• L’extension du domaine de la culpabilité

    L’extension du domaine de la culpabilitéLa culpabilité est en pleine expansion. Le monde est désormais divisé en deux : d’un côté les victimes, de l’autre les coupables, mais on peut parfois passer d’un camp à l’autre selon le domaine en cherchant surtout à acquérir le statut de victime qui offre une position sociale, voire professionnelle, comme gardien de la moralité présente et historique. L’extension du domaine de la culpabilité est due à une nouvelle définition ; le coupable n’est pas seulement celui qui accomplit un acte nuisible volontairement, la culpabilité peut être aussi acquise par héritage, sans le moindre effort, et la moindre action répréhensible, comme un patrimoine, ou même simplement comme le fait d'être.

    Le premier exemple de cette culpabilité involontaire est le péché originel promu par le christianisme. Les Blancs chez qui l’on trouve la plupart des chrétiens peuvent avoir l’expérience de la culpabilité dès la naissance, mais ils ont en outre acquis depuis ces dernières années la culpabilité d’être les descendants des esclavagistes et des colons. Fait remarquable, cette culpabilité ne touche que les Blancs, épargnant les esclavagistes ou les colons d’une autre couleur de peau. Comme quoi le péché originel est une expérience marquante et source de contrition.

    Si le concept « d’intersectionnalité » permet à un individu de cumuler plusieurs statuts de victime, il arrive qu’un même individu peut être à la fois coupable par naissance et victime par situation, c’est ainsi qu’une personne coupable d’être né blanc et d’en acquérir le privilège peut être en même temps la victime sociale des privilégiés en étant SDF.

    En ce moment la pandémie vient enrichir la culpabilité : celle de ne pas respecter les gestes de prévention et celle de ne pas être vacciné, ce qui pour ma part est totalement involontaire. Il y aura les « vaccinocrates », comme les nomme Patrick Besson, qui, un jour ou l’autre, auront le passeport pour mener la belle vie et la valetaille non piquée qui restera condamnée au « click and collect » en langue globish. La pandémie est une bonne source de culpabilité, celle des dirigeants coupables par nature de prendre les mauvaises décisions, mais aussi en faisant surgir un séparatisme générationnel opposant les jeunes comme victimes, et les vieux comme coupables. Notons que devenir vieux est totalement involontaire, mais comme nous l’avons vu cela n’empêche pas la culpabilité. Ce sont des vieux, en somme des traîtres, qui accusent avec véhémence les autres vieux de ne pas mourir et de sacrifier les jeunes pour être maintenus en vie pour une durée qui n’en vaudrait pas la peine. Je note aussi qu’être en vie est également involontaire, si l’on n’est pas suicidaire, mais on risque de le devenir si l’on se sent coupable d’être encore là et d’empêcher les jeunes, plutôt résistants à la pandémie, de s’épanouir.

    Le vieux François de Closets a argumenté férocement la culpabilité des autres vieux dans l'émission Le Point des idées ce dernier vendredi, diffusée sur LCI, en considérant que le sacrifice des jeunes est un « sacrifice indigne » pour une « génération indigne » celle des « boomers », qualifiée de « génération prédatrice ». « Ils avaient en main le plus beau pays du monde, comme le disaient les Américains […]. Ils ont fait en sorte que le pays se ruine […] et maintenant ils ont le culot de dire aux jeunes : Écoutez, il faut arrêter l'économie, vous sacrifier, car c'est grave, sinon on va mourir. Vous supportez tout ça. À un moment, il faut être décent ».

    On voudrait que je me sente coupable d’être blanc en m’attribuant un bagage de méfaits qui ne sont pas les miens, j’assume mon sexe biologique et mon hétérosexualité par ringardise, je suis non vacciné par obligation, je détruis la planète et j’expire du CO2 par légèreté, me voilà en outre coupable d’être encore en vie par indignité. Un peu de patience, que diable !

    Illustration : Edward Munch : « Cendres »

    « Le roi est nuL'inclusion de la déraison progresse »

  • Commentaires

    1
    Dimanche 21 Février à 12:11

    Je n'ai aucun complexe de culpabilité :  d'être née blanche  aux Antilles et de ce fait de descendre d'esclavagistes,et catholique de surcroît, pas de culpabilité non plus d'avoir vieillie c'est le lot de tout ce qui est sur terre, il faut juste résister à tous ces commissaires de la pensée qui veulent nous anéantir par leurs dogmes qui seront beaucoup plus lourds à porter que celui de la religion qui d'après vous seraient le début de tous nos maux !

      • Dimanche 21 Février à 12:51

        On ne peut être coupable que de ses propres actions et on n'est évidemment pas coupable d'exister. J'ai mis en parallèle le péché originel et la culpabilisation d'être que l'on veut nous faire endosser, mais le péché originel n'a rien à voir avec la culpabilisation des descendants des anciens oppresseurs ou celle d'être vieux. Les Juifs, que certains reprochent d'exister, ne culpabilisent pas les chrétiens d'aujourd'hui des crimes à leur égard des chrétiens du passé, ni les Allemands vivants des crimes des Allemands morts. 

