L’ascenseur est un lieu où je me sens toujours un peu mal à l’aise. Je ne suis aucunement claustrophobe, je n’ai pas la hantise de voir la cabine chuter, mais on ne peut jamais exclure son arrêt intempestif avec la perspective d’une attente longue, confiné dans un espace étroit sans la possibilité de faire quoi que ce soit, y compris le nécessaire. On n’est pas toujours dans des quartiers où les parois nous offrent des gravures graveleuses pour nous distraire, bien que les motifs soient toujours les mêmes et l’imagination des artistes un peu limitée.
La gêne s’accroit dans les petites cabines qui ne contiennent que deux ou trois personnes. Une promiscuité imposée, des odeurs testées, avec la nécessité de contrôler son regard afin que celui-ci soit suffisamment vide pour ne donner lieu à aucune interprétation équivoque, surtout lorsque son vis-à-vis ou son côte-à-côte est une femme lorsque l'on est un hétérosexuel des plus classiques.
A présent avec l’épidémie de covid-19, la promiscuité dans l’ascenseur devient un danger bien que le lieu ne se prête pas aux postillons, le silence étant habituellement respecté. Cependant, la présence du virus ne peut être exclue sur les parois mêmes de la cabine où il peut résister plusieurs heures dans l’attente d’un hôte bienveillant car il n’est pas impossible qu’un voyageur solitaire précédent se soit permis d’éternuer ou de tousser sans précaution étant seul dans la cabine.
Ce matin devant un ascenseur ne contenant que deux personnes nous étions deux à l’attendre. La dame m’a interrogé du regard puis m’a demandé : « que fait-on ? ». Je lui ai répondu : « dos à dos ». C’est la position qui me semble la moins dangereuse. La dame n’a présenté aucune réticence pour adopter cette position. Il n’y a plus qu’à attendre 14 jours pour savoir si elle était satisfaisante.