• L’incohérence de la devise de la République Française

    L’incohérence de la devise de la République Française

    Je sais bien qu’une devise n’est qu’un but à atteindre, mais quand elle comporte trois valeurs difficilement conciliables, jusqu’à s’exclure mutuellement, ce n’est plus une devise mais une utopie incohérente.

    Il est de notoriété publique que le couple qui se déchire constamment est celui formé par la Liberté et l’Egalité. Péguy disait que « c’est toujours au nom de l’égalité que l’on a étranglé la liberté ». L’égalité absolue (en dehors de l’égalité devant la loi dont la réalisation est possible et n’entame pas la liberté) ne peut être imposée que par un despote ou un régime totalitaire, encore que, même dans ce cas, si la liberté disparaît, l’égalité ne concerne que la masse car les dirigeants accaparent tous les biens et les privilèges. Le communisme tel qu’il a été appliqué (et on ne voit pas comment des hommes, et non des saints, pourraient l’appliquer autrement) en est une parfaite illustration. Pour ce qui concerne les Français, j’ai lu récemment une phrase de Tocqueville : « Les Français veulent l’égalité, quand ils ne la trouvent pas dans la liberté, ils la souhaitent dans l’esclavage ».

    Le couple Liberté et Fraternité n’est pas mieux loti. Une société où la liberté règne en maître permet aux plus forts de manger les plus faibles. Dans ces conditions : allez demander aux plus faibles de fraterniser avec les plus forts.

    Le couple Egalité et Fraternité ne s’entend pas davantage. Par nature, les gens sont inégaux dans leurs capacités mentales et physiques, leur héritage, leur milieu familial, et même pour ce qui concerne la chance. L’Egalité voudrait que les uns se dépouillent pour les autres, alors, allez demander aux uns de fraterniser avec ceux qui les ont dépouillés.

    La devise de la République Française est un tripode qui se fait mutuellement des croche-pieds. Il est étonnant qu’elle ne zigzague pas davantage, elle réussit finalement à sauter d'un pied sur l'autre, de droite à gauche et de gauche à droite, mais il lui est arrivé de trébucher.

    Yue Minjun : « La liberté guidant le peuple »

    « Chapeau l’artiste !Cap sur Noirmoutier »

  • Commentaires

    1
    Vendredi 28 Juillet à 18:19

    Il s'agit de liberté publiques, d'égalité devant la loi et "fraternité" c'est juste pour faire joli.

      • Souris donc
        Vendredi 28 Juillet à 18:29

        Maçonnique ?

      • Vendredi 28 Juillet à 18:45

        Il ne s'agit pas seulement d'égalité devant la loi, car il existe une "lutte contre les inégalités" sur le plan économique et même éducatif. Quant aux libertés publiques, leurs frontières sont très variables. La liberté de chacun est largement entravée par les lois et les règlements donc publics. On peut en admettre la nécessité, mais aussi admettre que le citoyen n'est pas aussi libre qu'on veut bien le dire, ne serait-ce que par les impôts qu'on lui impose, notamment à visée sociale (voir égalité) et dont il ne peut pas contrôler la destinée. Il doit demander une autorisation pour manifester etc..

    2
    Vendredi 28 Juillet à 18:41

    Chacun a la devise qu'il mérite...

    Amitiés.

      • Vendredi 28 Juillet à 18:47

        Ou qu'il espère.

      • Souris donc
        Vendredi 28 Juillet à 18:51

        Oui, et quand on survole la page wiki dédiée aux devises nationales, le mot le plus fréquent est..."Dieu".

        Une flopée de pays ont "L'union fait la force" (Belgique, Andorre, Haïti...).

      • Vendredi 28 Juillet à 19:33

        Rien n'est plus neutre que de faire intervenir Dieu. Cela n'engage à rien.

    3
    Vendredi 28 Juillet à 18:54

    Il convient, d'après les éditorialistes de "Libération.fr", en 2016,  de rajouter le terme de "laïcité" pour renforcer le socle de la République...

