• Décapitations

    En Arabie saoudite, le mardi 23 avril dernier, 37 Saoudiens accusés de « terrorisme » ont été décapités. Dans ce pays, à l’égal de feu l’Etat islamique, les exécutions capitales ont généralement lieu par décapitation au sabre, en place publique, après la prière de midi. Trente-sept d’un coup, mais ce n’est qu’une pâle imitation des révolutionnaires français des années 1790 qui avaient élevé la décapitation au niveau industriel en utilisant une machine à couper les têtes, introduite par le Dr Joseph Guillotin par humanisme, et peut-être par souci social pour épargner au bourreau le dur labeur de couper de façon artisanale une ribambelle de têtes, ce qui, par ailleurs aurait nui au rendement en épuisant l’exécuteur. N’oublions pas que la France a décapité pour la dernière fois un condamné (Hamida Djandoubi) le 10 septembre 1977. Ce n’est pas si loin.

    La décapitation est un sujet qui semble avoir fasciné les peintres, les récits bibliques fournissant en particulier des scènes à illustrer.

    Les peintres avaient le choix entre la décapitation de Goliath par le frondeur David

    Décapitations

    Dans ce tableau de Valentin de Boulogne, les trois personnages, et David le premier, ont l'air perplexe, embarrassés devant l'énorme tête de Goliath. Se demandent-ils ce qu'ils vont en faire ? 

    La décapitation de Jean-Baptiste avec présentation de sa tête sur un plat d’argent à Salomé.

    Décapitations

     Dans ce tableau d'Artemesia Gentileschi, le personnage masculin, peut-être le coupeur de tête, a l'air de faire l'article pour vendre la tête de Jean-Baptiste à Salomé. Cette dernière semble hésiter en évaluant la valeur de l'article ou peut-être se demande-t-elle si elle possède une casserole assez grande pour pouvoir la cuisiner.

    Mais c’est surtout la décapitation du général assyrien Holopherne par la charmante Judith qui a le plus inspiré les artistes. Cette scène sanglante (qui n’a probablement jamais existé) fut des plus prisées car elle permet de montrer le contraste entre la beauté et l’horreur, la revanche de la faiblesse sur la force, de la femme sur l’homme et la perversité de la séduction féminine.

    Décapitations

    Le tableau le plus connu illustrant cette scène d'un général qui perdit la tête pour les beaux yeux d'une femme  est celui du Caravage.

    J'ai même commis un poème pour l'illustrer à mon tour

     

    LE GENERAL QUI PERDIT LA TÊTE 

    Charmante Judith à la peau si blanche

    Au visage si lisse bien qu’un peu dégoûté

    Est-ce bien raisonnable de couper une tranche

    D’un Holopherne séduit par votre beauté

     

    Charmante Judith si innocente

    Décapiter un homme même infâme

    N’est guère un travail de femme

    Les giclées de sang sont si salissantes

     

    Charmante Judith si virginale

    Que de force vous avez déployée

    Pour détacher la tête du général

    Qui même enivré semble hurler

     

    Charmante Judith si volontaire

    Le plus difficile reste à faire

    Les vertèbres sont à peine entamées

    Et la vieille attend tendant son tablier

    Décapitations

    Dans ce tableau d'Artemesia Gentileschi, la servante n'attend pas bêtement, elle participe, peut-être parce que sa maîtresse s'y prend mal pour couper la tête du général enivré.

    Décapitations

    Par contre, dans ce tableau de Valentin Boulogne, Judith ne semble faire aucun effort. Tout se passe bien et le regard de la servante en ferait fuir plus d'un.

    Décapitations

    Dans ce tableau de Carlo Saraceni, Judith semble carrément sortir d'un institut de beauté : visage lisse, parfaitement reposé et coiffure impeccable. Ce qui semble laisser bouche bée et le général et la servante qui tient bizarrement le sac avec la bouche. On se demande ce qu'elle fait de ses mains. 

