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    Comment sauver le millénaire ?

    Ce serait de la légèreté de notre part de ne pas prendre le  chat de Philippe Geluck au sérieux. Comment faire pour sauver le millénaire ? Certes, on pourrait se réjouir de la fabrication dans les décennies à venir d’un utérus artificiel évitant ainsi aux femmes – si elles le désirent - les nausées et la déformation de leur corps lors de la grossesse, certes on pourrait se réjouir dans un avenir plus lointain d’un Paris-plage, non pas au bord de la Seine polluée, mais au bord de la Manche et de pouvoir se baigner sous un soleil éclatant par la grâce du réchauffement climatique, pensée réconfortante par le temps glacial qui sévit en ce moment, mais est-ce rigolo ?

    Si l’on veut sauver le millénaire, il faut envisager d’autres solutions plus rigolotes et j’en propose ici quelques unes :

    - La sélection des membres d’un gouvernement ou même pour occuper des postes de responsabilité comporterait une épreuve de french cancan jugée par un jury populaire. Les femmes étant plus douées que les hommes pour cette manifestation, elles arriveront plus aisément aux manettes que par les quotas.

    - Obliger ceux qui écrivent les discours des hommes politiques à terminer chacun des paragraphes et de façon alternée par é ou u afin que le public puisse dans l’enthousiasme ajouter en chœur soit « poil au nez » soit « poil au cul ».

    - Il sera aisé d’inventer une machine comparant en temps réel les déclarations avec les promesses, les déclarations antérieures et les faits réels et en cas de discordance manifeste affubler l’orateur d’un nez plus grand que le sien et comme il risque de s’agrandir au fur et à mesure du discours, prévoir une haie d’assistants parlementaires pour soutenir l’appendice nasal s’il devient monstrueux, ce qui déclencherait des rires plutôt que des critiques.

    - On dit que telle personne très riche pèse tant et tant. On pourrait traduire l’argent en son équivalent en poids – par exemple 10 kg pour 1 million de dollars - et demander à la dite personne de le soulever et de ne lui laisser en argent que l’équivalent du poids qu’il est capable de soulever. On verrait alors les financiers passer plus de temps à s’entraîner en haltérophilie qu’à spéculer, ce qui serait une bonne chose, et le spectacle de gringalets soulevant des haltères pourrait être rigolo.

    - Et ne serait-il pas amusant de faire une surprise en transformant les stock-options en articles de farces et attrapes au moment de les lever et la retraite-chapeau en chapeau de clown à la retraite ?

    Mais il y a beaucoup de choses dans le monde qui n’ont pas de solution rigolote et je me demande si ce millénaire pourra être sauvé.


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    Lassés par le jugement des Français, par l’impopularité dont ils sont victimes, heurtés par l’injustice qui les accable, le Président de la République, le Premier Ministre, les ministres, les secrétaires d’état, les chefs de cabinet, les conseillers en tout genre, décidèrent de commencer une grève reconductible.

    Les voitures de fonction restèrent au garage, plus de va-et-vient, on ne vit sur le perron de l’Elysée aucune poignée de main, les journalistes tendirent leurs micros dans le vide et pas la moindre déclaration présidentielle ou ministérielle ne vint encombrer les pages des journaux ou les ondes et l’image des dirigeants disparut des écrans après l’annonce solennelle de l’arrêt de travail par le collectif gouvernemental.

    Inutile de dire que le pays fut surpris par une telle unanimité, mais ne pouvait faiblir et céder aux revendications gouvernementales dont la première était d’être aimé par la population, ce qui paraissait impossible.

    S’agissant d’une grève corporatiste, les administrations ne suivirent pas le mouvement et les chambres, un moment déboussolées, continuèrent à se réunir avec pour les députés et les sénateurs de la majorité un curieux sentiment de liberté et de vacances, dispensés qu’ils étaient de voter des lois à tour de bras, lois qui existaient déjà sous une autre forme mais sans avoir eu le loisir d’être appliquées.

    Privé de sa tête, parfois un peu folle, le corps du pays continua à fonctionner. En l’absence de pressions ou d’entraves, les administrations organisèrent leur travail comme elles l’entendaient, la police devint efficace sans se perdre dans des tâches subalternes comme la protection des personnalités, l’encadrement massif des visites présidentielles ou dans des opérations à grand spectacle qui se soldaient par la prise d’un fusil à pompe ou d’un troisième couteau non prévenu en raison de l’épuisement de la batterie de son portable. La Justice put sortir quelques affaires que l’on avait glissées sous le Parquet et les diplomates purent faire de la diplomatie sans voir tous leurs efforts annihilés par des interventions intempestives. Quant au monde économique, il s’était toujours moqué des ministres sauf pour en tirer quelque profit.

