• 315. Extension du domaine de la chloroquine

    315. Extension du domaine de la chloroquine« Selon un sondage publié ce lundi 6 avril dans Le Parisien, 59% des Français estiment que le protocole à base de chloroquine est efficace contre le coronavirus. 21% ne se prononce pas. ».

    Trop forts les Français. Ils ont peut-être raison, moi je ne sais pas, j’attends les résultats de l’étude européenne en cours, et j’espère bien qu’elle démontrera un rapport bénéfice / risque favorable.

    Depuis la médiatisation par Raoult de ses convictions, le monde se partage entre partisans d’une prescription plus large, allant jusqu’à la pétition où quelques noms connus du milieu médical ont apposé leur signature, et ceux pour lesquels il est encore prudent de réserver ce médicament aux cas graves. Ce qui, à mon humble avis, est inopérant car même si le médicament est efficace, il ne le sera sûrement plus dans les cas sévères où le virus a déjà fait des dégâts pas toujours réversibles, et  parfois provoqué un « orage cytokinique » ou choc inflammatoire, véritable affolement sécrétoire des cellules de défense qui peut être létale.

    Raoult préconise de prescrire l’hydroxychloroquine au début de la maladie pour diminuer la charge virale (effet démontré et antérieurement connu sur d’autres virus), donc sur des malades qui vont spontanément guérir pour la grande majorité d’entre eux. C’est cette évolution largement favorable qui nécessite pour affirmer l’efficacité de l’hydroxychloroquine un groupe contrôle et un nombre de patients conséquent. Mais je  suis de ceux qui pensent que quand on n'a pas de traitement sûrement efficace, il est licite d'en tenter un dont on peut espérer qu'il l'est, à condition que cette prescription soit bien encadré. Je ne connais pas de médicament efficace qui soit anodin.

    Comme je l’ai dit ailleurs, on est manifestement sorti du champ de la médecine pour entrer dans un débat public où se mêlent : des politiques, des footballeurs et des médecins. Et c’est dommage car si Raoult n’avait pas créé la polémique en sortant du champ médical, il est possible que ce médicament aurait été prescrit par ses confrères, faute de mieux et sans piller les stocks de Plaquenil.

    Pour étendre la polémique, l’hydroxychloroquine a fait son entrée attendue en justice. l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe a déposé le 25 mars une requête auprès du Tribunal administratif de la Guadeloupe demandant à « l’Agence Régionale de Santé de Guadeloupe, ainsi qu’au CHU de passer commande de 200.000 tests de dépistages du Covid-19, ainsi que des doses nécessaires d’hydroxychloroquine et d’azithromycinecomme défini par l’IHU Méditerranée infection » et ce pour 20 000 patients. Ce qui fut accepté par le Tribunal en raison du « principe de précaution », ce foutu principe que Chirac a fait entrer dans la Constitution. Le Tribunal a estimé que les publications ainsi que « les déclarations du professeur Raoult » démontraient que « la combinaison de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine pouvait donner des résultats encourageants ». Ainsi des déclarations sont devenues des preuves juridiques.

    Deux recours formulés par un syndicat de médecins et des particuliers devant le Conseil d’Etat ont demandé à modifier le droit actuel concernant l’administration de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine et à être « autorisé à prescrire et administrer aux patients des traitements à base d’hydroxychloroquine ».

    Le Conseil d’Etat n’a pas hésité à critiquer le protocole pour rejeter la demande formulée : « il résulte de l’instruction que les études à ce jour disponibles souffrent d’insuffisances méthodologiques ». Une perspicacité médicale étonnante de la part de juristes.

    Raoult a peut-être raison mais pourquoi nous avoir mis dans cette galère qui finit par nous donner le mal de mer.

    Source (pour la partie juridique) : un article de Charles Haroche paru dans le Journal International de Médecine

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  • Commentaires

    1
    Lundi 6 Avril à 16:16

    On ne comprend pas très bien comment des gens qui ne sont pas médecins, peuvent se prononcer pour ou contre un médicament ?

    Seul l'avenir nous le dira!

