• Le scandale n’est pas là où on le pense

    Mr Benalla fait la une des médias depuis des semaines, en partie en raison de ses maladresses. Il est accusé d’avoir usurpé les fonctions de policier et maîtrisé un individu qui agressait les forces de l’ordre à jet de carafe, ce qui n'a pas empêché celui-ci de porter plainte. A cette occasion on s’est aperçu que Mr Benalla bénéficiait de la part de l’Etat d’un certain nombre d’avantages. Ces avantages lui ont été sans doute accordés en raison de services rendus et il ne semble pas – jusqu’à preuve du contraire – que ces services aient été déshonorants. Quoi qu’il en soit, ces avantages, il ne les a pas volés, ils lui été officiellement accordés par la présidence de la République, c’est donc à elle qu’il faut demander des comptes, et non pas à Mr Benalla. Le tort de ce dernier est surtout d’avoir franchi les étapes grâce à ses supérieurs, et sans doute en raison de ses qualités, en dehors de la conformité hiérarchique, et en partant du bas. S’il s’est révélé maladroit et présomptueux, à ma connaissance, il n’a pas été malhonnête.

    Mme Agnès Saal, bien diplômée (Science Po, ENA), et ayant occupé nombre de fonctions plutôt prestigieuses, fut exclue en janvier 2016 pour deux ans de la fonction publique (mais elle a réintégré le ministère de la culture l’été 2016 !?), et :

    « Le 11 avril 2016, elle est convoquée devant le tribunal correctionnel dans le cadre d'une procédure de « plaider-coupable » accusée « d’avoir détourné 23 788,46 euros (hors taxes) de fonds publics entre mai 2014 et avril 2015 » lorsqu'elle était présidente de l'INA. Les courses en taxi bénéficiaient essentiellement à ses enfants. Agnès Saal est condamnée à 150 jours-amende (à 30 euros par jour, soit 4 500 euros d'amende) et 3 000 euros de dommages-intérêts au profit d'Anticor auxquels s'ajoutent trois mois de prison avec sursis pour des faits similaires lorsqu'elle était directrice du centre Georges Pompidou » (Wikipédia).

    Les sommes d’argent public détournées par Mme Saal dans ses différentes fonctions – toujours pour des frais de taxi – seraient, aux dires de certains, bien plus importantes que celles mentionnées plus haut, et pendant les sept années de sa direction du Centre Pompidou, l’estimation irait de 90000 (38000 € en16 mois d’après le Centre lui-même) à 400000 €. Parler de « détournement » d’argent public est un euphémisme bon teint car il s’agit tout simplement de vol de l’argent du contribuable, le fait qu’elle ait remboursé la partie des sommes utilisées pour son usage privé ne modifie en rien la nature des faits.

    Pourtant, dans la chaleur de l’été « L’ex-patronne de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) Agnès Saal a été nommée à un poste d’experte de haut niveau au ministère de la culture. Elle y exercera les fonctions de haut fonctionnaire à l’égalité, la diversité et la prévention des discriminations, pour une durée de trois ans, qui ont pris effet à compter du 1er septembre. » (Le Monde)

    Cette nomination qui se serait faite « selon les procédures » (y compris la règle qui exige la probité de la part des serviteurs de l’Etat ?) n’a provoqué aucun remous de la part des politiques et peu de la part des médias.

    Il me semble tout de même qu’à côté de Mme Saal, Mr Benalla, objet d’un « scandale » qui n’en finit pas, n’a pas grand chose à se reprocher.

    « 276. Un homme n’est pas une femme comme une autreHumeur d’un homme un peu perdu »

  • Commentaires

    1
    Lundi 17 Septembre à 12:37

    Toujours les copains d'abord,un état plein de prébendes et pendant ce temps on plume les retraités!

      • Lundi 17 Septembre à 13:40

        D'autant plus que "les fonctions de haut fonctionnaire à l’égalité, la diversité et la prévention des discriminations" me laissent rêveur 

      • Souris donc
        Lundi 17 Septembre à 16:08

        @ Livia, il y a plus de retraités à plumer que de prébendiers à dissuader. Statistiquement, Bercy sait où il faut aller faire les poches sans toucher à la dépense publique.

        @ Dr Wo, en-ti-ère-ment d'accord avec vous. Benalla nous a fait rire tout l'été avec son feuilleton comique. Avec Saal, comme avec Thomas Thévenoud, on est dans la tragi-comédie d'une sorte de phobie administrative. Les yeux dans les yeux, impossible de se passer de taxi, pour l'intéressée, la mémé, le pépé, les enfants, la bonne et le chien.

        Une experte. A re-caser aux inégalités et aux discriminations : Taxi pour tous !

      • Lundi 17 Septembre à 16:55

        Taxi pour tous ! ça roule ! Mais qui est roulé ?

    2
    Jean-Claude HALLEY
    Lundi 17 Septembre à 13:56

    La néo-jansenisme. 

    «Agnès Saal promet "une gestion rigoureuse". Et conclut : "En arrivant, j'ai prévenu les équipes que je suis janséniste, et que les séminaires dans les châteaux, les grands restaurants... ne sont pas mon truc".»

