• La cruauté du miroir

     

    La première fois que j'ai vu cette photo d'une oeuvre exposée à Hong Kong, j'ai cru qu'il s'agissait d'une "performance" au même titre que celles effectuées par Déborah de Robertis qui font l'objet de l'article précédent.

    Impression renforcée par la curiosité de l'enfant pour l'arrière-train de la dame ainsi accroupie.

    Erreur bien compréhensible de la part d'un néophyte comme moi, mais je ne suis probablement pas le seul à avoir été bluffé par le réalisme de cette sculpture.

    Car il s'agit d'une sculpture de Sam Jinkins, sculpteur australien qui vit à Melbourne. Il utilise de la silicone, de la résine, du carbonate de calcium, de la fibre de verre et des cheveux pour créer des figures réalistes de personnages  à des âges différents et dont l'aspect et la posture expriment surtout la fragilité et la vulnérabilité de l'être humain.

    En voici quelques exemples :

     

     

     

     

    Impressionnant. On parle ici d'hyper-réalisme. pour définir cet art, mais je trouve que "hyper" est de trop, c'est tout simplement d'un terrifiant réalisme. 

    L'artiste nous tend un miroir, sans fard, sans concession, sans la moindre poésie pour nous montrer tel que nous sommes ou tel que nous avons été ou tel que nous deviendrons. 

    Si je regarde les deux images de la femme encore jeune, je ne lui trouve aucun défaut physique évident. Elle est plutôt belle. Et pourtant elle me dérange : ce n'est qu'un corps. Un corps humain sans vie, aussi parfait soit-il, perd sa beauté, alors que, même sans vie, une sculpture de pierre peut être belle, justement parce qu'elle n'évoque pas la réalité; elle n'en est que sa transposition.

    Rien n'est parfois plus cruel que l'image fidèle de la réalité.

    « Le point de vue du modèleBrèves du 15.02.16 »

  • Commentaires

    1
    Dimanche 14 Février 2016 à 10:11

    Il s'agit pour moi plus d'une virtuosité technique que d'art véritable. L'art donne à voir une interprétation de la réalité et non la réalité elle-même.

      • Dimanche 14 Février 2016 à 10:47

        C'est un art comme l'est celui de l'artisan. Je crois aussi - ce qui est banal - que l'art est une transposition du réel par la vision personnelle de l'artiste. S'il ne me montre que ce que je vois, je n'ai pas besoin de lui comme intermédiaire. 

    2
    Dimanche 14 Février 2016 à 10:46

    Je verrais plus ces "sculptures" en fac de médecine ! La vie, le souffle, en sont complètement absents et c'est très dérangeant. J'ai l'impression de voir de macabres poupées. Glaçant !

      • Dimanche 14 Février 2016 à 10:48

        La mort est toujours glaçante.

    3
    Dimanche 14 Février 2016 à 11:01

    Impressionnante cette technique de reproduction fidèle de l'être humain dans tous ses états. Je comprends votre désarroi de ne pas retrouver la vie dans ce type d'art. Trop proche de la réalité, pas de rêve qui titille l'imaginaire. Bonne Saint Valentin Doc.

      • Dimanche 14 Février 2016 à 11:13

        Implacable. Ni rêve, ni poésie : rien à voir avec la St Valentin.no

    4
    Dimanche 14 Février 2016 à 16:46

    C'est impressionnant de  vérité, et je dirai terrifiant.

    Je crois que, comme vous le soulignez d'ailleurs, je préfère les statues grecques et romaines en marbres, qui ont l'air si pleine de vie.

      • Dimanche 14 Février 2016 à 16:57

        les statues de pierre paraissent vivantes car elles n'ont pas l'air de cadavres.

    5
    Dimanche 14 Février 2016 à 16:54

    Je suis bien d'accord avec vous, ces choses n'ont rien à voir avec une vraie nana bien vivante en chair et en os. Cela dit c'est tout à fait saisissant, un peu effrayant aussi, mais ce n'est pas non plus de l'art, à mon sens.

    Amitiés.

      • Dimanche 14 Février 2016 à 17:09

        La question est de savoir à partir de quand le travail d'un artisan devient-il de l'art.

    6
    Dimanche 14 Février 2016 à 17:30

    Le sentiment de malaise et même d'horreur que ces oeuvres provoquent peuvent, c'est vrai, faire dire que c'est de l'art. Il faudrait voir ce que l'auteur peut faire quand il s'essaie à montrer la beauté.

    7
    Dimanche 14 Février 2016 à 17:40

    Le paradoxe dérangeant est que ce sculpteur montre la beauté. Cette vieille avec un bébé dans les bras est une belle scène, la forme ovoïde de la femme accroupie est belle, la femme debout n'a aucun défaut physique. C'est le réalisme même qui en retire la beauté par son aspect mortuaire.

    8
    Vendredi 19 Février 2016 à 15:19

    Pourquoi "terrifiant" ? Léonard De Vinci s'échinait à peindre le corps humain dans ses moindres détails. Rodin et d'autres sculpteurs ont fait, eux aussi des merveilles.

    Moi, j'aime beaucoup, même si je regrette que l'artiste ait choisi des couleurs blanchâtres, rappelant les autopsies. C'est un peu dommage. Mais quel talent !

    J'aime également beaucoup votre nouveau blog. Il prend corps ! (rire).

    9
    Vendredi 19 Février 2016 à 16:15

    Le talent et la technicité sont incontestables. Tout les grands artistes ont été passionnés par le corps humain : leur sujet favori. Mais sculptures de pierre et peintures sont loin de la réalité, aucune confusion, ce sont des transpositions de la réalité. Ici, aucune transposition, aucune interprétation, c'est une imitation fidèle, mais cadavérique. C'est en cela que c'est terrifiant, c'est exactement ce que nous sommes une fois la vie retirée.

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