      • Lundi 6 Avril à 16:40

        Polémique franco-française où les gens manquent de bon sens, sauf les 21% qui ne se prononcent pas.

    2
    Lundi 6 Avril à 17:14

    Notons que, contrairement à ce que croient beaucoup de gens, la Chloroquine n'est pas interdite. Son utilisation a été autorisée par le ministre de la santé à condition que ce soit à l’hôpital et sur décision collective de médecins. 

    Donc tous ces gens devraient être contents. Mais non,  pour eux ça ne suffit pas : ils veulent qu'elle puisse être prescrite par les généralistes. C'est-à-dire, compte tenu de la pression que subiraient les médecins en pleine épidémie, qu'elle puisse être utilisée à titre préventif.

     

      • Lundi 6 Avril à 17:39

        A titre préventif ? Il faudrait alors mettre toute la population française sous médicament. Par contre la question peut se poser lors des premiers signes (encore faudrait-il vérifier le diagnostic par un test ou un scanner) et faire un ECG avant et au cours du traitement : pas simple.

    3
    Lundi 6 Avril à 18:21

    L'opinion a perdu confiance dans l'autorité et se tourne vers ceux qui passent pour des contestataires, des non-conformistes.

    L'autorité, c'est le costume-cravate, la contestation, c'est les cheveux longs.

    On n'a plus confiance dans les costume-cravate. Donc c'est Raoult qui a raison.

      • Lundi 6 Avril à 18:52

        Vous avez raison. Déjà avant cette pandémie la confiance dans les autorités était, disons limitée, alors, avec les contradictions et quelques mensonges du début (dont on peut plus ou moins comprendre la motivation en raison de la pénurie de matériel liée en partie à la vitesse de propagation de l'infection), on comprend que les Français aient confiance au "rebelle", un peu trop médiatique mais peut-être dans le vrai.

    4
    Souris donc
    Mardi 7 Avril à 09:29

    Médiatisation impliquant des prescripteurs d'opinion, encore que celui qui la ramène trop, à la Lilian Thuram, finit par faire rigoler.

    Je ne comprends pas comment des médecins aient pu lancer une pétition pour rameuter l'opinion pour la prescription d'un médicament. Opinion qui comprend le tribunal des imbéciles surinformés des réseaux sociaux (Finkie), en plus des footballeurs omniscients, des people en mal de notoriété, de la faune à arrière-pensée totalitaire, genre écolos, etc etc etc.

    Qu'on laisse aux médecins un débat pour lequel ils ont des arguments. Mais qu'ils rameutent, eux, l'opinion des cyberimbéciles, et c'est le cercle vicieux.

      • Mardi 7 Avril à 09:55

        Cette pétition de médecins jette encore un pavé dans la mare et risque d'affoler le bon peuple et de décrédibiliser la parole des décideurs. Je ne pense pas qu'ils sont sûrs de l'efficacité du médicament mais ils estiment probablement que l'on risque peu à le prescrire. Mais on risque de se heurter à des problèmes pratiques. Il est logique comme le pense Raoult de prescrire l'hydroxychloroquine au début de la maladie, ce qui impliquerait pour tous les cas de vérifier le diagnostic par un test, et de faire un électrocardiogramme à renouveler ultérieurement. C'est un gros déploiement alors que nous n'avons aucune certitude sur l'efficacité du médicament. C'est peut-être de là que vient la réticence des autorités, une gestion de la pénurie de tests et éventuellement de plaquenil.

      • Souris donc
        Mardi 7 Avril à 10:42

        Oui, cette pression sur les décideurs, en utilisant l'électoralisme, et que les gens tombent dans le panneau, passe l'entendement (du moins le mien).

      • Mardi 7 Avril à 11:10

        De tout temps les gens ont recherché devant tout danger le traitement miracle et ont fait pression sur les décideurs pour le leur fournir. Dans un domaine imprévisible la décision est toujours critiquable (surtout a posteriori), c'est pour cette raison que le gouvernement s'entoure de commissions d'experts pour diluer sa responsabilité mais leur multiplication montre son embarras.