    Alors la population encouragea le gouvernement à tenir le coup, à maintenir ses revendications  et pour l’aider elle continua de son côté à ne pas l’aimer mais en lui faisant espérer cet amour impossible.


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  • A la suite de la décision connue dans les livres de droit sous la dénomination du « Cas Chirac » (remboursement à la Mairie de Paris des sommes détournées de nombreuses années auparavant), les tribunaux n’ont plus pousuivi et bien sûr condamné les prévenus ayant soit volé, soit détourné des fonds, à condition que les objets ou les sommes subtilisés soient restitués à leur(s) légitime (s) propriétaire(s) et ce, sans limitation dans le temps.

    En suivant cette jurisprudence, le travail des tribunaux s’en est trouvé allégé et les prisons moins pleines, mais les vols et les détournement de fonds ont connu une expansion remarquable, leur pratique ayant été assimilée à un jeu avec davantage de gagnants que dans les jeux d’argent habituels. Les forces de l’ordre débordées ne pouvaient, en effet, résoudre qu’une petite proportion des affaires en cours, pour récupérer les biens mal acquis afin de les rendre à leurs légitimes propriétaires et passaient leur temps à  classer sans suite les plaintes qui ne pouvaient s’éteindre qu’avec la restitution de ces biens ou une condamnation pour les malheureux qui n’avaient pas les moyens d’y échapper (ce qui mettait en évidence l’inégalité des justiciables devant la loi).

    Il suffisait donc d’attendre pour pouvoir disposer de ses prises délictueuses. Ou investir et faire fructifier d’emblée les sommes dérobées afin d’améliorer son ordinaire tout en prenant ses dispositions pour faire face aisément à une éventuelle restitution dans le cas improbable où le bras hésitant de la justice finirait par vous agripper avant votre départ pour l’au-delà.


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  • munch burning-cigaretteEdward Munch : "Autoportrait avec cigarette allumée"

     

    Certains en France semble séduits par l’initiative australienne de rendre quasi invisibles les marques de cigarettes sur les paquets en uniformisant leur présentation, évitant ainsi le clinquant jugé attractif pour les jeunes consommateurs. Des penseurs (il y a des gens dont la profession est de penser) trouvèrent que cette idée pouvait être étendue à d’autres produits de consommation et notamment aux produits politiques.

    Après un débat national fort mouvementé, il fut décidé de supprimer les étiquettes sur les hommes politiques à vendre. Les opposants hurlèrent que cette décision, pourtant entérinée par un référendum d’initiative populaire, était antidémocratique puisqu’elle aboutissait à la suppression des partis.

    Pourtant à l’usage les politiques eux-mêmes y  trouvèrent quelques avantages. Le financement des élections fut versé de façon égale et directement à chaque candidat (somme remboursée si un minimum de voix n’était pas acquis en tenant compte de la situation financière de chacun), sans aucune source extérieure, fortune personnelle, apport des entreprises ou de gens fortunés qui espéraient auparavant tirer un bénéfice de leur générosité.

    La conséquence fut que les candidats ne dirent que ce qu’ils pensaient sans obéir aux directives d’un parti et une fois élus ils votèrent les lois en leur âme et conscience sans subir les pressions pour voter contre leur propre opinion. Afin de renforcer leur indépendance et ne songer qu’au bien commun, ils devaient affronter le suffrage universel à chaque fois dans une région différente, ce qui constituait également un frein au cumul des mandats.

    Le niveau des candidats s’éleva peu à peu car dire ce que l’on pense implique que l’on pense quelque chose. Le débat entre politiciens devint intéressant par la confrontation des idées et des arguments avec la disparition des argumentaires établis par d’autres et on fut surpris par le nombre de fois où ils tombèrent d’accord sur les solutions à adopter.

    Le chef du gouvernement élu par des députés indépendants finit par choisir des gens de talent plutôt que des gens obéissants et qui n’obéissaient naguère que pour être élus sous l’étiquette d’un parti ou pour satisfaire les intérêts d’une circonscription.

    Et c’est ainsi que la politique sans étiquette fit un tabac et j’ajoute pour ceux qui ont un doute sur ma lucidité en lisant cette fable que je n’ai pas fumé la moquette avant de l’écrire.


