• Les auteurs juifs qui écrivirent les textes bibliques dans l’Antiquité, et dont l’objectif était probablement « nationaliste » (le concept de nation étant récent), ne se doutaient pas que leurs écrits, quelles que soient leurs qualités littéraires, allaient être tant prisés et surtout aussi crus par une grande partie de l’Humanité et ce, jusqu’à nos jours où la science semble triompher.

    La Genèse, en particulier, continue à faire le buzz ; vision poétique de la création du monde et de l’humanité, elle a été généreusement attribuée à Moïse qui avait eu, il est vrai, le temps de la rédiger pendant les quarante années où il a erré bêtement avec son peuple dans le désert du Sinaï qui n’est pourtant pas si grand pour que l’on puisse s’y perdre aussi longtemps.

    Malgré les multiples preuves scientifiques apportées à la théorie de l’évolution, beaucoup d’Etatsuniens continuent à croire dur comme fer à la véracité du récit de la Genèse. En 2012, un sondage de l'institut Gallup a montré que 46 % des Américains croient que "Dieu a créé les êtres humains d'un coup, sous leur forme actuelle, il y a plus ou moins 10 000 ans".

    Un musée du créationnisme existe à Petersburg (Kentucky) et se prétend scientifique. Une salle est consacrée au jardin d'Éden et une autre aux "lézards missionnaires", car pour les créationnistes, les dinosaures auraient été les contemporains des humains avant le déluge. On peut y trouver des rapports remettant en cause les travaux scientifiques des "évolutionnistes". Il a réuni 404 000 personnes en 2011 et 254 000 en 2012 (il est consolant de constater que la fréquentation de ce musée baisse d’une année sur l’autre).

    Devant le refus à plusieurs reprises de ces mécréants de la Cour suprême d’introduire le « créationnisme » dans l’enseignement public à côté de la théorie de l’évolution (mais il est enseigné dans des établissements privés), les fans de la Genèse ont mis de l’eau diplomatique dans leur vin béni en prônant la "théorie de la conception intelligente" qui admet plus ou moins la théorie de l'évolution selon Darwin, mais en la considérant comme incomplète car ne tenant pas compte du coup de pouce divin pour que tout soit si parfait (une perfection que l’on peut, à mon humble avis, discuter).

    Le « créationnisme » ne négligeant pas le business, un parc d'attractions Ark Encounter (Rencontre avec l'arche) doit s’ouvrir en 2014, à une centaine de kilomètres de Louisville, dans le Kentucky. Sur un site de 323 hectares, les amateurs pourront visiter l'arche de Noé, le tour de Babel ou se plonger dans l'atmosphère d'un village de l'époque ayant précédé le déluge, preuve aquatique que Dieu n’était pas satisfait de sa création qui aurait du être en théorie parfaite, compte tenu de la perfection du Créateur. Le plus distrayant sera sans doute l’illustration du récit des plaies infligées par Dieu à l’Egypte, comme une rivière de sang ou un essaim de sauterelles (scénario précurseur des films-catastrophe hollywoodiens). Les enfants étant particulièrement ciblés, de petites cabanes (symboles de l’enfermement ?) leur permettront de "se renseigner sur Dieu et tout ce qu'il a créé".

    Les créationnistes ayant le sens des affaires et le don pour créer de l’argent, sur les 24,5 millions nécessaires, presque 13 ont déjà été réunis : « La création de l'arche de Noé, pièce maîtresse du parc, [sera] en effet totalement à la charge des particuliers. Chaque internaute a la possibilité de fournir un clou, une planche ou une poutre pour respectivement 100, 1 000 et 5 000 dollars. Le nom du donateur est ensuite gravé sur la pièce fournie et il aura la possibilité de voir son patronyme sur l'arche une fois que le parc sera ouvert au public ».

    « Vanité des vanités, disait Qohéleth, vanité des vanités, tout n’est que vanité » (Prologue du livre de l’Ecclésiaste). Il y a des vérités dans la Bible.

