L’ONU, dont l’action est bloquée par les alliés de la Syrie et notamment par la Russie, est impuissante devant le merdier syrien malgré le dégagement de gaz dûment constaté. Dans cette guerre civile où les Syriens se suicident en se tuant les uns les autres, intervenir est bien délicat : empêcher quelqu’un de se suicider est toujours difficile et risque d’accélérer le suicide. L’état du malade est plutôt complexe : des sunnites qui plumeraient volontiers l’alaouite, chiite dissident mais tout de même chiite, des islamistes qui aimeraient remplacer la dictature actuelle par une autre dictature agrémentée d’une charia issue du début du Moyen Âge, des rebelles plus ou moins divisés dont on ne sait pas trop ce qu’ils veulent mettre à la place du Dr Bachar el-Assad qui est en train d’administrer à son peuple une purge radicale. Ajoutons que cela se passe dans une région du monde toujours prête à exploser.
Obama avait brandi une ligne rouge, mais il s’est pris les pieds dedans car la plupart des Américains ne sont pas chauds pour revêtir à nouveau l’uniforme de gendarme du monde, pour ne cueillir que de nouveaux déboires, en sacrifiant leurs boys, en engloutissant des fortunes, et sans récolter la moindre reconnaissance, mais en augmentant par contre le nombre de leurs ennemis.
David Cameron a trouvé une parade astucieuse pour éviter d’y aller : obtenir l’aval de la Chambre des Communes. Je pense qu’il a été soulagé par le vote en défaveur d’une intervention militaire dans le merdier sus cité. Bien que les médias considèrent qu’il s’agit d’un échec, je trouve la manœuvre impeccable et démocratique. Il peut dire à son allié américain : sorry, Barack, nous en sommes là par la volonté du peuple britannique et nous ne sortiront pas les baïonnettes.
Les Allemands n’obéiront qu’à l’ONU. Reste Hollande. Je ne dis pas la France, car il semble qu’une majorité de Français soit contre. Alors pourquoi ne suit-il pas l’exemple de Cameron ? Il est curieux –pour ne pas dire plus – que les Présidents de la Vème République ne demandent jamais l’avis du Parlement quand il s’agit d’une chose aussi importante que de faire la guerre (hormis cas d’urgence). Hollande va décider seul, en autocrate, d’intervenir à l’extérieur du pays sans que celui-ci soit menacé, avec des conséquences imprévisibles et dans une situation économique plutôt mauvaise.
Mais me direz-vous, c’est affreux d’utiliser des gaz sur sa propre population. C’est vrai. En sachant que les bombardements sont moins efficaces mais plus cruels. Permettre de bafouer une convention internationale, c’est un mauvais précédent, mais ce n’est pas la première fois et on protesterait, mais sans intervenir, si le coupable était un pays puissant. C’est avant tout aux instances internationales d’intervenir, l’ennui est qu’elles fonctionnent mal, voilà le problème.