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  • L’HOMME QUI AVAIT RENCONTRE DIEU

     

    Un vieil homme avait un jour rencontré Dieu

    Oh ! Pas dans une église, un temple ou une mosquée

    Car Dieu avait honte de s’y montrer

    Mais dans un parc sur un banc comme un petit vieux

     

    Il s’était assis et le vieil homme s’était écarté

    Il ne savait pas que c’était Dieu

    Il ne l’avait jamais fréquenté

    Ils sont restés assis silencieux

    Comme deux  inconnus

    Comme deux  petits vieux

     

    C’est Dieu qui commença à parler

    Il demanda à l’homme si ce parc lui avait plu

    Il en parlait comme si c’était Lui qui l’avait créé

    L’homme en se tournant vit son visage barbu

    Où donc l’avait-il déjà rencontré ?

    Ça devait remonter à une éternité

     

    Mais Dieu lui dit en hésitant un peu :

    Je suis Dieu

    Et le vieil homme lui demanda poliment :

    Comment allez-Vous ?

    Et Dieu répondit : pas très bien en ce moment

    Ça ne m’étonne pas du tout

    Fit l’homme âgé en se levant

     

    Vous partez déjà demanda Dieu un peu déçu

    Et l’homme répondit que son temps était compté

    Que c’est Lui qui l’avait ainsi voulu

    Seuls les Dieux avaient pour eux l’éternité

     

    Dans un parc en se promenant

    A tout moment on peut rencontrer l’inattendu

    Si vous rencontrez un petit vieux sur un banc

    Sachez qu’il est plus près de Dieu que des vivants

    Mais ne faites pas comme s’il n’existait plus

     

     

    Paul Obraska 


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  • burne-jones

    Edward Burne Jones : « Psyché et Pan »

     

    LE SOIR DE L’ERECTION

     

    Le soir de l’érection,

    Il secoua ses urnes avec impatience

    Et n’obtint qu’un vent de protestation,

    Un vent vert-rose qui sentait le caviar.

    Il trépigna de dépit et d’impuissance.

     

    Ongles rubis sur le ventre de la guitare,

    Témoin à éclipses des déserts africains,

    Sa femme le regardait de ses yeux d’or.

    Elle avait vu les puits asséchés de loin

    Et ne se plaignait pas de son sort.

     

    Il se dit : une érection de perdue ne veut rien dire,

    Une érection de perdue, dix de retrouvées.

    Je m’en bats les urnes car j’ai vu bien pire,

    Mon cap à redresser ne sera pas retiré.

    Certes, il a déjà servi, il est peu usé,

    Et même si la crise dure,

    Nous le ressortirons

    Pour la future

    Erection.

     

     

    Paul Obraska


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  • rembrandt-le-philo.jpg
    Rembrandt « Philosophe en méditation » 1631

     

    Assis devant la fenêtre, un philosophe méditait.

    Il recherchait la lumière alors que le soleil caressait doucement son visage orné d’une barbe blanche, comme il se doit.

    Le regard perdu, il recherchait la lumière en lui.

    Il méditait sur sa méditation et en tournant en rond sous l’escalier qui s’élevait en colimaçon, il s’enfonça profondément dans ses pensées profondes.

    Et ce qui devait arriver, arriva : il s’endormit profondément.

    Dans les profondeurs du sommeil, il fit un rêve agité dans la calme pénombre de la chambre dallée.

    Un rêve où il  était submergé par les flots verbeux du langage obscur de ses pareils  et dans le tourbillon des mots creux.

    Il s’enfonça profondément sans trouver le sens pour en sortir et ce qui devait arriver, arriva : il se noya.

    Mais avant son dernier soupir, il proclama dans un essai (personne ne se refait) : la mort de la philosophie.

    Qu’il était dur d’en arriver là pour un penseur qui avait trépassé toute sa vie à philosopher.

     

    Il se réveilla alors durement à la réalité envahi par le froid.

    La femme qui avait le sens du réel, sans faire de philosophie, attisa le feu dans l’âtre et mit du bois pour réchauffer le philosophe refroidi.


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  • Dali ciel hyperxiologique

    Salvador Dali : "Ciel hyperxiologique"

    Tous voulaient gravir cette montagne. Ils étaient formés pour ça. Au début, la pente était forte, ils allèrent lentement, à petits pas, trébuchant au moindre obstacle et les plus avancés, ceux qui avaient de l’expérience, les tiraient en leur donnant la main et en les encourageant de la voix.

