• Quand on me parle éthique, je sors mon progrès

    En mars 2018, François Delfraissy, président du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE), déclarait que « chacun a sa vision de l’éthique » et ne pas savoir – ce que l’on peut comprendre - ce qu’était « le bien et le mal ». Déclaration curieuse pour quelqu’un qui préside une instance dont la vocation est justement de se référer à l’éthique pour donner ses avis. On ne voit donc pas à quoi sert exactement le CCNE dont on pourrait ne pas suivre les conclusions qui ne reflètent que les avis de ses membres, chacun se référant à sa propre éthique. Le président du CCNE ajoutait : « Parfois c’est la science qui avance très vite et la société qui est en retard, parfois la société avance plus vite. Entre les innovations de la science et celles de la société, il n’y a pas de bien et de mal. Il y a un équilibre à trouver qui doit s’inscrire dans la notion de progrès (phrase soulignée par mes soins) /…/ On a une société qui évolue, il y a donc une série de valeurs qui peuvent évoluer. La notion de valeur est relative. Il n’y a pas de valeur absolue. »[1]

    Donc, le président du CCNE n’a aucune idée précise du bien, du mal, de l’éthique et des valeurs, notions à l’évidence relatives, mouvantes et évolutives (ce qui n’est pas faux), mais par contre, il sait ce qu’est le progrès. Et en fonction de quels critères notre président peut-il déterminer que tel état est un progrès par rapport à l’état précédent ? Et un progrès pour qui ? puisque l’éthique est individuelle. Il remplace donc la notion d’éthique (et celle du bien et du mal) par « c’est mieux » ou c’est moins bien », mais en vertu de quoi et pour qui ? Est-ce qu’un mieux pour une catégorie d’individus est un mieux pour une autre catégorie ou pour l’ensemble de la société ?

    En fait ce CCNE ne fait qu’entériner ce qui se produit tout seul dans la marmite bouillonnante de la société (surtout occidentale) remuée par les possibilités croissantes (et parfois dangereuses) apportées par la Science.

     

    [1] Valeurs actuelles, mars 2018, cité par Jérôme Fourquet dans « L’Archipel français »

    « La piscine à voile et à vapeurEnculage de mouches »

  • Commentaires

    1
    Orage
    Jeudi 5 Septembre à 19:55

    Encore un comité Théodule!

      • Jeudi 5 Septembre à 20:43

        Il est  consulté pour les débats concernant la médecine, la biologie et la santé avec en général du beau monde :

        "Qui sont les membres du CCNE ? Comment sont-ils nommés ? 

        La composition du CCNE est définie par la loi qui assure au Comité sa pluridisciplinarité et son pluralisme : 5 personnalités appartenant aux « principales familles philosophiques et spirituelles » (courant philosophique et religions catholiques, protestantes, juives et musulmanes), 19 personnalités choisies pour « leur compétence et leur intérêt pour les problèmes éthiques », 15 personnalités appartenant au « secteur de la recherche » (Inserm, CNRS, Institut Pasteur…).
        Ces 39 membres sont nommés pour 4 ans. Les travaux du Comité sont conduits par son Président, nommé par le Président de la République, pour une période de deux ans"

    2
    Aristarkke
    Jeudi 5 Septembre à 23:10
    On doit avoir du mal à déceler une activité débordante dans leurs locaux avec un Président aussi peu tracteur...
    Encore un comité à usage de recasage permanent...
      • Jeudi 5 Septembre à 23:18

        Peut-être que ce président est particulièrement nonchalant. A noter que les différentes religions sont représentées dans ce comité. Elles ont sans doute été amenées à avaler quelques... serpents.

    3
    Vendredi 6 Septembre à 09:12

    C'est compliqué de se faire une opinion sur tous ces problèmes !

    Si je comprends bien,  quand Sarah, stérile, demande à sa servante Agar de faire pour elle un enfant à son mari Abraham, il y a bien là gestation pour autrui mais sans intervention de la science, on est dans le domaine du Bien "impénétrable".

    Idem pour Onan à qui l'on demande de faire un enfant pour son frère. Là on pourrait parler d'insémination pour autrui. Toujours pas d'intervention de médecin, donc on est toujours dans le domaine du Bien. 

    Et je ne parle même pas de l'insémination artificielle de Marie pour ne pas choquer certains. 

    Mais il suffirait que dans un de ces trois cas, on apprenne qu'un médecin (représentant du Progrès) était intervenu, et mes amis cathos intégristes seraient indignés et prétendraient que l'on s'attaque aux bases de nos sociétés. 

     

      • Vendredi 6 Septembre à 11:01

        Néanmoins, avec Agar la conception fut naturelle et Abraham, bien que très vieux et sans viagra, s'est sans doute exécuté avec grand plaisir (ça le changeait de la très vieille Sarah). Onan, lui, était un donneur de sperme compulsif, il suffisait de viser dans la bonne direction. Pour Marie il s'agissait d'un procréation divinement assistée (PDA) dont l'enfant a été aimablement reconnu par Joseph.

    4
    Vendredi 6 Septembre à 09:19

    Le pauvre !...

    Mettez-vous cinq minutes à sa place, et essayez de voir comment expliquer que les lobbys du Progrès et du progressisme réunis ont des arguments plus sonnants et trébuchants que les vieilles lubies de l'éthique et de la morale...

      • Vendredi 6 Septembre à 11:14

        Le Progrès est une entité qui n'existe pas en soi. L'environnement change sans cesse, le changement est une évolution historique que chacun peut juger bonne ou mauvaise. L'intérêt me semble être un moteur accessoire en regard des bouleversements apportés par la science et la technologie, la mondialisation, la remise en cause accélérée des valeurs admises pendant des siècles.

    5
    Vendredi 6 Septembre à 10:56
    Pangloss

    Si "chacun a sa vision de l'éthique", il n'en est pas moins vrai que dans une société cohérente avec elle-même, certains principes sont censés être respectés par tous. Par exemple, en France, la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen est réputée définir -dans le domaine politique- les principes réputés admis par tous. En réalité, elle ne le fait plus. Si elle le faisait, on n'aurait pas besoin de ses gargariser à tout bout de champ avec le refrain "la France, patrie des droits de l'Homme".

    La notion de bien et de mal était, jusqu'à une époque récente, commune à tous les Français et les progrès de la science ou de la technique n'y changeaient pas grand chose. La nouvelle religion du progrès a persuadé certains que le progrès était le bien et qu'il dictait ses principes à l'éthique. A tel point que la confusion passe dans l'idéologie et dans le mot qui la désigne avec les partis "progressistes".

      • Vendredi 6 Septembre à 11:29

        Je pense que la réponse au commentaire précédent est en accord avec le vôtre. Toutefois, ce n'est pas dans les "droits de l'homme" que l'on peut trouver des réponses sur les limites à apporter aux procréations artificielles ou aux manipulations génétiques. Les "droits de l'homme" concernent les relations des humains entre eux, la "bioéthique" concerne l'intimité de l'être humain.

      • Vendredi 6 Septembre à 11:44

        Ce que l'on appelle progrès est une évolution historique et considérer qu'il s'agit d'un bien, c'est à dire d'une valeur, n'a pas de sens et en faire une idéologie encore moins.

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