    Décapitations

    Dans ce tableau d'Orazio Gentileschi (de la même famille qu'Artemesia), la chose est faite. Les deux femmes ne sont pas rassurées. Il faut maintenant qu'elles sortent la tête du général du camp de l'armée assyrienne envoyée par Nabuchodonosor, afin de pouvoir l'exposer sur les remparts de la ville juive de Béthulie, ce qui conduira les assiégeants, en voyant ainsi la tête de leur chef, à lever le siège de la ville.

    « Un herbicide décoiffantPetit salut de Crète »

  • Commentaires

    1
    Jeudi 16 Mai à 17:45

    "Joli texte que ce poème, mais qui semble dater un peu...!", me souffle une amie." (ça remonte même à l'antiquité, me suis-je laissé dire) :

            Décapiter un homme même infâme

    N’est guère un travail de femme... 

    (Enfin... une amie... une connaissance... Et encore !)

     

      • Jeudi 16 Mai à 17:53

        Quand la tête est coupable, même les femmes peuvent faire court.

    2
    Jeudi 16 Mai à 19:38
    Pangloss

    Les touristes peuvent-ils assister aux décapitations? Prendre des selfies avec le bourreau brandissant son sabre (avant) et la tête du condamné (après)?

      • Jeudi 16 Mai à 19:51

        Quand ce sont eux qui ne sont pas décapités.

      • Jeudi 16 Mai à 20:18

        @ Panglos (et Dr WO aussi, quand même)

        De toute façon, on ne doit pas dire "décapitation" mais "blessure létale profonde entre le larynx et les vertèbres cervicales par objet tranchant"

      • Jeudi 16 Mai à 20:56

        Euphémisme moins violent, sous-entendant une réparation chirurgicale possible, une greffe de tête par ex. Les donneurs ne manquent pas.

    3
    Orage
    Jeudi 16 Mai à 22:01

    Non, on dit maintenant "blessure au cou".

      • Jeudi 16 Mai à 23:26

        Par inadvertance ?

    4
    Jdx
    Dimanche 19 Mai à 10:07
    Du temps où je travaillais en Arabie Saoudite, le vendredi était jour de ballade dans les souks dans la ville de Taïf.
    J'ai assisté par inadvertance à des punitions publiques, spectacle fort prisé par les autochtones, notamment les bastonnades, surtout si celles ci étaient administrées à des Africains ou Asiatiques. Mon correspondant saoudien m'entraînait voir ces applications de la charia.
    C'est le jugement du peuple, me disait il, comme vous en France avec un jury populaire.
    J'ai dû subir un jour le spectacle d'une lapidation.
    La femme était enceinte des œuvres de son amant, crime impardonnable sous ces latitudes.Trente ans après cette scène me hante encore devant cette sauvagerie...
    Jacques
      • Dimanche 19 Mai à 16:15

        La barbarie s'oublie difficilement et c'est souvent au nom du peuple qu'elle est administrée. Merci pour ce témoignage.

    5
    Souris donc
    Dimanche 19 Mai à 11:42

    Contraste. Je rentre de Weimar. Centenaire du Bauhaus. Lignes épurées, idée d'art total, pas de différence entre art et artisanat (ancêtre du design). Les étudiants vous font visiter (dans votre langue) les réalisations les plus caractéristiques, ainsi que leur école des Beaux-Arts. Walter Gropius, Mies van der Rohe, chassés par les Nazis ont trouvé refuge aux EU et à Tel Aviv, après un intermède à Dessau.

    Un art nettement moins gore que ces décapitations.

      • Dimanche 19 Mai à 16:33

        Mais la période qui suivit celle de cet épanouissement artistique en Allemagne devint gore et les assassinats à la chaîne sur un mode industriel dans un des pays les plus civilisés du monde. 

      • Souris donc
        Dimanche 19 Mai à 19:46

        Comme la Russie soviétique et ses goulags. Francis Fukuyama a cru que la fin des idéologies mortifères signait la fin de l'histoire (démocraties qui se généralisent). Et voilà l'islam qui vient.

      • Dimanche 19 Mai à 20:28

        Les idéologies mortifères se renouvellent sans cesse. Pour elles, il faut mourir pour que les lendemains puissent chanter. Glorifier la mort, c'est la seule façon de ne pas en avoir peur.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :