• 366. Les médecins parallèles

    366. Les médecins parallèlesSur les réseaux sociaux et repris par les médias on trouve depuis fin janvier un protocole de « traitement précoce » de la COVID-19 proposé par la « Coordination de santé libre ». Ce protocole serait issu de l’expérience de médecins faisant partie de ce collectif qui rassemble notamment la députée psychiatre Martine Wonner (ex LREM) qui du haut de sa compétence en infectiologie avait affirmé à l’Assemblée que les masques ne servaient à rien, et la gynécologue Violaine Guérin, toutes deux fondatrices du « Collectif Laissons les prescrire », défendant l'hydroxychloroquine.

    366. Les médecins parallèles Ces deux dames, une psychiatre et une gynécologue, c’est dire leur compétence en virologie et épidémiologie, sont intervenues dans le documentaire « Hold up » qui prêterait plutôt à rire s’il n’avait pas été pris au sérieux par autant de monde et rapporté (d’après les médias) autant d’argent à son producteur. Depuis l’apparition de l’informatique, la médecine est envahie par les algorithmes déroulant les conduites à tenir qui ne sont pas sans intérêt mais dont la profusion est l’indice d’une distorsion de la réflexion : la pensée tendant à imiter l’ordinateur en progressant de façon binaire par oui ou non. Le protocole proposé, pour faire sérieux, ne manque pas à la règle. Personne ne peut juger de l’efficacité ou non de la thérapeutique proposée par la « Coordination de santé libre » car aucune étude n’a été faite pour la juger, mais on peut constater que ses auteurs ont donné libre cours à leur imagination. On y trouve des médicaments sérieux, voire dangereux comme les anticoagulants, la prednisolone, l’ivermectine, l’azythromycine, la doxycycline et bien sûr l’hydroxychloroquine, certains étant d’ailleurs effectivement prescris dans la COVID-19 mais dans les formes graves et non pas comme traitement précoce. Ce qui n’a pas empêché Martine Wonner, d’interpeler Olivier Véran à l'Assemblée nationale au sujet de ces "traitements ambulatoires précoces" "qui fonctionnent". Mêlé à cette pharmacopée de poids et parfois dangereuse (surtout lorsque certains médicaments sont associés), nous avons des compléments alimentaires : cuivre, zinc, vitamines (l’intérêt de la vitamine D étant cependant discuté) et bien sûr les médecines parallèles : homéopathie, acupuncture, phyto-aromathérapie… Les médecins qui s’écartent de la doxa ont toujours existés dans l’histoire de la médecine, et parfois en s’en écartant, ils ont ouvert des voies décisives, mais la médecine a été longtemps empirique, sans appui scientifique ou statistique. L’expérience des médecins s’appuyait sur quelques observations mais qui avaient permis à certains des découvertes importantes. Aujourd’hui les choses ont profondément changé, nous pouvons agir dans l’intimité de la cellule et les avancées exigent des preuves. Mais cette médecine rigoureuse, surtout lorsqu’elle échoue, n’a aucunement fait disparaître les médecines dites parallèles ou alternatives et les charlatans. On a l’impression que pour certains médecins la science devient pesante, peut-être difficile à appréhender, et qu’un retour à l’empirisme, et par là même à un pouvoir perdu par l’omniprésence des recommandations des sociétés savantes ne leur déplairait pas. D’où leur goût pour les médecines dites douces, justement parce qu’il n’y a aucune preuve de leur efficacité et qu’ils n’en cherchent pas, se contentant d’une impression favorable. Beaucoup d’entre eux ont une sympathie pour le Pr Didier Raoult qui a pris dès le début de la pandémie une attitude de rebelle. Comme lui, ils sont insensibles à ses erreurs d’appréciation ou à ses contradictions ; en médecine nous en faisons tous, encore faut-il les reconnaître, ce qui n’est pas son cas. Je pense donc qu’ils liront avec plaisir son dernier ouvrage qui vient de sortir « Carnets de guerre » dans lesquels il estime que l’on assiste au "plus grand scandale sanitaire du XXIe siècle". D’après les extraits que j’ai pu en lire, outre l’éloge des réseaux sociaux, sans doute parce qu’ils lui ont été favorables, il en ressort surtout qu’il a beaucoup de mépris pour ceux qui ne sont pas d'accord avec lui et une très bonne opinion de sa personne en se présentant comme "une star des maladies infectieuses", ce que confirme le Canard enchaîné du 10/02/21 par cet entrefilet : « Le professeur Didier Raoult fait la promotion de son bouquin et de lui-même (Le Figaro 5/2) : « J’ai une confiance en moi et cela m’évite d’être paranoïaque. » On avait cru comprendre. ». A noter cependant que l’orgueil démesuré est un des signes de la paranoïa.

    « Comment se fait-il qu'il fait froid en hiver ?367. Souvent virus varie, fol qui s’y fie »

  • Commentaires

    1
    Souris donc
    Vendredi 12 Février à 17:11

    Médecines parallèles, alternatives, charlatans : a-t-on évalué les effets placebo ou nocebo ?