    ça ,c'est un extrait de leur baragouin de l'époque:

    Les fondations de la République se trouvent fragilisées moins par les actes terroristes face auxquels la société a su opposer une capacité de résilience que par la propagation d’un discours de division à travers la quête hystérique d’un nouvel ennemi intérieur. La volonté légitime de définir une entité collective, un «nous» face à la fureur terroriste, bascule ainsi dans une entreprise idéologique, aux forts accents populistes, de définition d’une identité menaçante qui serait présente à l’intérieur du corps national et dont il faudrait, comme d’un virus, se débarrasser séance tenante pour recouvrer son intégrité. Ceux qui figurent l’«anti-France» ou la «cinquième colonne» - des mythes encore installés dans notre psyché collective - doivent faire la preuve de leur innocuité, c’est-à-dire, dans un langage plus acceptable, de leur assimilation, jusqu’à (re)devenir gaulois ! Cette dichotomie entre un «nous» et un «eux» fonctionne comme un moyen, presque cathartique, de créer une identité collective rassurante mais fantasmée.

    C’est en ces termes qu’il nous semble opportun de poser la question républicaine : dépasser la seule logique identitaire, mémorielle et commémorative pour l’inscrire dans une dynamique de reconstruction de sa matrice progressiste. Cela devrait êtrele travail de la gauche. La justice sociale doit constituer la raison d’être, la clé de voûte de la République, résumée dans une devise programmatique sans cesse à revisiter. Telle est la voie pour sortir des impasses identitaires auxquelles aboutissent les débats stériles sur «la place de l’islam en France» ou sur les «racines chrétiennes de la France». Au lieu de (re)définir la République à travers son rapport à telle ou telle religion, l’heure est à la clarification de notre relation à la laïcité. La volonté de vivre ensemble qui sous-tend le principe de laïcité glisse lentement mais sûrement dans un devoir vivre ensemble prescrit - non par la loi, mais - par une conception identitaire et morale, sorte de catéchisme laïciste qui s’emploie à subordonner les conduites humaines.

    Vous m'expliquerez où sera le progrès.

      • Vendredi 28 Juillet à 19:14

        Quel galimatias ! Finalement je ne sais pas ce que ce texte préconise. Ce qu'il exprime en tout cas est qu'il n'y a pas de problème islamiste en France et que c'est un fantasme...

    4
    Vendredi 28 Juillet à 18:55

    Ne pas confondre "libertés publiques" et "loi" (qui n'est pas publique au sens où le sont les libertés); ne pas confondre non plus égalité devant la loi et égalitarisme (qui se traduit souvent mais pas toujours par la répartition équitable -ou qui prétend l'être- des richesses produites). La devise indique un idéal parfait. Sa mise en oeuvre est nécessairement imparfaite.

      • Vendredi 28 Juillet à 19:07

        Une devise ne peut être restrictive dans ses termes. La notion d'égalité devant la loi est le contenu initial, mais la notion d'égalité s'est étendue jusqu'à l'égalitarisme (qui est en fait la véritable égalité, même si on peut la trouver nocive)

    5
    Vendredi 28 Juillet à 21:51

    Voici une devise française, « Liberté, Égalité, Fraternité », mise à mal alors qu'elle date de 1789, même si la  Constitution de 1848, la définit comme un « principe » de la République : (l'article IV précise en effet que la République « a pour principe la Liberté, l'Égalité et la Fraternité.)

    Mais les temps changent et ce tripode, vis à vis de la précarité de notre population actuelle soulève bien des controverses.

    Bonne soirée Doc

      • Vendredi 28 Juillet à 22:46

        Ces valeurs ne se discutent pas mais leur pleine réalisation les rend inconciliables. On fait un peu de chaque.

    6
    Un Cœur qui bat
    Vendredi 28 Juillet à 22:51
    Bonsoir Doc, la déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 précise en son article 1er que : " Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune". Croyance, espérance ou utopie....de nos jours on peut se poser la question. Très bon WE
      • Vendredi 28 Juillet à 23:07

        Ce qui est intéressant dans cet article 1er est : "Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune". Ce qui ouvre la porte aux inégalités de fait, même si tous sont égaux devant la loi, à condition bien sûr qu'il y ait séparation des pouvoirs et une justice indépendante. Les tribunaux révolutionnaires ont démontré le contraire.

    7
    Samedi 29 Juillet à 09:15

    Et dans la pratique, aujourd'hui comme hier, les élections libres (une des composantes de la liberté) débouchent parfois sur le fanatisme et l'obscurantisme; et l'égalitarisme à tout prix sur la "libreta" (ticket de rationnement toujours en cours à Cuba)

      • Samedi 29 Juillet à 09:34

        C'est ce que suggère la phrase de Tocqueville que j'ai citée : on peut choisir librement son esclavage. Pour la "libreta" peut-on parler de rationnement ou de nécessité ? C'est une allocation en nature, c'est obsolète et misérabiliste, mais peut-être efficace dans une société sous-développée.

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