Par la fenêtre ouverte est entrée
Une odeur verte de varech,
Une senteur humide et salée.
Dehors les barques sont au sec.
Le cri dur des mouettes perce l’air.
Elles volent dans une ronde affamée,
Guettent les poissons qui digèrent,
Et qu’elles saisiront dans leur bec.
Par la fenêtre ouverte est entrée
Une méchante mouche verte,
Zigzaguant dans un vol alourdi,
Gorgée du suc des poissons pêchés.
Par la fenêtre ouverte est entré
Dans cette cage aux murs gris
Un petit oiseau noir égaré
Qui gobe la mouche épuisée.
Par la fenêtre ouverte est entré
Un chat jaune aux yeux fendus
Qui dans un saut d’acrobate
Happe en l’air l’oiseau perdu.
Par la porte le pêcheur est entré.
Il ne mange pas le chat,
Mais le prend dans ses bras
Pour le caresser de la main.
Le chat, le ventre rond, ronronne
Dans les bras de l’humain,
Et regrette de ne pouvoir
En faire un jour son festin.
Paul Obraska
Henri Matisse : « Fenêtre ouverte »