• De l'huile et du feu

    De l'huile et du feu

    Ci-dessus : le tableau de Pieter Bruegel : "La parabole des aveugles."Je ne suis pas l'auteur de la chronique qui suit parue aujourd'hui, mais je l'approuve. A vous d'en deviner l'auteur si vous ne l'avez pas déjà lue. 

    "C'est une histoire extraordinaire.

    Voilà un professeur de philosophie - Didier Lemaire, puisqu'il faut, désormais, le nommer - qui fait, depuis des années, à Trappes, son devoir de sentinelle de la République.

    Un jour, il n'en peut plus.

    Il dit qu'il prend son service, chaque matin, la peur au ventre.

    Il explique qu'il n'y croit plus, que les incendiaires des esprits sont en train de gagner la partie.

    Il confirme ce que l'on sait depuis le livre de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, La communauté : à savoir que sa ville, Trappes, n'est pas seulement le lieu de naissance de Jamel Debbouze et de sa success story exemplaire, mais que c'est l'une des communes de France où l'emprise des salafistes est la plus forte.

    Il rappelle, au passage, un événement considérable, mais que notre mémoire de poisson rouge avait presque oublié : l'incendie, en octobre 2000, de la synagogue ; le cafouillage de l'enquête ; sa mise aux oubliettes ; les confessions, quinze ans plus tard, mais dans l'indifférence générale, d'un rappeur incriminant des jeunes qui s'étaient laissé « bourrer le cerveau » par des « islamistes en carton » ; les juifs de la ville qui, tout comme aujourd'hui ses musulmans modérés, s'en vont sur la pointe des pieds.

    Et puis il souligne ce que j'ai moi-même pu vérifier, il y a un an, dans les prisons du Rojava : à savoir que c'est encore Trappes qui a fourni, en Irak puis en Syrie, le plus gros contingent de djihadistes français.

    Bref, Didier Lemaire fait un bon travail de lanceur d'alerte .

    Il nous prie d'ouvrir les yeux, avant, sur un désastre qu'il ne sera plus temps de pleurer après, le jour où, ce qu'à Dieu ne plaise, un autre Samuel Paty viendra à être ciblé.

    Et comment croit-on que lui répondent alors les institutions dont il dépend, les commentateurs, l'opinion ?

    On le traite de mytho.

    De zozo.

    On en fait des kilos sur les approximations de son témoignage.

    Les menues confusions que l'on pardonne à n'importe quel journaliste deviennent, dans son cas, des suspicions, des charges.

    On se moque de son allure et de sa coiffure.

    On s'interroge sur son équilibre mental, on le psychiatrise.

    Son proviseur parle de lui comme on le fait, d'habitude, pour le voisin sans histoire qui s'est radicalisé : poli, discret, jamais eu de souci avec lui, impliqué dans la vie associative de son lycée.

    Le maire, l'autre, l'édile, celui qui était là pour l'écouter et le défendre, préfère le faire taire et défendre « sa » ville contre un mauvais Cassandre qui ne songerait qu'à exclure, reléguer, déconsidérer, salir : Monsieur le Maire ignore-t-il, ou feint-il d'ignorer, que c'est lui, Didier Lemaire, qui, pas depuis les municipales contestées de l'an dernier, mais depuis presque vingt ans, sert vraiment, et avec dévouement, les enfants perdus des quartiers ?

    Le préfet, Jean-Jacques Brot, dont la résistance à l'islamisme s'est noyée, depuis longtemps, dans le clientélisme et qui n'avait, dans cette affaire, qu'une chose à faire, une seule, protéger le professeur courage, fustige, lui aussi, les « inexactitudes » de ses affirmations ; se montre assez irresponsable pour préciser qu'il n'est protégé pour l'heure, que par des patrouilles policières aléatoires  ; et geint que « Trappes est un terrain difficile et délicat », que lui et ses équipes font « dans la dentelle » (peut-on savoir ce que dentelle, en la circonstance, veut dire ?) et que « M. Lemaire », avec son « bulldozer » de mots, « saccage » tous ces efforts.

    Et une partie des médias enfin, après l'avoir hissé sur le pavois de leur rituel quart d'heure warholien, baissent le pouce et orchestrent la sale petite musique, en deux temps et trois mouvements bien tempérés, du cynisme et du renoncement.

    1. « Rien à voir » : oui, il y a des problèmes à Trappes - mais ça n'a rien à voir, rien de rien, avec le salafisme.

    2. « Raison garder » : oui, il s'y trouve des islamistes - mais gare à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain et stigmatiser Trappes et les Trappistes.

    3. « Ne pas mettre d'huile sur le feu » : la situation est déjà bien assez « explosive » - faut-il « en rajouter » ? et qui, de celui qui met le feu ou de celui qui le voit venir, est, à la fin, le vrai pyromane ?

    4. Préserver le « vivre-ensemble » : même au prix de l'abdication de la République ? d'accommodements avec ceux qui, quelques kilomètres plus loin, à Poissy, hurlent qu'ils veulent tuer du flic ? même à ce prix, oui ! et gare aux « intégristes de la laïcité » qui défont la jolie dentelle du communautarisme à la française !

    5. Et puis la palme, le maître argument, le fameux « pas de vagues » qui a servi de mantra aux autorités qui n'ont rien voulu voir venir du martyre de Samuel Paty : pas de vagues, non ; en dire le moins possible sur ce que l'on entend et pressent ; l'éternelle politique de l'autruche avec, face aux décoloniaux, islamistes plus ou moins radicaux et autres islamo-gauchistes, la bonne vieille technique des petits arrangements silencieux.

    Je ne connais pas Didier Lemaire.

