J’ai regardé ces images, non pour assister dans mon fauteuil à ces violences gratuites, mais pour regarder les banderoles dont certaines sont parfois pittoresques. Je n’ai rien trouvé d’intéressant sinon des proclamations archéologiques souhaitant la fin du capitalisme. J’ai remarqué par ailleurs que nombre de manifestants passaient leur temps à photographier ou filmer espérant sans doute mettre en boîte un événement digne de passer à la postérité. Depuis l’arrivée du smartphone qui prend d’excellentes vues, il me semble que les gens passent plus de temps à photographier qu’à regarder. L’objectif de la caméra constitue notre troisième œil dont on finit par privilégier la fonction. Nous accumulons donc d’innombrables vues du monde qui nous entoure dans des boîtes ou dans le ventre des ordinateurs. J’ai des centaines de diapositives que je ne regarde jamais, j’ai des centaines de photos digitalisées que j’utilise parfois pour ce blog mais que je ne regarde plus, sauf quand mon i phone fait surgir de façon aléatoire une photo qui traîne dans son ventre et qu’il régurgite à ma grande surprise car elle était sortie de mon souvenir. Pourquoi cette boulimie de prises de vues ? Pourquoi ce stockage à fond perdu ? Sans doute que la régression de la photo sur papier et les progrès de la dématérialisation y sont pour quelque chose car elles ont conduit à la disparition du précieux document que l’on tenait entre les doigts en prenant bien soin de ne pas abimer ce témoin destiné aux générations futures. Illustration : Dali : « Portrait de mon frère mort »