• 161. l’interrupteur de la conscience.

    Des chercheurs français (Inserm) et américains (université George Washington, Washington, USA) semblent avoir découvert la zone du cerveau dont la stimulation provoque le passage de la conscience à l’inconscience. C’est en tentant de traiter une patiente atteinte d’une épilepsie par stimulation cérébrale par des électrodes, en stimulant le claustrum, fine bande de matière grise (dont la particularité est d’être en relation étroite avec presque toutes les régions du cortex), ils se sont aperçus qu’elle perdait progressivement conscience, celle-ci a été récupérée après arrêt de la stimulation mais sans aucun souvenir de ce qui s’était passé. La patiente ne s’est pas endormie, elle est restée vigile, mais sans interagir avec le monde extérieur. Abolition de la conscience-expérience, de l’expérience vécue et de la conscience de soi.

    La conscience consisterait en l'intégration de l'activité des différentes parties du cerveau, rassemblant toutes nos perceptions pour n'en faire qu'une seule et unique expérience. Ce rôle de centralisation et d’intégration pourrait donc être rempli par le claustrum.

     

    161. l’interrupteur de la conscience.

     

    Je note cependant ce paradoxe que c’est en stimulant cette zone qui serait le « chef d’orchestre » de la conscience que l’on provoque justement l’inverse, c'est-à-dire l’inconscience, probablement en perturbant par la stimulation électrique la synchronisation des régions du cerveau impliqués dans la conscience. Le claustrum, plus que son siège ne pourrait être qu’un «interrupteur » de la conscience.

    Christoph Koch, l'un des auteurs de cette étude (parue dans la revue Epilepsy & Behavior et rapportée par Sciences et Avenir) s'enthousiasme de cette découverte :"Au final, en sachant comment la conscience est créée et quelles parties du cerveau sont impliquées, nous pourrions déterminer quels êtres sont doués de conscience et lesquels ne le sont pas. Les robots l'ont-ils ? Les foetus ? Les chats, les chiens et les vers de terre ? ».

    J’avoue que cet enthousiasme me laisse perplexe (mais c’est lui le spécialiste). Les robots sont jusqu’à présent dépourvus de cerveau et donc de claustrum. J’ignore si les animaux ont une « conscience de soi », mais ils ont sûrement une conscience-expérience, une intégration de leurs perceptions qui les met en relation avec le monde extérieur et leur permet d’agir et de réagir, même pour le ver de terre qui veille à sa survie. Et je suppose que ce chercheur n’a ni chien, ni chat.

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 11 Juillet 2014 à 22:49

    C'est un résumé d'étude intéressant. Conscience et inconscience, tout un programme. Je serais tentée d’approuver vos réserves, pour le robot et les animaux qui se dotent du réflexe de Pavlov assez facilement. Bonne soirée Doc. ZAZA

    2
    Vendredi 11 Juillet 2014 à 23:01

    Bien sûr, la conscience n'est pas la pensée, mais la faculté d'abstraction n'est pas le propre de l'homme, elle a été démontrée par ex. chez l'abeille à miel.

    3
    Samedi 12 Juillet 2014 à 21:51

    Je suis toujours tenté de soupçonner d'anthropocentrisme les chercheurs qui tentent de faire une différence essentielle entre les représentants de l'espèce humaine et les autres êtres vivants plus ou moins proches d'elle en avançant des mots tels que "conscience", "pensée", "faculté d'abstraction", "raison" etc.

    Il y a quelques siècles, on parlait d'âme. Et Descartes pensait que les animaux se différenciaient des hommes par leur absence de "raison", ce qui les rapprochaient de machines très élaborées (nous dirions robots aujourd'hui).

    Cela n'enlève rien à l'importance de la découverte de ce chercheur qui paraît avoir localisé un interrupteur de "conscience" dans le cerveau humain. Je suis cependant étonné des questions qu'elle l'amène à se poser.

    On pourrait penser que le même interrupteur (ou un semblable) existe dans le cerveau des mammifères supérieurs. On pourrait même tenter de l'actionner. Et constater que l'animal, comme l'être humain, paraît toujours en état de veille "sans interagir avec son environnement". Et donc que ce que le chercheur  appelle "conscience" n'est pas l'apanage de l'espèce humaine.

    Dire que l'homme est supérieur par rapport à ses propres critères est un bel exemple de raisonnement circulaire. "L'Homme chante mieux que le cheval mais il court moins vite". Tout devient une question de critère. On sait jusqu'où sont allés des penseurs qui confondaient différence et supériorité.

    On ne sait si certains animaux ont une "conscience de soi", ils doivent en avoir une forme, ne serait-ce que pour mener leur existence dans un environnement dont il est évident qu'ils se savent différents.

    On sait aussi qu'ils ont une conscience d'autres animaux de leur espèce: une expérience extraordinaire que j'ai vue à la télé sur des zèbres a montré qu'ils faisaient la différence entre chaque individu de leur troupeau (qui à nos yeux paraissent tous identiques) d'après de subtiles variations dans la disposition de leurs rayures. Certains oiseaux monogames qui nous paraissent identiques reconnaissent leur conjoint parmi d'autres oiseaux. Et les oiseaux qui vivent en colonie reconnaissent leurs petits au milieu de la "nursery".

    4
    Samedi 12 Juillet 2014 à 23:01

    Merci pour ce commentaire qui complète l'article. Il est difficile de penser que les animaux n'ont pas une conscience-expérience et donc un "interrupteur" semblable. La réflexion du chercheur me semble n'avoir guère de sens. Je pense aussi qu'il y a de l'anthropocentrisme dans l'interprétation des observations sur l'animal, mais c'est peut-être par manque d'un vocabulaire adapté.

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