtent à pendre.

    Des signataires, qui, bien qu’ayant revêtu un gilet jaune, n’ont aucun problème de fin de mois mais qui veulent à tout prix faire partie du camp du bien jusqu'à l'indécence, sans s’apercevoir que le bien à force de stagner menace la République et finit par sentir mauvais.


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