• 258. Le mauvais exemple de l’hôpital télévisuel

    258. Le mauvais exemple de l’hôpital télévisuel

    Bien que ne regardant habituellement pas les téléfilms prenant pour thème le milieu hospitalier, il m’est arrivé de voir quelques épisodes de la série TV « Dr House » dont on m’avait dit grand bien. J’en ai vu peu pour ne pas élever ma tension artérielle de façon dangereuse et pour ne pas incommoder mon entourage par mes ricanements désobligeants et mes remarques outrées. Cette série a eu un grand succès puisqu’en 2011, 8,4 millions de Français, en moyenne, ont regardé chaque semaine le personnage pervers du Dr House martyriser ses subalternes, mais également ses malades, et je crois que la série continue à passer sur des chaînes secondaires.

    Je ne sais pas si c’est la perversité du médecin boiteux (et fort mal dans sa peau) qui attirait les téléspectateurs ou la vision qu’on leur donnait de la médecine. Ce qui me faisait réagir, c’est justement cette vision grotesquement déformée de la pratique médicale.

    Ce service d’urgence mis en scène n’accueillait que des cas exceptionnels, ceux qu’un médecin ne voit qu’une ou deux fois dans sa vie et pratiquement aucun vieillard, alors que les gens âgés constituent la majorité des patients. Mais je comprends fort bien qu’une personne âgée atteinte d’une maladie courante n’est pas très télégénique et surtout ne pose habituellement aucun problème de diagnostic, ce qui ne cadrerait pas avec la substance même de cette série.

    Un patient qui tombait dans les griffes de l’équipe du Dr House subissait les affres d’explorations à la chaîne, les plus diverses et les plus agressives au gré des illuminations les plus fantaisistes des cerveaux médicaux, les diagnostics se succédant sans aucun rapport les uns avec les autres. Une hypothèse farfelue = une exploration souvent traumatisante et parfois dangereuse. Les explorations répétées ne laissant pas au malade le temps de respirer et donnant une idée de la confiance et de la résistance de l’Américain moyen.

    « Dans 22 épisodes, 18 patients ont été examiné ou ont subi un examen complémentaire à 225 reprises pour arriver au diagnostic final, soit un total de 14 actes par épisode, c'est-à-dire 1 toutes les 3,1 minutes » selon une étude menée par des urgentistes du SAMU 93 sur la saison 2011 de Dr House, publiée dans The American Journal of Medicine. « Parmi les examens complémentaires, l'IRM vient en tête (72 %), avant le bilan biologique standard (61 %), les biopsies (56 %), les échographies (39 %), les scanners (33 %), les angiographies (17 %), les EEG (17 %) et les ECG (11 %) [examen pourtant courant mais anodin et peu spectaculaire]. Vingt-deux autres examens ont été pratiqués au moins une fois au cours de la saison télévisuelle ». Des examens souvent sophistiqués immédiatement réalisés sans le moindre délai d’attente.

    Quant aux traitements, ils sont appliqués sans états d’âme, « pour voir », et pas des moindres : corticothérapie, chimiothérapie, chirurgie etc…Une idée = un traitement souvent majeur. Bien qu’à la décharge du Dr House, je dois dire que les traitements « d’épreuve » existent également dans la « vraie vie », mais avec plus de prudence.

    Et ce qu’il y a de remarquable dans cette médecine télévisuelle, c’est que tous les membres de cette équipe, dans l’ensemble jeune, étaient capables de réaliser toutes les explorations aussi spécialisées soient-elles et tous les traitements (y compris chirurgicaux) aussi complexes soient-ils.

    Ainsi cette série distille une fausse image de la médecine et bien souvent farfelue que les patients devraient bien vite oublier et surtout ne pas exiger dans leur propre intérêt

    La série télévisée Grey’s Anatomy a également du succès, mais je n’ai vu aucun de ses épisodes. Par contre une équipe américaine a publié une étude parue dans la revue Trauma Surgery & Acute Care Open, (rapportée par Univadis). Elle a comparé la représentation des traumatismes subis par 290 patients fictifs au cours de 269 épisodes de Grey’s Anatomy avec les blessures réelles subies par 4 812 patients. Ces chercheurs ont constaté que près des trois quarts des patients de la série télévisée sont directement passés du service des urgences à la salle d’opération alors que cela n’a été le cas que d’un seul patient sur quatre dans la réalité. Parmi les personnes gravement blessées, la moitié des patients fictifs ont passé moins d’une semaine à l’hôpital tandis que cela n’a été le cas que d’un seul patient sur cinq dans la réalité. Cette série donne donc l’impression que les soins sont appliqués avec une grande célérité et avec une grande efficacité puisque les personnes gravement blessées sortent vite de l’hôpital. Par contre le taux de mortalité était trois fois plus élevé dans Grey’s Anatomy que dans la vie réelle, ce qui jette un doute sérieux sur l’efficacité de l’hôpital fictif, et devrait pousser les patients à se faire plutôt hospitaliser dans un hôpital réel, malgré sa lenteur, que dans un hôpital fictif. Cette lenteur que des patients éduqués par les séries télévisées pourrait reprocher au personnel hospitalier réel qui, lui, fait ce qu’il peut, mais tue moins. Mais à choisir, je préfère la mort fictive à une mort réelle.