     (Variations mécréantes sur un article de Louis-Vianney Simonin paru dans Le Point.fr)


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  • Buffet-clown-derri-re-le-globe.jpgSi l’on regarde sur le long terme l’action des gouvernements successifs, on s’aperçoit qu’un gouvernement de droite fait quelques bêtises de droite, puis une politique de gauche. De même, un gouvernement de gauche fait quelques bêtises de gauche, puis une politique de droite. Un gouvernement d’un bord défait en priorité ce qu’a fait le gouvernement de l’autre bord, mais pour le rétablir plus ou moins par la suite, d’une façon ou une autre, en général en changeant de dénomination. Devant le désordre engendré par ces tribulations, le personnel politique décida d’un commun accord, pour le bien du pays, d’adhérer périodiquement tantôt à un parti de droite, tantôt à un parti de gauche, les adhésions se faisant par fractions réciproques. Ainsi fut fait, et l’on constata rapidement une conduite plus harmonieuse des affaires et moins d’agressivité factice dans les débats. Bien sûr, les électeurs ont été un peu déboussolés, mais un changement du mode de scrutin leur permit de voter plus pour des personnes que pour des partis et ceux-ci devinrent des groupements d’intérêt personnel. Ces GIP ayant pour vocation, d'une part la promotion de leurs membres, et d'autre part d'établir un catalogue, non pas de promesses, mais de solutions de droite ou de gauche, ce qui évita la multiplication ultérieure de commissions pour en trouver, et à leur personnel d’être perdu une fois arrivé au pouvoir.
     Magritte-pipe.jpg
    Que dites-vous ? Et les convictions ? Quelles convictions ? Un homme ou une femme politique sensé(e) (je sais, il y en a qui ne le sont pas) choisit de faire carrière en politique pour obtenir un poste ou de préférence plusieurs postes, et tenter de bien gérer les choses ou de masquer une mauvaise gestion pour pouvoir s’y maintenir. Les convictions ce sont les électeurs qui les ont, un(e) politicien(ne) de talent est capable de défendre n’importe quelle conviction. D’ailleurs, les personnages politiques changent fréquemment d’avis, et il leur arrive de se contredire même sur une courte période, ce qui ne semble pas choquer leurs chauds partisans qui les défendent quoi qu’ils fassent et quoi qu’ils disent. On voit qu’être tantôt de droite, tantôt de gauche ne devrait pas poser de problèmes à un(e) politicien(ne) chevronné(e). Bien sûr, il faut se méfier des jeunes qui commencent par croire à ce qu’ils disent, mais s’ils insistent, leur carrière risque d’être brève. Je ne parle pas des fanatiques qui ressortent du domaine de la psychiatrie.
     
     

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  • Ils crurent que le seigneur était divin

    Et acceptèrent d’être ses esclaves

    Les manants assurèrent ses besoins

    Et le seigneur en usa sans entrave

     

    La lignée des sujets était aussi infinie

    Que la vaniteuse lignée du seigneur

    Mais sans portraits dans une galerie

    Et sans galerie dans leur demeure

     

    Alors ils pourchassèrent le seigneur

    Et mirent à sa place leur meneur

     

    Avec bicorne, casquette ou képi

    Il ne parlait plus de ses ancêtres

    Il parlait d’idéal, il parlait de patrie

    Sans oublier son propre bien-être

     

    Ce seigneur n’épargnait pas les morts

    Pour chercher la gloire du sang versé

    Ou garder son pouvoir sans remords

    Le peuple le suivait, puis il en eu assez

     

    Alors ils pourchassèrent le seigneur

    Mais un autre seigneur est apparu

     

    L’histoire des gens est pleine de candeur

    Cette fois le nouveau seigneur était élu

    Les autres l’avaient placé là en douceur

    Et il ne se priva pas des privilèges reçus

     

    Dans les palais meublés d’antiquailles

    Dans ses voitures aux vitres teintées

    Avec des motos écartant la valetaille

    Pour laisser passer son cul bien calé

     

    Un seigneur s’en va, un autre apparait

    Son costume change, sa morgue jamais

     

    Paul Obraska


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  • Miro UbuRoi. 2jpg

    Ce matin, Nicolas le Bref se réveilla aux aurores, quitta la couche où Carla la Murmurante rêvait au Zénith et se mit à errer dans les couloirs de son palais, seul, sans son armée de conseillers dont certains avaient déjà, comme des rats, abandonné le navire à la recherche d’une pitance plus sûre.

