Le mois dernier j’ai commenté le rejet de l’autre en tant que différent : différence sexuelle, de couleur de peau, d’origine, de statut, de comportement, d’opinion, de religion. Un rejet qui exclue toute communication, tout débat, l’autre étant condamné pour ce qu’il est et ce qu’il pense. Sa parole devient inaudible, sa présence, son existence même n’est plus tolérée, on finit par s’en protéger comme c’est le cas dans les universités américaines, et comme nous en avons vu quelques exemples chez nous où l’on a interdit violemment à d’autres de parler, leur parole étant devenue intolérable pour des esprits sans tolérance, et pour tout dire : idiots
Avec l’épidémie actuelle, l’autre est devenu officiellement dangereux, sa présence n’est tolérée qu’à un mètre de distance, sa parole à possibles émissions virales est dangereuse, et il faut s’en méfier Cette situation liée à l’épidémie ressemble bigrement à l’intolérance identitaire décrit dans le paragraphe précédent et que l’on pourrait donc qualifier de pathologique par analogie.
La première fois que l’on m’a cédé une place assise dans le métro, j’ai appris brutalement que j’étais devenu vieux aux yeux des autres. Aujourd’hui on me le rappelle avec insistance, on stigmatise ma fragilité et cela finit par m’exaspérer. J’ai l’impression que les gens me regardent avec commisération, comme un condamné à mort à brève échéance.
Je vais aller me promener.
Illustration : Joseph Ducreux : "Peur"