• D’où tu parles ?

    Les gens qui parlent au nom du peuple me font immanquablement penser à ceux qui parlent au nom de Dieu. Sans doute parce qu’ils sont le plus souvent aussi dangereux les uns que les autres.

    Bien sûr, si l’on n’a jamais démontré que Dieu existe ou n’existe pas, le peuple, lui, existe bel et bien. Mais c’est une nébuleuse dont la composition et les limites sont floues et variables, si bien que celui qui parle en son nom a toujours l’opportunité de les fixer selon ses intérêts et en représente en général qu’une fraction, celle qui approuve son action, et qui n’est pas forcément majoritaire.

    Je n’ai évidemment pas la prétention de définir ce qu’est le peuple, d’autant plus que ce terme a des significations multiples. A partir des définitions du Petit Robert, on pourrait entendre par peuple, dans le sens qui nous intéresse, la partie de la population la moins fortunée et la moins cultivée mais en plus grand nombre par opposition aux élites, dont les classes dirigeantes, qui seraient aisées et détentrices des connaissances. Cette opposition schématique néglige les classes moyennes qui amènent tous les intermédiaires entre les deux groupes. Si l’on peut admettre que le peuple ne roule pas sur l’or, il est par contre très courant de trouver des gens pauvres de grande culture, Spinoza en est un exemple. Si la fortune peut aider à acquérir plus facilement les connaissances, ce n’est heureusement pas un privilège de la fortune qui peut même rendre idiot et être tout à fait compatible avec l’inculture.

    J’ai entendu une définition un peu simpliste de Michel Onfray lors de son passage à une émission TV, le peuple, disait-il, est celui qui subit le pouvoir. Selon cette définition on pourrait en conclure que les aristocrates qui subirent le pouvoir tranchant des révolutionnaires pendant la Terreur était en fait le peuple.

    Alors quand quelqu’un dit : « je parle au nom du peuple », on peut lui poser la question : « d’où tu parles ? ». Mais certains pour ne pas répondre à cette question aussi indiscrète que difficile déclare d’emblée : « nous sommes le peuple ». Et nous voilà le bec cloué.    

    « Le nivellement par la baseBizarre »

  • Commentaires

    1
    Souris donc
    Samedi 9 Février à 09:11

    J'aime bien le détournement de La Liberté guidant le Peuple :

    La fresque des Gilets Jaunes guidant le Peuple se voit 156 rue d'Aubervilliers. Même si les gilets jaunes ont une conception protéiforme du Peuple, elle est préférable à celle, monolithique, des régimes totalitaires et autre Venezuela maduriste cher au cœur de Mélenchon.

      • Samedi 9 Février à 09:39

        C'est un détournement qui exprime la violence du mouvement et sa volonté révolutionnaire.

    2
    Samedi 9 Février à 10:18

    Si on en croit les sondages (et on les croit quand ils disent que 70% des Français soutiennent l'action des Gilets jaunes !)  "le peuple" obtiendrait dans le meilleur des cas 13% des votes des électeurs. Et de surcroît, pris en grande partie sur le  Front National 

    Il est temps d'actualiser la formule de Bertolt Brecht qui a tant servi dans le passé ("Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple")  et décider que  :

    Puisque les électeurs votent contre le peuple, il faut supprimer les élections"

     

      • Samedi 9 Février à 10:42

        Les élections ne sont-elles pas "des pièges à cons" ? Cependant ces 13% se portent sur des listes elles-mêmes non représentatives des GJ, mouvement où l'on trouve de tout, dont le pire. Il est par ailleurs difficile de voter pour des gens qui n'ont en fait aucun programme.

      • Samedi 9 Février à 12:14

        "...Il est par ailleurs difficile de voter pour des gens qui n'ont en fait aucun programme..."

        Le peuple l'a déjà fait: 

        "On se fout des programmes, ce qui importe c'est la vision."

        Le candidat d'"En Marche !" estime que le "programme" n’est pas « le cœur d’une campagne…

        Emmanuel Macron: "On se fout des programmes, ce qui importe c'est la vision"

        Emmanuel Macron assume ne pas avoir de programme

        Mais c'est pas une raison pour recommencer...

      • Samedi 9 Février à 13:08

        Mais il a fini dans ses discours par annoncer ce qu'il allait faire notamment pour l'ISF et le code du travail...

      • Samedi 9 Février à 14:27

        En même temps, c'est pas faux !

        C'est là tout son notre drame.

        (En même temps...)