    « Pourquoi existe-t-il une telle presse féminine ?Athées à l’amende »

  • Commentaires

    1
    Serge
    Mardi 27 Février à 11:07

    La vie présentée dans les séries a peu de rapports avec la réalité.

    C'est une fiction fantasmée basée sur des éléments de réalités, encadrée par l'idéologie

    où le téléspectateur va chercher une identification et où l'on va lui procurer une émotion collective

    pour faire société. C'est aussi bien souvent la leçon d'instruction civique hebdomadaire à l'usage

    du quidam qui douterait des bienfaits de la modernité.

    Avez-vous remarqué que dans ces séries (françaises ou américaines)

    les femmes sont en majorité jeunes et jolies? et rarement dans un rôle professionnel subalterne?

    Ou bien que un personnage négatif, un salaud, un meurtrier ne sera jamais un Arabe ou un Noir?

      • Mardi 27 Février à 11:20

        Bien sûr que le déroulement des faits et les personnages dans les séries (qui ne sont pas des documentaires) doivent respecter les impératifs du spectacle. On peut également remarquer que dans les séries américaines le chef ou le juge est souvent un noir.

    2
    Mardi 27 Février à 11:46

    Il y a toujours une exagération dans les séries. La banalité n'intéresse personne. Dans les séries policières, les personnages font usage de leurs armes à tout bout de champ alors que dans la vie réelle, nombre de policiers ne sortent jamais leur arme pendant toute leur carrière.

      • Mardi 27 Février à 17:22

        La différence avec les séries policières, c'est que l'on est - heureusement - rarement partie prenante, par contre chacun est amené un moment ou un autre à fréquenter le milieu hospitalier.

    3
    Mardi 27 Février à 12:00

    Je n'ai vu qu'une seule fois Dr House, car j'étais chez des amis qui l'appréciaient j'ai trouver en plus que ce Dr avait une tête d'abruti, j'aurai eu les chocottes de me faire soigné par lui...

    La police dit comme vous en ce qui concerne les séries policières : c'est du n'importe quoi!

      • Mardi 27 Février à 17:19

        D'ailleurs sa tête illustre cet article

    4
    Souris donc
    Mardi 27 Février à 15:39

    C'est pas moi qui aurait l'idée d'aller regarder une série médicale, même avec George Clooney dedans. Déjà que dans la vraie vie, je développe une véritable phobie, ayant l'impression de comparaître devant le juge au moindre examen. Et maintenant, dans la vraie vie, Madame Buzyn veut faire des économies en vous faisant RRACquer.

    Le RRAC (Récupération Rapide Après Chirurgie), c'est la chirurgie ambulatoire. On vous opère, puis on vous met directement sur le trottoir. Encore un peu, et les femmes accoucheront dans les champs.

    Faut bien trouver à financer l'AME, 1 milliard/an, le Ministère de la Santé s'appelle Ministère de la Solidarité et de la Santé.

    A la bonne vôtre !

      • Mardi 27 Février à 17:02

        Les médecins ont toujours inspiré les producteurs de spectacles en tous genres, pour le meilleur comme pour le pire, , voyez par exemple:

         

        (oups... j'ai dû me tromper en copiant le lien... ouch , désolé... )

      • Mardi 27 Février à 17:15

        @ SOURIs donc. Pas simple. La direction d'un hôpital a récemment reproché à un chirurgien de faire trop de chirurgie ambulatoire car cela entraîne un manque à gagner pour l'établissement.

      • Mardi 27 Février à 17:18

        @ BEDEAU sans parler de Knock (on ne peut pas faire mieux sur la médecine)

    5
    Souris donc
    Mardi 27 Février à 19:39

    La RRAC.  Avec, bien sûr, le consentement éclairé.

      • Mardi 27 Février à 19:50

        Et surtout des cas éclairés.

    6
    semaphore
    Vendredi 2 Mars à 00:47
    semaphore

    Jamais de CRRAC CRRAC dans ces séries entre médecins et infirmières ou personnel médical et patients (enfin, les moins amochés) ???

    [ je ne regarde pas ces séries survoltées qui vous donnent immédiatement l'impression d'être un aï rhumatisant et arthritique avec tour de rein ]   erf

      • Vendredi 2 Mars à 08:32

        Je crois qu'il existe une vie sentimentale dans ses séries, sinon elles n'attireraient pas les spectateurs qui se lasseraient vite de l'unique vision des éclopés.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :