• La musique n’adoucit pas les mœurs

     

    La musique n’adoucit pas les mœurs 

    Bien sûr, les sérénades, les chansons un peu sirupeuses, ou des mélodies peuvent faire rêver et calmer les ardeurs belliqueuses.

    Bien sûr, on connaît l'action favorable de la musique en matière thérapeutique, utilisée pour renforcer certaines psychothérapies. Action thérapeutique remarquée par les napolitains qui faisaient danser la tarentelle aux victimes du tarentisme, troubles nerveux provoqués par la morsure d'une tarentule. Dans ses Souvenirs entomologiques, Jean-Henri Fabre, qui avait vérifié que la morsure pouvait tuer un moineau ou une taupe, suggère que la transpiration provoquée par la danse pouvait aider à éliminer le poison, et dans ce cas la musique n’y serait pour rien.

    Mais la musique est toujours chargée d’émotions fortes. Les militaires l’ont bien compris, et la musique (ou simplement le tambour) a longtemps été utilisée pour faire marcher les soldats au pas, puis vers la mort. La musique symphonique, elle, n’est pas là pour calmer les esprits mais le plus souvent pour vous prendre aux tripes. La musique dite classique est rarement une musique sereine, et quand un mouvement se permet de l’être, la suite remet les choses dans l’ordre dramatique.

    Quant au rap, la violence et la haine lui sont consubstantielles, elles constituent sa matrice et sa raison d’être. Des paroles aux gestes, il n’y a qu’un pas, et les rappeurs, notamment issus du 93, mais vivant pour la plupart ailleurs, roulent sur l’or tout en exprimant leur révolte contre un monde qui les enrichit. Ils s’insultent entre eux, et vont jusqu’à se battre en utilisant parfois des armes létales. On ne sait jamais dans cette tragicomédie la part publicitaire qui lui revient, le rappeur peut vouloir se rendre authentique auprès de ses fans en jouant la violence dont il fait la promotion. Il s’agit de ne pas décevoir, le rap a une audience considérable (Booba, sur le réseau social Instagram, compte 4,2 millions d’abonnés !). Le rappeur avec sa gueule de voyou (un gage de succès) est d’abord un entrepreneur qui fournit un exutoire à son public, et celui-ci le diffuse à plein volume dans les rues en roulant vitres ouvertes.

    Vous allez me dire que si le rap n’est pas une musique qui adoucit les mœurs, c’est pour la bonne raison que ce n’est pas de la musique. Certes, le rap est en général fait de vociférations rythmées assorties d’images brutales lorsqu’il s’agit d’un clip, mais le parlé-hurlé est un mode d’expression qui s’apparente au parlé-chanté. Ce mode a été utilisé par Arnold Schönberg dans son « Pierrot lunaire » à partir d’une douzaine de poèmes d’un poète belge. Et il fut largement utilisé par des auteurs-compositeurs de chansons comme Léo Ferré ou Gainsbourg. Paix à leur âme, j’espère qu’ils ne se retourneront pas dans leur tombe.

    Illustration de Bernard Buffet

    « 296. En matière de santé, la parité n’existe pasLes ONG ne représentent aucunement la société civile »

  • Commentaires

    1
    Jeudi 22 Août à 18:18

    Si vous n'aviez pas précisé que le rap n'était pas de la musique mais seulement du bruit (pour moi), je n'aurai pas compris votre démarche !

      • Jeudi 22 Août à 18:21

        Si seulement ce n'était que du bruit...

    2
    Jeudi 22 Août à 18:47
    Pangloss

    Je remarque que les rappeurs sont -par définition?- exemptés des reproches faits par les adeptes du politiquement correct.

      • Jeudi 22 Août à 19:15

        C'est exact. Les rappeurs représentent les "damnés" de la terre plus ou moins affiliés aux "indigènes". Les PC (politiquement corrects) permettent tout aux descendants des colonisés ou des esclaves même lorsqu'ils menacent de pendre tous les blancs au nom de l'antiracisme (comprenne qui pourra).

    3
    Jeudi 22 Août à 20:16

    Trouvé ça sur "The french journal of popular studies"cry...) 

    Expression artistique, la musique rap, que ce soit en Amérique du Nord ou en Europe de l’Ouest, est porteuse d’un discours politique représentant et diffusé par les populations des quartiers populaires. Aujourd’hui, le rap est très certainement l’élément culturel qui est le plus convoqué pour symboliser médiatiquement les cités de banlieues populaires françaises. Évoquer le rap, c’est articuler espaces urbains pauvres, minorités ethniques reléguées et discours politiques engagés. L’engagement véhiculé par de très nombreux rappeurs conduit à la dénonciation d’un racisme institutionnel, hérité tant de la période de la traite négrière que de l’époque de la soumission coloniale. Art post-ségrégation aux États-Unis, le rap est un art postcolonial en France.

    et ça, sur le site de "France TV Education": 

    1 jour, 1 question propose de répondre chaque jour à une question d'enfant, en une minute et trente secondes. Le commentaire explicatif est toujours drôle, le dessin est léger et espiègle. L'intention est d'aider l'enfant à construire son propre raisonnement et à obtenir les clés qui lui permettront de se forger sa propre opinion"C'est quoi le RAP ?"

    On est mal, patron... on est mal !

      • Jeudi 22 Août à 20:45

        Le petit dessin animé pour enfant n'est pas si mal : il explique, il ne juge pas. Le RAP est destructeur sans rien proposer, sinon de promouvoir la fortune du rappeur. La révolte et l'insulte deviennent rentables.

    4
    Jeudi 22 Août à 21:29

    Je partage votre analyse. Même quand la musique est moins primitive que le rap, elle peut déclencher des envies similaires.  Sentiment qu'on peut illustrer avec la célèbre formule de Woody Allen : Quand j'écoute Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne. smile

      • Jeudi 22 Août à 22:55

        Oui, je n'ai pas pensé à mettre la formule de Woody Allen dans mon billet et elle pourrait même aisément le remplacer.

      • Souris donc
        Samedi 24 Août à 07:30

        L'atonalisme qui sévit depuis des décennies (IRCAM, Boulez) est au moins aussi agressif que le RAP.

        Je recommande le scandale provoqué par Jérôme Ducros au Collège de France, au point que la vidéo est périodiquement censurée (mais ressurgit comme le phénix). Un peu long, mais illustré au piano.

        Les ORL (Claude-Henri Chouard, L'Oreille Musicienne, Gallimard)  expliquent comment la zone de confort déterminée par les décibels et la fréquence en hertz (graves-aigus) favorise la musique occidentale (rien à voir avec la colonisation).

      • Samedi 24 Août à 09:35

        Je ne vous remercierais jamais assez pour m'avoir permis de prendre connaissance de cette remarquable conférence de Ducros.

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