      • Samedi 9 Février à 14:31

        Oui mais si Mme Levavasseur n'est pas représentative de ce mouvement,  qui est représentatif alors ?  La CGT avec qui ils ont manifesté cette semaine (avec le succès populaire qu'on sait) ou ces démocrates à la vision humaniste bien connue ? 

      • Samedi 9 Février à 14:53

        @ BEDEAU Macron a tenté des réformes qui auraient du être faites depuis longtemps. Il risque fort d'échouer, et je ne m'en réjouis pas, quelle que soit l'opinion personnelle que je peux avoir de lui.

      • Samedi 9 Février à 14:58

        @ CARLUS. Il n'y a plus de représentation possible de ce mouvement, de revendicatif (à juste titre), il est devenu insurrectionnel mais paradoxalement de type antidémocratique.

      • Samedi 9 Février à 15:51

        @ Dr WO... C'est certainement vrai, tout au moins pour certaines d'entre-elles (encore que les "bonnes" réformes pour Paul seraient "mauvaises pour Pierre ou "superflues" pour Jacques) mais ses "erreurs" (sic !) fréquentes de comportement et de communication (ce n'est pas un gros mot) tant au plan national qu'international, et même d'ordre privé ... l'incompétence et la fatuité de la plupart de "ses" néophytes de députés... l'arrogance et un certain mépris envers le peuple (celui-là, justement)  de la part d'une grande partie de son entourage, ministres compris... forment un ensemble suffisant pour empêcher la mayonnaise de prendre. Le mauvais homme au mauvais moment, en quelque sorte.

        @ Carlus... PERSONNE, à aucun moment, à aucun endroit, ne pouvait se prévaloir de représenter, à quel titre que ce soit, un mouvement aussi protéiforme dès le début, infiltré peu à peu par les extrêmes (LES extrêmes...) et dévoyé par les casseurs et les pillards...

        (Peut-être, comme il en avait été question à un moment, que Francis Lalanne... allez savoir  !!? he )

         

      • Samedi 9 Février à 16:18

        @ BEDEAU Comportements critiquables, mais les intentions n'étaient pas mauvaises

    3
    Samedi 9 Février à 16:39
    Pangloss

    Les aristocrates n'étaient pas "le peuple" parce que guillotinés. Ils étaient guillotinés parce qu'ils appartenaient au pouvoir précédent.

    Les élections ne sont pas toujours garantes de la représentation. Quelles que soient les bonnes raisons qu'on avance pour exclure une partie du peuple de son droit à être représentée. On a eu le suffrage censitaire, le droit de vote réservé aux hommes, nous avons le suffrage indirect (le Sénat) et le prétexte selon lequel il faut "dégager une majorité à l'Assemblée".

      • Samedi 9 Février à 16:58

        Pour les aristocrates, j'ai poussé la définition de Onfray pour en montrer le simplisme. Subir un pouvoir ne fait pas le peuple car la majorité du peuple peut très bien accepter ce pouvoir : c'est le cas de la Turquie ou de la Russie, et ce sont plutôt les élites qui le subissent.

        La proportionnelle intégrale est certes représentative des opinions de la population, mais les décisions qui en sortent ne les représentent plus en raison de la trop grande influence des petits partis nécessaires  aux alliances pour former un gouvernement.

    4
    Samedi 9 Février à 20:14
    Pangloss

    La proportionnelle ne permettrait pas de représenter le peuple? Alors à quoi sert-il le parlement européen?

      • Samedi 9 Février à 20:49

        Il me semble que le Parlement européen n'a pas la fonction de gouverner.

        J'ai bien dit que la proportionnelle représente le peuple mais que la nécessité d'avoir des alliances pour gouverner donne trop d'importance aux petits partis qui eux ne représentent qu'une petite fraction de la population. Le gouvernement israélien est issu de la proportionnelle et les partis extrémistes ont un poids disproportionné dans la prise de décision.

        Il vous semble préférable de revenir à l'instabilité gouvernementale de la IVe République ?

      • Dimanche 10 Février à 22:43

        En fait, je crois que tous ceux qui réclame à cor et à cris la proportionnelle connaissent parfaitement cet inconvénient majeur que vous soulignez.

        Mais jouer les arbitres du haut de leurs 6% de suffrages et imposer leur volonté à des groupes beaucoup plus représentatifs qu'eux, quelle jouissance! Passer des alliances contre-nature (comme en Italie) histoire de goûter à leur tour à l'ivresse du pouvoir, même si c'est en le paralysant, quel bonheur!

      • Dimanche 10 Février à 23:01

        Je paralyse donc je suis. bad

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