Les seins féminins ne sont finalement que la forme hypertrophiée des seins masculins. A moins que cela ne soit l’inverse. Mais si les seins féminins sont porteurs de symboles, le téton masculin en est totalement dépourvu.
C’est par le sein féminin que l’Homme, vertébré à sang chaud, appartient à la classe des mammifères. Source alimentaire pour le nourrisson, le sein lutte depuis des années contre le biberon. Les avantages du lait maternel sont sans cesse vantés, et pour le promouvoir la tétée publique est devenue courante jusqu’à exposer dans les médias une mère donnant le sein à son fils de 4 ans, debout contre elle, en faveur de la tétée tardive.
Il arrive que l’adulte cherche à récupérer le statut de nourrisson. Des fatwas ont circulé dans le monde arabe (Egypte et Arabie saoudite) permettant aux femmes de donner le sein à un homme pour qu’il acquière le statut de son fils. Ce qui permettrait à la femme, selon les règles islamiques, de se dévoiler devant un collègue de bureau ou même devant les amis de son mari, à condition qu’ils aient goûté au préalable au lait de la dame. J’ignore ou en est l’application de ces élucubrations.
Critère de classification, source alimentaire, lien filial, le sein est également une source de plaisir. Cette faculté lui vient pour les femmes de sa sensibilité et pour les hommes de sa forme sphérique (dans les bons cas) et de sa douceur, à moins qu’il s’agisse pour eux d’un rappel de la prime enfance. Aucune étude, à ma connaissance, n’a été faite pour savoir si les hommes qui ont été nourris au lait maternel sont plus attirés par les seins que ceux qui ont été nourri au biberon. A noter qu’avec l’exposition banalisée des seins nus en Occident, ils tendent à être moins attractifs en perdant de leur mystère et subissent de ce fait une dépréciation regrettable.
Cette dépréciation risque de s’aggraver en raison de la fréquence des contrefaçons. Les seins siliconés courent les rues et les hommes ne savent plus à quels seins se vouer en toute confiance, à moins qu’ils préfèrent ne pas connaître le secret de fabrication de l’objet de leur désir et n’apprécier que le résultat. Les Chebab somaliens, eux, ne supportent aucune falsification et font sauter les femmes voilées pour vérifier l’absence de soutien-gorge. Ce sous-vêtement peut donner une fausse idée de la forme réelle des glandes mammaires et risque de tromper le mâle en rut sur la marchandise.
Le sein féminin a toujours eu une réputation de douceur, de protection, de paix, mais depuis quelques années il est devenu protestataire et militant. Des féministes se promènent les seins nus pour être à égalité avec les hommes à qui l’on permet de se montrer torse nu (ce que certains auraient intérêt à éviter). Mais ce sont surtout les Femen qui utilisent l’arme mammaire pour leurs protestations ou leurs revendications. Le sein devient alors un objet militant sur lequel est tracé un tract politique. Ce qui ne manque pas de courage quand il s’agit de la Tunisienne Amina qui veut donner au sein de la femme arabe un rôle sociopolitique en l’exposant aux yeux de tous, et en bravant ainsi un interdit séculaire pour dénoncer le patriarcat.
Les Homen utiliseront-ils leur verge (car leurs seins ne sont aucunement provocateurs) comme arme politique pour dresser la liste de leurs revendications ? Je l’ignore, mais bien qu’extensible sa surface ne permettrait d’y inscrire qu’un slogan confidentiel.
On ne connait pas l’auteur de ce tableau fort connu. On suppose qu’il représente Gabrielle d’Estrées dont la sœur pince le mamelon, geste interprété comme une allusion à la grossesse de la maîtresse d’Henri IV.