• 272. La meilleure façon de recruter

    272. La meilleure façon de recruter« L’American College of Cardiology et l’American Heart Association ont récemment modifié leurs recommandations pour les stratégies de prise en charge de l’hypertension artérielle. Le seuil d’hypertension est maintenant fixé à 130 mm Hg pour la systolique et 80 mm Hg pour la diastolique, contre 140 et 90 antérieurement. Le « guideline » préconise que le seuil de traitement soit fixé à 140 mm Hg et 90 mm Hg, sauf pour les personnes de 65 ans et plus » (JIM.fr 22/07/18). Il est même préconisé de traiter les patients présentant des facteurs de risque cardio-vasculaire dès 13/8 en cm Hg.

    La frontière entre la normalité et la pathologie étant déplacée par cette décision, des gens jusqu’alors considérés comme normo-tendus vont se retrouvés hypertendus et glisser de la santé à la maladie, ce qui les conduira à devoir prendre un traitement susceptible de leur provoquer des troubles qu’ils n’avaient pas.

    Bien sûr, si la modification de la norme est motivée sur le plan de la prévention, elle a néanmoins provoqué nombre de réactions pour ce qui concerne les patients à faible risque, et combien de nouveaux malades vont-ils arriver sur le « marché » ? Si je suis réticent à utiliser le terme de « marché » pour les relations médecin/patient, je n’ai aucune réticence à l’employer s’agissant des laboratoires pharmaceutiques. Le nombre de nouveaux malades si ces nouvelles recommandations sont adoptées a été estimé pour les USA et la Chine et il est considérable :

    « Aux États-Unis, 70,1 millions de personnes de 45 à 75 ans seraient en effet classées comme ayant de l’hypertension, soit 63 % de cette classe d’âge. En Chine, cela concernerait 267 millions de personnes, soit 55 % de la classe d’âge. Cela représente une augmentation relative de 26,8 % aux États-Unis et de 45,1 % en Chine par rapport à la prévalence basée sur les recommandations en vigueur jusqu’à présent. »[1] 

    En médecine, la fixation des normes peut s’avérer délicate et la frontière entre la santé et la maladie ressemble parfois à ces frontières qui passent au milieu d’un village où en changeant de trottoir, on change de pays. Mais si la chaussée d’un village c’est du dur, la tension (ou pression) artérielle (TA), c’est du variable.

    J’ai toujours été étonné par la précision des chiffres quand on parle de TA aussi bien pour les normes que pour les résultats des études où les variations rapportées sont parfois de l’ordre de quelques mm Hg. Dans la « vraie vie » la TA est un paramètre qui ne cesse de bouger. Si la TA est prise plusieurs fois de suite, il est fréquent de ne jamais retrouver les mêmes chiffres même au repos. Souvent la TA n’est pas la même aux deux bras et il peut donc arriver à la limite que l’on soit hypertendu à un bras et normo-tendu à l’autre. La TA est bien entendu fonction de notre activité physique et de nos émotions où elle s’élève. On voit donc que la précision des normes telles qu’elles seraient fixées par les nouvelles recommandations est sujette à caution, et pour affirmer que quelqu’un a une hypertension artérielle dans la zone limite, il faut s’entourer de précautions (mesures répétées, mesure ambulatoire, automesure) car la TA peut paraître élevée chez le médecin (« effet blouse blanche ») ou au contraire plus basse au cabinet que dans la vie courante (hypertension cachée).

    La médecine a de plus en plus le goût des chiffres, sans doute la nostalgie de ne pas être une science « dure ».

     

    [1] Khera R et coll. : Impact of 2017 ACC/AHA guidelines on prevalence of hypertension and eligibility for antihypertensive treatment in United States and China: nationally representative cross sectional study. BMJ 2018 ; 362 : k2357.

     

    « C’est celui qui le dit qui l’est273. Boire avec ou sans soif »

  • Commentaires

    1
    Samedi 28 Juillet à 16:30

    Je crois me souvenir qu'une modification semblable avait été faite ou envisagée concernant le taux "normal" de cholestérol. Il me semble aussi que certaines normes (thyroïde ?) varient d'un pays à un autre... Tant que des spécialistes ne suggéreront pas que la température habituelle  du corps ne se situe plus autour des 37°C, mais vers 31 ou 45, je ne ferai pas de commentaire incompétent, et surtout en ce samedi post-caniculaire, ce qui pourrait faire monter ma tension.

    (PS. sur le petit "rajout" rouge, j'avais cru lire "MAINTENANT LE PATIENT A AUSSI UN CERVEAU", je dois avoir un peu de fièvre)

      • Samedi 28 Juillet à 16:40

        L'affirmation : "plus c'est bas, mieux c'est" fut à la mode. Il est vrai que quand on est mort, on ne risque plus rien.

      • Sémaphore
        Samedi 28 Juillet à 23:24
        Sémaphore

        Doc, et rouler à 80 km/h, c'est plus bas que 90, donc c'est mieux...

        Mais pour la TA de ceux, coincés sans doublement possible, qui vont suivre des papys terrorisés par les radars et dépassant à peine le 55 (pour 80 autorisés) comme cet après-midi dans ce qui fut la N7 dans le secteur de St Fargeau Ponthierry, elle va atteindre des sommets!!!!

        Les tranquillisants vont voir leur consommation s'envoler

      • Samedi 28 Juillet à 23:30

        La pression est-elle inversement proportionnelle à la vitesse ?

    2
    Souris donc
    Samedi 28 Juillet à 17:35

    Qui détermine ces fourchettes de normalité ? Il ne me semble pas incongru que la science évoluant, les valeurs de référence du bilan sanguin évoluent elles-aussi. Moi, je suis quelquefois hors des clous pour une ou deux valeurs et le généraliste est content paradoxalement.

      • Samedi 28 Juillet à 18:15

        Les sociétés savantes. Ce sont souvent les sociétés américaines qui donnent le la (voir au début de l'article pour la TA). Les déterminations se font en fonction des études parues (par ex. corrélations entre les chiffres de la TA et les accidents cardiovasculaires). Logiquement la normalité est déterminée par le plus grand nombre (courbe de Gauss) mais les corrélations peuvent venir la corriger dans la perspective de la prévention.

      • Samedi 28 Juillet à 18:22

        La plupart des valeurs biologiques sanguines sont des constantes, c'est le "milieu intérieur" nécessaire à la vie. Leurs modifications sont en général pathologiques. 

    3
    Samedi 28 Juillet à 18:16

    J'ai connu le temps où il n'était pas nécessaire d'être très bon en maths pour envisager d'entreprendre des études de médecine.

      • Samedi 28 Juillet à 18:26

        Les maths sont toujours inutiles pour un médecin sauf s'il fait de la recherche, notamment pour les statistiques.

    4
    Dimanche 29 Juillet à 11:13

    C'est une constante de la médecine de rendre les normes de plus en plus strictes. La seule exception que j'ai pu constater est quand, en 2013,  l'Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire  a décidé qu'il fallait se brosser les dents DEUX fois par jour et non plus TROIS fois comme il était recommandé auparavant. 

    La motivation officielle était de "prendre considération les réalités de la vie quotidienne". Mais depuis quand les médecins prennent-ils en considération les réalités la vie quotidienne ? wink2 sarcastic

      • Dimanche 29 Juillet à 11:24

        Cette histoire bucco-dentaire est intéressante : c'est une décision politique et non scientifique. Les recommandations visent le souhaitable, pas le possible. wink2

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