     

    Petit à petit, la pente devint plus douce et tous marchèrent de moins en moins lentement. Tous, non. Quelques-uns qui s’étaient égarés en chemin ou frappés par la foudre, restèrent couchés sans pouvoir se relever. Les autres d’abord tristes de perdre ainsi des compagnons de route, continuaient malgré tout leur course vers l’avant, sans se retourner.

     

    La plupart parvinrent au sommet et contemplèrent le spectacle. Certains étaient heureux en voyant le chemin parcouru, d’autres pas, en voyant ce qu’ils étaient devenus. Mais tous regardaient avec appréhension la descente vertigineuse qui se déroulait devant eux. C’était la partie la plus difficile et la plus dangereuse de la course. Malgré leur désir, il leur était impossible de rester plus longtemps au sommet.

     

    Et ils commencèrent la descente, de plus en plus rapide, de plus en plus chaotique, certains tombèrent dans des crevasses, d’autres se fracassèrent sur les rochers ou glissèrent jusqu’au précipice sans pouvoir se retenir.

     

    Les plus forts ou les plus chanceux parvinrent au bas de la descente dans un triste état. Ils restèrent assis, à bout de force, au bord du précipice sans oser regarder son fond noir où des compagnons avaient disparu et qui maintenant les attirait. Certains pour éviter de le voir levaient les yeux vers le ciel.

    D’une voix chevrotante l’un deux demanda : « quel est le nom de cette montagne ? » et celui qui avait conservé un peu de sa mémoire répondit : « le Temps ».

     

     Buffet clown


    Ce n’est qu’une fable

    Et je vous souhaite une bonne année

    En vous encourageant à freiner des deux pieds.

    Buffet le Bouquet


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  • kandinsky vers la voix inconnue
    Wassily Kandinsky : "Vers la voix inconnue"

    La nuit était parfaite pensa le Père Noël. Un ciel étoilé, la lumière blanche de la Lune sur le blanc des toits et la maison se découpait comme une ombre chinoise.

    Dans cette maison il y avait trois enfants sages. L’aîné était studieux, le cadet facétieux et le benjamin audacieux.

    Le Père Noël descendit dans la maison silencieuse. Malgré son chargement il ne faisait aucun bruit, ne heurtait aucun meuble, c’était le fruit d’une longue expérience. Il était à l’aise dans la maison obscure qu’il visitait chaque année, voyant les enfants grandir et les cadeaux changer.

    Il disposa les offrandes en trois tas harmonieux. Les rubans dorés accrochaient les maigres rayons de Lune. Le père Noël regarda l’ensemble avec satisfaction et s’apprêtait à partir lorsque la lumière s’alluma révélant les trois frères souriants. Le Père Noël n’était pas encore revenu de sa surprise que le benjamin sauta sur son dos et lui mit un tampon de chloroforme sur le visage. Le vieillard s’endormit doucement au milieu de ses cadeaux et les trois frères en profitèrent pour le ligoter, mais avec douceur car c’était des enfants sages.

    L’aîné studieux, le cadet facétieux et le benjamin audacieux regardèrent leur prise barbue avec satisfaction  et l’aîné dit aux deux autres : « Ne perdons pas de temps, maintenant que le Père Noël ne sert plus à rien nous allons le vendre sur Internet »


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  • Jérôme Bosch : "L'escamoteur et les pigeons"

    LE BONIMENTEUR

     

    Il était une fois

    Un bonimenteur au beau bagout

    Qui vantait ce qui ne servait à rien

    Qui promettait ce qui servait à tout

    Et les badauds qui n’avaient rien

    Mais qui espérait quelque chose

    Ecoutait le petit homme malin

    En le regardant prendre des poses

    Les yeux au ciel et sur le cœur sa main

     

    Un homme riche qui avait du temps

    Intrigué par cette foule immobile

    Fit arrêter sa longue automobile

    Pour voir la cause de l’attroupement

    Il entendit le bonimenteur parler

    Il vit le petit homme gesticuler

    Et regarda la foule boire le vent

     

    Alors quand le spectacle prit fin

    Il s’approcha du petit homme malin

    Applaudit son talent de comédien

    Et lui proposa un autre destin

     

    C’est ainsi que le parleur au beau bagout

    Qui vantait ce qui ne servait à rien

    Qui promettait ce qui servait à tout

    Devint de son pays le premier politicien


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