    2
    Souris donc
    Dimanche 21 Février à 16:09

    La civilisation judéo-chrétienne nous a entretenus dans la culpabilité. Voir les linteaux et tympans à l'entrée des églises : Le Jugement Dernier, à peu près partout.

    Sur ARTE, en ce moment, Aïda de Verdi.

    L'Egypte des pharaons "recontextualisée" à l'époque napoléonienne.

    Argument ARTE : le conflit de la colonisation.

    Figurants masqués anti-COVID, y compris les manipulateurs des 2 marionnettes (dont je n'ai pas compris le rôle). Arrêts sur images, tout le monde se fige dans les tableaux de David, Delacroix..., cadres dorés compris.

    Comment le ténor lirico spinto (ténor dramatique) Jonas Kaufmann a-t-il pu se prêter à une telle mascarade. Et l'orchestre de la fosse, impeccable ?

      • Dimanche 21 Février à 16:34

        La politique et les lubies du moment sont en train de pervertir l'art, soucieux depuis quelques années de délivrer un message. C'est ce que l'on observe également lors de la remise des prix et des signatures compulsives de pétitions dont certaines actrices ont la spécialité.

        La contrition pour des fautes passées observée outre-Atlantique a incontestablement une base chrétienne.

    3
    Dimanche 21 Février à 17:55

    Il fut un temps où les Juifs étaient coupables d'être.

      • Dimanche 21 Février à 18:04

        Pour certains cela n'a pas changé. Une député a reçu récemment des messages ignobles.

    4
    Dimanche 21 Février à 17:58

    Dans ma (lointaine ?) jeunesse, c'était le marxisme qui donnait l'impression d'avoir imprégné toute la société. Tout ce qui parlait était marxiste : les profs, les syndicats, les journalistes, les intellectuels, les écrivains, les aventuriers. 

    Quelques décennies plus tard, le trotskyste Lionel Jospin devenait Premier ministre social-démocrate et l'aventurier guévariste Régis Debray obtenait une chaire universitaire sur le thème "enseignement du fait religieux"

    Nos nouveaux directeurs de conscience n'auront jamais, à mon avis, le 100e de l'influence qu'ont eu leurs ainés aujourd'hui intégrés au système.

      • Dimanche 21 Février à 18:13

        Ainsi soit-il. Le marxisme a mis très longtemps à s'éteindre dans les cercles universitaires. Il a encore quelques soubresauts. Il est vrai que le marxisme avait une certaine cohérence. Les idéologies qui traînent actuellement sont, à mon avis, très primaires et tiennent plus de l'émotion et de la haine que de la science. Mais pour l'instant leur nocivité est active.

      • Souris donc
        Lundi 22 Février à 11:09

        Du temps des marxistes tendance Groucho*, au moins on rigolait, et ils tenaient les banlieues. Et leur service d'ordre des manifs n'était pas débordé par des trublions allant se servir directement chez Chanel.

        Catherine Nay raconte : JJSS nous (à l'Express) autorisait à traiter un homme politique au Taillevent - grand restaurant huppé...Michèle Cotta y avait invité Roland Leroy, le patron de l'Huma. Il lui avait posé un lapin, car sa secrétaire avait cru qu'il s'agissait d'un restaurant asiatique, Le Taïwan...les portables n'existaient pas à l'époque. (Souvenirs, souvenirs...2019, Robert Laffont)

        *Le bilan globalement positif, Liliane, fais les valises, etc.

      • Lundi 22 Février à 11:32

        Vu de l'Occident ayant échappé au communisme grâce aux Américains, le marxisme pouvait paraître pittoresque, l'Europe de l'Est avait sans doute un avis différent.

      • Lundi 22 Février à 12:36

        Les deux ont comme point commun d'avoir une morale et une exigence de justice sociale exclusivement réservée à la France: Pendant que Marchais menaçait de prendre tout au delà de quatre millions, Brejnev collectionnait les call-girls et les voitures de luxe.

        Léonid Brejnev, numéro un de l'URSS entre 1964 et 1982, était un grand amateur de belles carrosseries. En plus de cette Mercedes 600, le secrétaire général du Parti communiste disposait aussi d'une Maserati, d'une Cadillac ou encore d'une Rolls-Royce, rapporte le Spiegel-Online.

      • Lundi 22 Février à 12:54

        Il n'appréciait pas seulement les carrosseries métalliques. Quand je pense que des intellectuels comme Sartre appréciaient, eux, la société soviétique à l'époque où il n'y avait guère de doutes sur ses dérives ! Comme quoi l'intelligence et la culture n'empêchent pas d'être abruti.

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