    Ce matin, Nicolas le Bref se sentait découragé. Il s’était agité jusqu’à l’épuisement, il avait parcouru de multiples pays dans son carrosse volant, il avait plastronné parmi les grands de ce monde, il s’était déplacé en vain dans des villages reculés à la rencontre de son peuple, il avait beaucoup parlé devant des foules qui le regardaient sans vraiment l’écouter, il avait beaucoup promis devant des manufactures mortes, il avait beaucoup donné à ses amis, il avait même fait une guerre pour les mahométans, et voilà que, découragé par les quolibets et les libelles, il se demandait s’il n’était pas temps pour lui d’abandonner la place et de laisser à d’autres la défense du palais contre les attaques conjointes de François le Mitron, du Béarnais dit Roue libre et de Marine Casque à pointe.

    Mais qui serait digne de succéder à un personnage aussi considérable que lui ? Alain le Chauve ? Mais il fut malencontreusement déplumé en son temps. François le Sombre ? Ce serait donner le bourdon à un peuple qui l’avait déjà. Dominique le Barde ? Non, pas lui, n’est-on pas obligé de l’attacher à un croc pour l’empêcher de pérorer ?

    Alors Nicolas le Bref poussa un soupir et conclut, certes à regret, qu’il était le seul digne de se succéder à lui-même et se redressa d’un mâle mouvement des épaules pour aller, d’un pas chaloupé, rassembler ses fidèles dépités.

     

    Joan Miro : « Ubu roi »


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  • poussin71.jpg

    Nicolas Poussin « La Sainte Famille »

     

    PHOTO DE FAMILLE

     

    Retouchée par Poussin,

    C’est une très vieille photo,

    Passant de mains en mains,

    De père en fils, depuis l’an zéro.

     

    L’artiste n’a pu empêcher les angelots

    De figurer nus sur le portrait de famille

    Et de jouer, facétieux, avec la charmille.

     

    On ignore jusqu’à ce jour les liens de parenté

    De la femme accroupie et de celle debout,

    Comme du petit rouquin, peut-être jaloux

    Du divin bambin qu’on lui a préféré.

     

    La mère est fière de son dernier-né.

    La rumeur dit que c’est son premier

    Et qu’elle n’a pas perdu sa virginité.

     

    Un voyant venu des cieux du nom de Gabriel

    A prédit à son enfant un destin exceptionnel.

    A le voir sur sa mère, il a déjà trouvé sa voie

    En écartant ses petits bras en croix.

     

    Le mari fait bonne figure, bien que marri,

    Cocu magnifique, il a trouvé son destin,

    Complaisant, il accepte le fait accompli.

     

    A son épouse, il ne s’est jamais plaint

    De cette grossesse involontaire.

    Même s’il n’y est pour rien,

    On peut compter sur lui :

     

    Il sera un bon père

    Pour cet enfant naturel,

    Procréation assistée du ciel.

     

    Paul Obraska


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  •  

    van-gogh-vincent-champ-aux-coquelicots.jpg

     

     

    Une petite marguerite des prés  

    Etait amoureuse d’un tournesol cultivé  

    Elle avait été élevée avec les herbes  

    Alors que lui, entouré des siens, était superbe  

    C’était le plus grand, le plus beau  

    Avec son œil de braise et sa couronne solaire  

    Il faisait tourner toutes les têtes  

    Il sentait bon le sable chaud  

    Comme dans la chanson du légionnaire  

    Et la petite marguerite défaite  

    Se languissait à ses pieds  

    En palpitant de ses pétales pâles

     

    Un jour, la petite marguerite n’en pouvant plus  

    Décida de s’offrir au grand tournesol  

    Alors, elle s’effeuilla de sa jupe florale  

    En retirant un à un ses pétales  

    Qui tombèrent en pluie sur le sol  

    Lentement  

    Langoureusement  

    Un peu  

    Beaucoup  

    Passionnément  

    A la folie  

    Et se retrouva petit à petit nue  

    Dans le plus simple appareil  

    Toute offerte devant lui

     

    Mais le grand tournesol ne l’avait même pas vue  

    Son œil de braise toujours fixé sur le soleil  

    Il tournait la tête lentement, très digne  

    La petite marguerite désemparée  

    Versa quelques larmes de rosée  

    Et confuse, honteuse, se cacha  

    Derrière une feuille de vigne  

    Qui passait par là

     

     

    Paul Obraska

     

    Van Gogh : « Champ aux coquelicots »

     


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  • Buffet-clown-chapeau-melon.jpgTous les observateurs (payés pour observer ce que les autres regardent), tous les milieux autorisés  (munis d’un laisser-penser), les intellectuels (ceux qui sont payés pour penser, les autres le font gratuitement), les milieux officiels (ceux qui sont légalement dans le milieu) ayant constaté que le bon peuple votait de moins en moins et se désintéressait de plus en plus de la politique dont il n’espérait plus grand-chose, cherchèrent un moyen de l’intéresser davantage.