      • Lundi 17 Septembre à 14:03

        Une pensée pour Pascal qui doit se retourner dans sa tombe.

    3
    Lundi 17 Septembre à 19:07
    Pangloss

    Agnes Saal se fout du monde avec la complicité de sa caste.

    Benalla n'a rien volé mais sans doute beaucoup demandé (quels arguments faisait-il valoir?) et beaucoup obtenu. Le vrai coupable est celui qui l'a hissé là où il est.

      • Lundi 17 Septembre à 19:22

        Je suis finalement étonné que Macron que l'on dit si brillant fasse des erreurs aussi bêtes. Mme Saal ne se fout pas du monde, elle en profite, c'est ceux qui lui ont à nouveau donné un poste dans la fonction publique qui se foutent de nous, quelle que soit sa compétence. 

        NB. J'ai bien aimé votre tour d'horizon. Le Titanic est une bonne comparaison de la part de la députée dissidente : très gros mais prenant l'eau.

    4
    Lundi 17 Septembre à 21:53

    C'est comme pour Fillon, à l'époque, tout le monde pensait que c'était normal, ces "petits" avantages en nature : salaires du conjoint (Fillon), mission en Afrique des enfants (Mitterrand) , logements HLM attribués aux amis (Corbière), taxis à volonté pour la famille de celle-ci, voyage en avion avec les enfants (Valls)...

    Certes, je pense sincèrement qu'il faut en finir avec ces pratiques, mais sans laisser  Edwy Plenel  (d'ailleurs lui même trempé jusqu'au cou dans une affaire de ce genre)  et ses amis  se poser en pères-la-pudeur indignés pour nous proposer ensuite leur sociétés de merde.

      • Lundi 17 Septembre à 22:39

        Certes, ce sont des travers qui ne vont pas loin, mais la corruption des élites, même sur un mode modeste, est un marchepied pour les partis totalitaires qui se révèlent tous bien plus corrompus que les partis démocratiques et échappent au moindre contrôle quand ils arrivent au pouvoir.

      • Souris donc
        Mardi 18 Septembre à 09:58

        Carlus, vous oubliez Richard Ferrand, qui plume les sociétaires de sa Mutuelle de Bretagne, est réélu député (les Bretons ne sont pas rancuniers) et succède à François de Rugy au perchoir de l'Assemblée Nationale.

      • Mardi 18 Septembre à 10:09

        Ne pas oublier le couple Balkany, un modèle du genre qui finit par susciter mon admiration.

      • Mardi 18 Septembre à 12:55

        C'est vrai...

        On imagine tout à fait un parti totalitaire dont, par exemple, les comptes de campagne précédant l'élection présidentielle auraient été suspectés d'irrégularités (ristournes  supérieures aux 20% réglementaires: couramment de 70% et allant parfois jusqu'à près de 90%) mais où la "Commission nationale des Comptes de campagne" ne trouve rien à redire...

        On imagine même, avec un peu de persifflage, que le président de ladite Commission pourrait bénéficier, sans aucun lien officiel avec sa prudente décision, d'une augmentation de salaire inattendue de plus de 40% et d'une nouvelle indemnité inédite.

        De la part d'un parti totalitaire.

         

      • Mardi 18 Septembre à 13:06

        Je suppose que vous visez une situation française. Dans ce cas je me souhaite de terminer ma vie dans un tel régime totalitaire, en espérant ne pas en connaître un autre plus authentique, qu'il soit de gauche ou de droite.

      • Mardi 18 Septembre à 14:12

         

        C'est un peu ça, sans toutefois qualifier notre régime de totalitaire :

        • s'il ne l'est pas, je n'ai aucune raison de le dire ou l'écrire
        • s'il l'est, j'ai toutes les raisons de ni le dire ni l'écrire !

        Je voulais juste faire remarquer (ironiquement????) que même une démocratie libérale peut tomber dans les mêmes travers, à en croire certains médias qui le disent et l 'écrivent, ce qui tendrait à prouver que...

        Bon, voilà.

         

      • Mardi 18 Septembre à 15:46

        On retombe toujours sur le jugement de Churchill à propos de la démocratie. On peut aussi dire que l'intérêt de ce régime est que l'on peut proclamer sans risque qu'il est exécrable.

    5
    Mardi 18 Septembre à 18:57
    Pangloss

    Critiquer les individus malhonnêtes ou incompétents, ce n'est pas critiquer la démocratie. Au contraire, c'est dans un régime protecteur des libertés publiques qu'on peut critiquer.

      • Mardi 18 Septembre à 19:05

        La démocratie permet en effet de critiquer les individus même haut-placés et c'est une nécessité qui permet de la défendre.

    6
    Mercredi 19 Septembre à 00:18

    On peut même dire, en poussant le trait, que PLUS il y a d'affaires (révélées par la presse, faisant l'objet de poursuites judiciaires et de commentaires scandalisés de blogueurs )  PLUS il y a de démocratie. 

    A Cuba et en Corée du Nord, pas d'affaires de corruption.  En Russie et maintenant au Venezuela des affaires de fraudes fiscales ou de mœurs mais touchant uniquement les opposants au régime. 

      • Mercredi 19 Septembre à 09:19

        La corruption révélée est un indice de bonne santé.

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