      • Mardi 7 Avril à 12:50
        passe l'entendement (du moins le mien).
        C'est sans doute parce que vous imaginez que les français sont tous des enfants incapables de comprendre certaines choses, qu'ils n'ont au fond que le droit de se taire...
      • Mardi 7 Avril à 15:00
        D'ailleurs on se demande encore comment on a pu leur donner un droit de vote à ces crétins...
      • Mardi 7 Avril à 15:12

        Fredi M, j'aime votre optimisme à toute épreuve et je voudrais solliciter votre aide pour un ami.  Si on organisait un Référendum d'initiative Citoyenne sur la meilleur façon de traiter la sclérose en plaques, quel traitement préconiseriez-vous ? 

      • Mardi 7 Avril à 15:17
        Je preconiserais de vous tourner vers un médecin, un professeur, un spécialiste, comme l'est le professeur Raoult en maladies infectieuses. En aucun cas vers un gourou, un homéopathe, un prêtre ou un imam.
        Vous voyez que je suis quelqu'un de très responsable.
      • Mardi 7 Avril à 15:37

        Ah vous me rassurez, j'ai cru un moment, au vu de vos remarques précédentes, que le meilleur traitement pour la sclérose en plaque ou pour le cancer du sein avec métastases osseuses serait celui que les Français auraient plébiscité par sondage.  Ouf Merci ! 

      • Mardi 7 Avril à 23:22
        Et s'il fallait clore ce débat, je dirais que la nature nous a doté d'un cerveau, et que nous n'avons pas besoin d'autorisations ou de diplômes pour nous en servir.
      • Mardi 7 Avril à 23:39

        Je me permets d'intervenir dans votre débat en notant que la possession d'un cerveau ne garantit pas son bon fonctionnement.

      • Mardi 7 Avril à 23:57
        Certes...
        Mais si Greta Thunberg peut donner son avis dans toutes les assemblées les plus respectables du monde, pourquoi pas moi, pourquoi pas nous.
      • Mercredi 8 Avril à 00:07

        On peut bien entendu toujours donner son avis, même dans un domaine que l'on ne connait pas, mais doit-on en tenir compte ? Si votre avis est que la terre est plate, doit-on prendre cet avis au sérieux ?

      • Mercredi 8 Avril à 00:11
        Là vous frisez le ridicule.
        Je ne garantis pas le bon fonctionnement de votre cerveau.
      • Mercredi 8 Avril à 00:24

        Je n'ai aucunement besoin de votre garantie. Je préfèrerais même m'en passer.

      • Mercredi 8 Avril à 00:33
        Passez une bonne nuit, Doc, demain il y a des gens qui auront besoin de vous.
      • Mercredi 8 Avril à 00:43

        Je n'aime pas la discourtoisie. Si vous ne pouvez pas vous en empêcher, évitez de laisser des commentaires sur ce blog.

    5
    Mardi 7 Avril à 11:17

    Faire ce sondage et le publier suggère que la vox populi est la vox dei dans tous les domaines. Y compris dans le domaine où c'est la démarche scientifique qui permet d'approcher la vérité.

    C'est d'une criminelle bêtise.

      • Mardi 7 Avril à 11:45

        Ce type de sondage imbécile est très fréquent, il est même souvent demandé par des journaux apparemment sérieux. Demandez à des gens qui n'y connaissent rien leur avis sur une question très spécialisée n'a aucun sens sinon celui de faire le 'buzz". En tant que cardiologue ayant des  connaissances limitées en virologie, je me range dans les 21% qui ne se prononcent pas, d'autant plus que les essais publiés par Raoult (que je peux juger) ne sont aucunement convaincants.

    6
    Ubu
    Mercredi 8 Avril à 01:46

    L'attitude du Conseil d'Etat serait elle dictée par un des ses membres ?... Yves Lévy ....

      • Mercredi 8 Avril à 08:32

        Je n'y avais pas pensé. S'il ne connait pas le droit, il connait la science. Il est logique de penser que son avis a été déterminant, et on connait les désaccords entre Yves Lévy et Raoult. Bien vu.

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