• Quérulence

    QuérulenceNous vivons dans un Etat de droit et c’est tant mieux. Mais le droit est dans tous ses états et finira un jour par écraser l’Etat sans pour autant libérer le citoyen. Le droit devient de plus en plus lourd. A la législation pléthorique et en expansion continue que connaît le pays s’ajoute le droit européen en principe dominant. Aussi, dire que nul n’est censé ignorer la loi n’a aucun sens. Des poissons du barreau semblent se complaire dans le marécage procédurier, attirant le client par des appâts qui tiennent le plus souvent du mirage, en entrainant les grincheux dans des plaintes sans fondement mais qui leur permettent de se faire un nom ou d’être rémunérés à défaut de sortir victorieux des procès. C’est ainsi que « depuis le début de la crise sanitaire, les juridictions administratives ont croulé sous une avalanche de recours. Pour la seule année 2020, le Conseil d’Etat a ainsi dû examiner plus de 1000 recours contre les décisions prises par le gouvernement, les autorités médicales, les régions, les départements ou les mairies pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. ». Il arrive même que des requérants font d’abord des recours pour exiger le renforcement des contraintes sanitaires pour ensuite se plaindre de leur existence. Cela tient plus du grenouillage pour exister ou de la volonté de nuire que celle de gagner. Un professionnel du droit qui voulait sans doute se faire un nom a été jusqu’à créer un site qui lui a permis de recueillir gratuitement plus de 18000 plaignants pour une requête contre le pass sanitaire déposée devant la Cour Européenne des droits de l’homme. Ce recours fut rejeté. Ces abus dans l’utilisation du droit risque fort d’encombrer les juridictions jusqu’à bloquer leur fonctionnement. Le paradoxe serait que dans un Etat de droit, le droit ne puisse plus s’exercer et que les assoiffés de liberté ne puissent plus avoir la garantie de sa défense aussi bien par la Justice que par l'Etat, l'une et l'autre ne pouvant plus fonctionner. Mais plus absurde encore : pendant que la pandémie née en Chine fauchait plusieurs millions d'humains dans le monde et des dizaines de milliers en France, il y a des gens qui se préoccupent de déposer des recours auprès des tribunaux pour protester contre la façon dont les autorités et les soignants se sont efforcés comme ils le pouvaient de leur porter secours, et s'efforcent toujours de le faire. illustration : Daumier : "Un motif parfait". Source : CH. Journal International de Médecine

    « Une discrimination ethnique peut-elle être positive ?Les mystères de la popularité »

  • Commentaires

    1
    Souris donc
    Dimanche 10 Octobre à 10:19

    Tradition française, nous sommes procéduriers :

    Racine a écrit les Plaideurs, s’inspirant aussi d’une tradition française :

    - des hommes de loi (juges, avocats, huissiers), au jargon emphatique, attachés au formalisme procédurier, abusant de tirades latines qui illustrent à merveille leur pédantisme ; qui, étant prévaricateurs et sordides, étaient méprisés des gentilshommes, haïs et craints du peuple ;

    - des plaideurs qui ont la passion de la chicane, et partagent avec les juges un goût pathologique pour la procédure ;

    Cette tradition remontait à ‘’La farce de Maître Pathelin’’ aux fabliaux, surtout à l'oeuvre de Rabelais à laquelle Racine fit plusieurs emprunts : - Perrin Dandin est, dans le ‘’Tiers Livre’’ (chapitre 41), un simple citoyen qui s’auto-proclame juge. Son nom apparaîtra aussi chez La Fontaine dans sa fable ‘’L’huître et les plaideurs’’, et finit par désigner un juge ignare ou avide. - Dans le ‘’Quart Livre’’, il est question de «I'île des Chicanous», peuplée d’experts en chicaneries, le nom ayant pu inspirer celui de Chicanneau.

    Mais les Américains encore plus que nous. Toute l'oeuvre de John Grisham exploite le filon du roman judiciaire, inépuisable. 

      • Dimanche 10 Octobre à 10:32

        Excellents rappels du droit perverti qui ne date pas d'aujourd'hui et où la manipulation ou l'exploitation des lois devient un jeu, mais ce jeu devient sadique lorsqu'il exploite les mensonges, l'incertitude, la maladie et la mort.

    2
    Dimanche 10 Octobre à 10:25

    - Il me semble qu'avant (il y a longtemps), les magistrats qualifiaient assez facilement d' "outrage à magistrat" (ou quelque chose d'équivalent), des plaintes sans fondement, destinées juste à alimenter une rumeur ou a pourrir la vie d'un ennemi. Ce délit aurait-il disparu ?

    - Par ailleurs, il est plaisant de voir que c'est l'extrême gauche (à propos du climat, par exemple)  ET l'extrême droite (à propos du Covid et du vaccin) c'est-à-dire les anti-système qui nous expliquent que tout, y compris la justice, est à la botte du pouvoir et de l'UE, qui utilisent la justice pour tenter d'imposer leur vue.

      • Dimanche 10 Octobre à 10:36

        L'outrage aux institutions s'est grandement banalisée, ce qui n'empêche pas, comme vous le soulignez, de les utiliser pour ses revendications.

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