    Mais face à cette alliance obscène du pas-de-vaguisme, du raison-gardisme, du pas-d'huile-sur-le-feuisme, du vivre-ensemblisme et de l'increvable rien-à-voirisme, face à la coalition de mesquineries et de lâchetés que l'on voit s'organiser contre lui et qu'il faut un système nerveux d'acier pour réussir à vaincre ou ignorer, je veux lui dire, ici, ma solidarité de philosophe et de citoyen."

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 16 Février à 15:18

    Le style presque ampoulé et la précision "philosophe" ayant "visité" le (ou la) Rojava...!

    Je pencherais pour un célèbre partisan d'un hypothétique "islam des lumières" et faisant la subtile distinction entre islam et islamisme... et marié à une non moins célèbre chanteuse et actrice...

     

      • Mardi 16 Février à 15:29

        Vous avez tout bon. Passons sur le style et le "m'a-tu vu", mais êtes-vous d'accord avec son contenu si vous n'êtes pas d'accord avec la bouteille ?

      • Mardi 16 Février à 17:59

        Comment ne pas être d'accord avec ce qui n'est qu'un constat, comme il en a été fait des centaines depuis des dizaines d'années ?

        Même si je ne pense pas qu'un prof de philo ait un "devoir de sentinelle de la République", et que je me demande en quoi il peut avoir "vraiment servi avec dévouement les enfants perdus des quartiers"

        C'est des détails, et je plussoie avec énergie la mise au point de Pangloss, il fallait que ce soit dit !

         

      • Mardi 16 Février à 18:16

        Il a fait ce qu'il a pu. Ne rien faire, en pensant qu'il n'y a rien à faire est une démission et une défaite.

    2
    Mardi 16 Février à 16:41

    Si je connaissais celui qui a écrit ce texte j'irai le féliciter chaudement !

      • Mardi 16 Février à 16:48

        Nous sommes donc d'accord.

    3
    Mardi 16 Février à 16:50

    J'approuve dans l'ensemble mais je le trouve un peu trop négatif. Car des solutions existent. Il suffirait de demander à la police, aux pompiers, au SAMU et à SOS-médecins de ne plus intervenir dans le périmètre de la ville pour que tous ces problèmes soient réglés.

      • Mardi 16 Février à 17:32

        Une proposition dans le vent (de la défaite), dans la droite ligne de la "défenseure" des droits qui, pour diminuer les tensions, propose à la police d'éviter d'ennuyer les dealers des quartiers "sensibles" en contrôlant éventuellement ses habitants.

    4
    Orage
    Mardi 16 Février à 17:17

    Peut-on savoir enfin de qui parle bedeau?

      • Mardi 16 Février à 17:34

        Bernard-Henri Lévy

    5
    Mardi 16 Février à 17:36

    Et on ne dit pas que le maire de Trappes, Ali Rabeh, dont l'élection a été invalidée et qui a été frappé d'un an d'inéligibilité mais qui, ayant fait appel, reste en place, a envahi le lycée pour y distribuer ses tracts contre les propos du prof. L'EN n'a rien fait. Bien sûr.

      • Mardi 16 Février à 17:45

        Intervention politique scandaleuse d'un maire à l'intérieur d'un espace scolaire qui de surcroît serait un tricheur ( le maire, pas l'espace scolaire...encore que...)

      • Souris donc
        Mercredi 17 Février à 08:40

        Drôle de statut de ce maire, élection invalidée, mais néanmoins maintenu dans ses fonctions, qui distribue des tracts à l'intérieur d'un espace scolaire.

        Il est vrai que la définition juridique d'une école est : Bâtiment communal grevé d'une affectation de service public.

      • Mercredi 17 Février à 09:13

        Bel étalage de représentants de la gauche ayant perdu le nord pour gagner le sud.

        "Trappes: Yannick Jadot défend le maire Ali Rabeh et qualifie les élus de "poilus de la République". Les écologistes osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnait.

      • Souris donc
        Mercredi 17 Février à 09:31

        Si j'en avais le pouvoir, les Verts, je les éparpillerais façon puzzle. J'parle pas aux cons, ça les instruit.

      • Mercredi 17 Février à 10:10

        Vous connaissez votre Michel Audiard.

      • Souris donc
        Mercredi 17 Février à 13:41

        J'aime sa gouaille, je n'aime pas son passé de collabo. Si sa page Wiki est exacte, car lui, raconte la Libération dans une vision toute personnelle.

      • Mercredi 17 Février à 14:18

        La libération a eu ses outrances, et l'histoire est toujours refaite par les vainqueurs, d'autant plus refaite que les vainqueurs ont d'abord été des vaincus.

    6
    Orage
    Mardi 16 Février à 19:55

    BHL? On tombe des nues là!

      • Mardi 16 Février à 20:55

        C'est la raison pour laquelle j'ai posé la question de l'auteur. Il faut éviter les jugements préalables.

    7
    Jeudi 18 Février à 11:18
    faire dans la dentelle comme le dit le préfet est en soi un aveu. Cela peut signifier qu'il faut y aller précautionneusement avec ces quartiers, comme quand on manipule de la nitroglycérine...
      • Jeudi 18 Février à 11:48

        Un aveu de peur et d'impuissance.

      • Jeudi 18 Février à 12:00
        Et donc cela conforte les affirmations du professeur... CQFQ.
      • Jeudi 18 Février à 12:09

        Le Pr Lemaire a été soutenu par tous ses collègues, ce que le Monde et Mediapart ont évité de mentionner, et tout ce que l'on a trouvé à dire pour le décrédibiliser est qu'il existe encore quelques coiffeurs mixtes à Trappes alors qu'il avait affirmé qu'il n'y en avait plus aucun : "la paille pour le grain"

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