      • Vendredi 12 Février à 17:23

        L'un et l'autre sont constatés dans les essais. Voir 42

      • Souris donc
        Samedi 13 Février à 12:58

        Très intéressant. Je découvre.

        Chez le libraire on trouve des rayons entiers d'ouvrages de feelgood. Quel compétence, ceux qui les publient ? Quel mal-être ceux qui les achètent ?

      • Samedi 13 Février à 13:22

        C'est vrai que ces ouvrages ont beaucoup de succès, chaque acheteur espérant trouver la clef du bonheur ou de la santé. Effet magique. Certains de mes confrères trouvent, eux, la clef pour compléter leur compte bancaire en vendant du vent avec un petit nuage de science.

    2
    Vendredi 12 Février à 18:39

    Non seulement il y a "les médecins de carnaval des réseaux sociaux" c'est-à-dire un peu tout le monde, qui disent n'importe quoi, mais si les vrais médecins s'y mettent aussi, comment voulez-vous que ceux qui n'ont pas fait d'étude de médecine s'y retrouvent ?

      • Vendredi 12 Février à 18:53

        J'irai dans votre sens. Le carnaval est extravagant sur les réseaux sociaux mais mes confrères y participent largement dans les médias et notamment sur les chaînes d'information continue. D'un côté j'aimerais que les médecins se taisent un peu, mais d'un autre côté la population pourrait reprocher aux médecins de ne pas éclairer le public. Il est vrai que c'est plutôt un clair obscur.

    3
    Vendredi 12 Février à 19:25

    Il y a des gens qui font des études de médecine et qui pratiquent l'homéopathie ou l'acupuncture. Voilà qui dépasse mes capacités de compréhension.

      • Vendredi 12 Février à 19:36

        C'est également mon cas. Il y a probablement des médecins convaincus de ce qu'ils font (là est le mystère) mais d'autres trouvent plus confortable de se livrer à ces pratiques sans effets secondaires (et d'un bon rapport).

    4
    Vendredi 12 Février à 22:59

    Les  "traitements précoces" de ce genre ont la réputation d'être très efficaces contre le mauvais sommeil, les problèmes de voisinage et les envoutements, et de favoriser le retour définitif de l'être aimé et le succès aux examens. 

    Alors, tant qu'à faire,  pourquoi ne guériraient-ils pas  la Covid-19,  je vous le demande ?smile

      • Vendredi 12 Février à 23:30

        Et certains des médicaments proposés pourraient même assurer un sommeil définitif.

    5
    Halleyjc
    Samedi 13 Février à 17:07
    https://youtu.be/93W_R2yMy1om
      • Samedi 13 Février à 18:30

        Je ne retrouve aucune page à cette adresse. 

    6
    Halleyjc
    Samedi 13 Février à 20:04
    Profitant du Forum de la Santé de la Région Guadeloupe hier (jeudi 11 février), le laboratoire Phytobokaz annonce une découverte innovante contre la Covid-19, à partir de l’utilisation de la pharmacopée guadeloupéenne et, en particulier, l’herbe à pic (Zèb a Pik).
      • Samedi 13 Février à 20:40

        J'avoue mon ignorance.

    7
    Halleyjc
    Samedi 13 Février à 22:38
    Comme on pouvait s'y attendre les travaux dirigés par le docteur Henri Josephe plus qu'un grand intérêt, un extraordinaire enthousiasme, teinté d'un peu de folie.

    Leur découverte doit maintenant suivre le circuit prévu pour obtenir une tréelle certification. En Guadeloupe, elle suscite déjà beaucoup d'intérêt, même si chacun reste prudent et préfère rappeler qu'en attendant, le vaccin anti-covid demeure la seule voie pour lutter contre le virus.



    Un brin d'enthousiasme qui incite les pharmaciens de l'île à quelques rappels et, à tous les niveaux, à la prudence qui s'impose.



    Après l’annonce du Dr Henri Joseph sur le pouvoir inhibiteur d’un extrait de l’herbe à pic sur les virus à ARN dont le COVID-19, les pharmacies de l’île ont été littéralement prises d’assaut. Beaucoup d’enseignes sont en rupture de stock.

    De plus, le syndicat des pharmaciens de Guadeloupe souhaite rappeler la posologie du Virapic. Le sirop n’est pas à prendre en intraveineuse, mais une cuillerée à café matin et soir est conseillée par le laboratoire.



    Lien : https://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/les-ventes-de-virapic-affolent-deja-les-compteurs-933295.html
      • Samedi 13 Février à 22:59

        Grand merci pour ces informations qui m'avaient échappées. Espérons qu'il ne s'agit pas d'un feu de paille comme en voit régulièrement lorsqu'une maladie fait peur par sa diffusion et où chacun risque d'être touché.

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