Il y a quelques années, un Palestinien déclarait : « Nous vaincrons car nous aimons plus la mort que la vie, alors qu’eux [les Israéliens] aiment plus la vie que la mort ». Récemment, un Egyptien, partisan des Frères musulmans qui s’opposent à l’armée, déclara à un journaliste, après une tuerie, qu’il était prêt à mourir pour leur cause et à tomber en martyr.
Si le martyre semble être une clef couramment utilisée pour accéder au Paradis, la question est de savoir si un croyant tombé en martyr pour sa religion ou même pour défendre une politique (c’est le cas pour ceux qui se font exploser avec leur bombe pour tuer leur ennemis, en général totalement innocents)) est suffisant pour entrer au Paradis, si par ailleurs le postulant n’a guère vécu comme un juste tout le long de sa vie. La mort pour une « bonne cause » effacerait-elle les turpitudes de toute une vie ?
Toutes les religions promettent aux croyants qu’après leur mort, s’ils ont mené une vie sans reproche (aux yeux des prêtres) et surtout s’ils ont été fidèles à leur foi, ils entreraient en un lieu indéterminé (mais céleste depuis la perte du regretté paradis terrestre où l’on devait tout de même s’ennuyer ferme) dans lequel ils pourront trouver éternellement une béatitude spirituelle et/ou physique. A quoi serviraient les religions si elles ne faisaient pas aux mortels une promesse d’éternité sous condition ? Promesse assortie de la menace pour ceux qui ne marchent pas droit d’être éternellement cuits !
Mais parmi les Paradis proposés, celui des musulmans est incontestablement le plus séduisant, le plus précis et finalement le plus profane. Il est fortement inspiré du pairidaeza (palais et jardins entourés de murs) que fit construire le roi perse Cyrus le Grand (et qui inspira sans doute le jardin d’Eden de la Bible, ce souverain étant considéré comme un Messie par les Juifs pour les avoir libéré de Babylone).
Comment ne pas vouloir donner sa vie pour accéder au jardin d’Allah, lieu clos où coulent « des rivières à l’eau incorruptible, des ruisseaux de lait à la saveur inaltérable, des ruisseaux d’un vin délicieux à boire, des ruisseaux de miel clarifié » [et où l’on trouve] « des fruits toutes espèces » (Coran 47, 15). Mais en dehors du décor hollywoodien et de l’épicerie fine, les croyants méritants auraient droit à des épouses éternellement vierges[1] et jeunes, les houris « celles qui ont de grands yeux et dont les regards sont chastes ». Il y aurait même des éphèbes éternellement jeunes qui, apparemment, n’assureraient que le service, mais sait-on jamais ?
L’avenir paradisiaque est la drogue la plus puissante qui soit. On peut en mourir même sans l’avoir goûtée.
Chagall : « Le Paradis »
[1] Il semble que d’après la parole attribuée à Dieu, le plus grand des plaisirs serait de défoncer un hymen. Si celui-ci se reconstitue sans cesse, on peut parler de miracle, mais peut-on encore parler de virginité et de chasteté ? Descriptions allégoriques chargées de frapper les esprits faibles pour les amener à se sacrifier.