Jérôme Bosch : « L’escamoteur et les pigeons »
A propos de la sortie prochaine (le 7/01/15) du nouveau livre de Houellebecq, « Soumission », qui serait un récit d’anticipation où l’écrivain imagine la France sous un régime islamique, Le Point (du 18/12/14) a interviewé l’inévitable Tariq Ramadan, islamologue de son état. L’objectivité de cet islamologue pour juger l’Islam pourrait s’apparenter à celle d’un sociologue des partis politiques amené à juger un parti dont il est par ailleurs l’un des secrétaires.
Bien entendu, son verdict sur le livre à paraitre de Houellebecq est sévère (« Quand on perd son imagination on surfe sur la vague marketing » et « l’Islam fait vendre »). A noter que Ramadan porte ce jugement sur un livre sans l’avoir lu, ce qui dénote déjà une faille dans son objectivité.
Pour lui la France islamisé « c’est un pur fantasme destiné à faire peur.. ». Le discours de cet islamologue – au demeurant très habile – semble avoir deux caractéristiques : sa faculté anesthésiante (tout va bien, laissez-vous faire, vous n’aurez pas mal), et le caractère évasif et contourné de ses réponses lorsqu’on lui pose des questions précises. Son joyau étant la réponse faite à Sarkozy à propos de la lapidation où il admettait la nécessité…d’un moratoire. Car, souvent, plutôt que de condamner franchement, il propose que l’on étudie la question. Ce qui ne mange pas de pain.
« Politiciens, sociologues ou médias font de l’Islam un problème ». Pour lui, les problèmes existent sur le temps court alors que le temps long permettra d’apaiser et de réconcilier. Evidemment, il faut « laisser du temps au temps ». Il pense que le communautarisme disparaitra avec l’intégration de nombreux musulmans dans les rouages de la société. Si l’on peut estimer souhaitable que « les populations musulmanes sortent d’un ghetto géographique et intellectuel », la question est de savoir ce qu’elles feront de cette sortie. La multiplication des femmes voilées, la nourriture hallal dans les cantines ou la pression pour que les femmes et les hommes soient séparés dans les piscines sont autant d’exemples qui me laissent dubitatif. On peut sans acrimonie penser que l’intégration des musulmans dans une société laïque, alors qu’ils sont adeptes d’une religion où le temporel et le spirituel n’ont jamais été séparés, laissera à désirer.
A la question sur l’égalité vestimentaire, Ramadan utilise sa technique de contournement en jugeant que l’important c’est l’égalité de l’accès à l’enseignement et au marché de l’emploi. Ce qui est vrai, mais cela veut dire que, pour lui, les femmes musulmanes, qui bénéficient heureusement de l’enseignement dans notre société, n’ont pas le droit de s’habiller comme elles l’entendent et sans subir de pression de la part de l’entourage. En Occident, contrairement aux sociétés musulmanes, il devrait savoir que les femmes ont les mêmes droits que les hommes et ne pas l’admettre, c’est ne pas s’intégrer. Mais il faut constater que beaucoup de musulmanes (notamment parmi les jeunes) semblent se voiler volontairement et le font encore davantage depuis que l’Islam fait des ravages meurtriers dans le monde. Cette entrave consentie à leur propre liberté augure mal d’une disparition du communautarisme.
En fait, pour Tarik Ramadan, si l’Islam fait peur c’est surtout la faute du discours politique et intellectuel. Le Point fait cependant remarquer : « Mais comprenez-vous les angoisses que peuvent générer par exemple les images d’otages décapitées par l’Etat islamique ». Notre islamologue admet qu’ « Il faut un discours très clair des responsables musulmans pour expliquer que ces exactions sont inacceptables. Mais condamner ne suffit pas. » On en est bien d’accord. Alors que faut-il faire pour détourner cette jeunesse « attirés par les islamistes dogmatiques et violents » ? Et bien c’est simple : « avoir paradoxalement un discours beaucoup plus positif sur l’islam. Une vision négative sur cette religion ne peut qu’alimenter les frustrations »
CQFD. C’est de notre faute. On n’admire pas assez l’Islam. Alors des jeunes frustrés se rendent par dépit dans des lieux où ils peuvent enfin se défouler en violant, tuant et décapitant religieusement.
Mais quant est-il, Mr Ramadan, des fraichement convertis à l’Islam ? Sont-ils partis rejoindre l’ « Etat islamique » en raison d’une vision négative de l’Islam dont nous serions responsables ? Ou ne seraient-ils pas plutôt attirés par le côté obscur de cette religion que vous avez tendance à escamoter.