     

    Mais comment ?

     

    A quoi le bon peuple s’intéressait-t-il avec passion ? Quelles informations et quelles émissions télévisées l’attiraient au point d’abandonner leurs autres occupations ? Et les observateurs ayant aiguisé au couteau leur don d’observation, les milieux autorisés, s’autorisant à quitter leurs sources, les intellectuels réfléchissant sans se regarder réfléchir, les milieux officiels sortant enfin de leur milieu (mais sous bonne escorte), finirent par trouver : la majorité du bon peuple s’intéressait au football.

     

    Alors pourquoi ne pas remplacer les élections par des matchs de football ? Les coups de pied seraient donnés à la vue de tous, les coups seraient enfin francs, les participants pourraient être hors-jeu sans devoir faire appel à la justice. Les spectacles attireraient les foules vocifératrices qui cesseraient de penser et de se plaindre, le visage badigeonné aux couleurs des équipes en lice. Les éventuelles guerres civiles circonscrites à la sortie des stades et aisées à prévenir.

     

    Chaque parti aurait son équipe et son financement consacré à l’acquisition de champions (sans double nationalité) et non pas à salir les murs et à occuper les ondes par leurs vantardises. Avoir de bons joueurs ne garantirait pas la victoire, étant donnée la noble incertitude du sport, d’autant plus qu’un quota de politiciens devrait faire partie de l’équipe, ce qui rajeunirait les cadres et obligerait à les renouveler. A l’inverse, les footballeurs auraient l’interdiction de faire de la politique, dans l’hypothèse où ils en seraient capables. Des poules (aucune allusion) seraient constituées et la proportion des élus déterminée selon un mode qui ne serait pas plus injuste ou compliqué que le mode électoral actuel.

     

    Mais alors, me direz-vous, les idées des partis n’entreraient plus en jeu ?

     

    Quelles idées ??

       

    Reste la question de l’arbitrage. Qui pourrait arbitrer les partis ? Qui pourrait être assez objectif pour le faire ? Je ne vois qu’un enfant, de surcroît orphelin et sans aucune attirance pour les jeux video.


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  • Chagall-le-sacrifice-de-Isaac.jpg

     

    1  Il était une fois des dieux groupés en un collectif du Destin.

    Chaque peuple avait les siens, semblables aux  noms différents.

    Chacun avait sa fonction et ses caprices  dans l’espace aérien.

    Gamins querelleurs, ils jouaient volontiers de la foudre et du trident.

    Il était rassurant pour les hommes de voir leurs faiblesses d’humains

    Et pour quelques divinités leur goût polisson pour les êtres mortels.

    Heureusement imparfaits, on pouvait les acheter par une offrande.

    Des prières obligées et quelques bakchichs liaient la Terre et le Ciel,

    Il suffisait ensuite de faire au spécialiste divin son humble demande.

     

    2  Vint un homme avec des trous de mémoire,

    En quête d’une idée simple à retenir.

    Pour  mettre de l’ordre dans cette divine foire,

    Il décréta que pour le Passé et l’Avenir,

    Il n’y aurait désormais qu’un seul Dieu.

    Les autres trouvèrent que c’était peu,

    Mais conquis, ils finirent par s’y faire

    Et les ennuis commencèrent.

     

    3  Un Dieu unique ne pouvait que s’ennuyer dans le vaste Univers.

    La Création du Monde ne Lui avait demandé que quelques jours.

    Pas de querelles ou d’amitiés possibles avec des congénères.

    Il était certes aimé mais déclenchait des catastrophes en retour.

    Il faut le comprendre, Il n’avait que Ses créatures pour Se distraire

    Et comme l’homme L’avait fait parfait et omniscient,

    Quoi qu’Il fasse, Sa perfection Le rendait innocent.

     

    4  Ainsi, lassé d’être seul, Il se révéla trois fois à ses affiliés.

    La première fois dans un buisson ignifugée, en toute discrétion.

    La deuxième fois dans le ventre d’une femme (après l’avoir annoncé).

    La troisième fois, Il se contenta d’envoyer un chargé de mission.

     

    5  Bien que les croyants vers Dieu aient la même prière,

    Les hommes obstinés les uns contre les autres, affirmèrent,

    Meurtres à l’appui, que Celui qu’ils avaient vu était le bon

    Et que les autres, infidèles, n’avaient pas compris la leçon.

    Mais tous se retournaient contre ceux qui ne croyaient rien.

    On trouvait toujours des hérétiques à occire au nom du Bien.

    Les motifs de querelles entre les hommes ne manquaient pas,

    Dieu, dans sa miséricorde et sa magnificence les multiplia.

     

    6  On ne peut que regretter le peuple des dieux imparfaits

    Leurs  faiblesses et leurs distrayantes disputes de Titans.

    Avec eux les hommes auraient détruit leur planète en paix,

    Sans toujours invoquer Dieu pour leurs débordements.

     

    7  C’est une histoire déraisonnable dont les hommes ne se lassent jamais

     

     

    Paul Obraska

     

    Chagall : « Le sacrifice de Isaac »


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  • Il était une fois, dans une petite ville proche du désert, un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes que la maréchaussée ne cessait de harceler, lui imposant amende sur amende, lui réclamant bakchich sur bakchich, jusqu’à se servir directement dans sa caisse.  

    Un jour on lui confisqua son étal et en échange on lui délivra des insultes et un nouveau papillon. Le pauvre marchand, désespéré, s’immola par le feu et en mourut.

     

    Le papillon ne sachant où se poser, charrette et marchand ayant disparu, pris son envol et parcourut le pays, mais à chaque fois qu’il survolait une ville, des foules mécontentes descendaient dans les rues et sur les places et lorsque le papillon survola la capitale, le seigneur, effrayé, dut partir.

    Le papillon, inlassable, passa les frontières en provoquant toujours le même effet dans chaque pays qu’il survolait, déclenchant des émeutes et même une guerre.

     

    Alors, je demande à la maréchaussée de bien réfléchir avant de glisser un papillon sur le pare-brise de ma charrette.

     

    Buffet-papillon-rouge-et-jaune.jpg

     

    Bernard Buffet « Papillon rouge et jaune »


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  • St-louis-blaise-promenade.jpgIl était une fois un roi qui s’était emparé du trône en enfermant un vieux roi malade, très aimé de son peuple car il l’avait libéré de maints jougs.

    Une fois en place, le nouveau roi devint autoritaire et jaloux, tenant son royaume d’une main de fer, ne souffrant aucune critique et emprisonnant les auteurs du moindre libelle.

    Ce roi régnait sans partage et se servait sans vergogne dans les caisses de l’Etat. Mais la Reine fit pire, elle imposa son abondante famille au Palais et ses membres mirent en coupe réglée les villes et les campagnes comme des bandits de grand chemin, prélevant leur écot sur toute chose et sur tout commerce en appauvrissant le peuple.

    Le Roi et la Reine étaient cependant accueillis à bras ouverts dans toutes les cours, on leur faisait sourires et cadeaux, leur trouvant moult qualités et l’on fermait les yeux  en excusant les quelques travers que les gens jugés trop rigides leur reprochaient.

    Or il advint que le peuple, ne trouvant ni travail ni pain, se souleva et descendit dans la rue en dépit des hommes en armes qui n’hésitèrent pas à tirer sur la foule que le Roi traita d’abord – comme il est de coutume -  de ramassis de bandits à la solde de l’étranger.

    Mais à la fin, le Roi et la Reine, craignant pour leur vie, décidèrent de fuir leur pays à tire-d’aile. Ils se tournèrent alors vers les cours qui les avaient, il y a peu, si bien accueillis, mais la plupart des gouvernements de ces royaumes firent la sourde oreille et refusèrent de recevoir le couple royal déchu qui dut se résoudre à se réfugier dans le désert. L’un d’eux fit même main basse sur leurs avoirs qui, du jour au lendemain, devinrent suspects, sans doute pour se concilier les bonnes grâces du prochain Roi qui ne manquera pas de monter sur le trône vacant et qu’il sera bon de flatter comme on avait flatté le précédent.

     

    Illustration : Saint-Louis Blaise (peintre haïtien de la deuxième moitié du XXe siècle) "Le Roi et la Reine en promenade à cheval"


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