Confiné chez moi comme tout le pays, loin de la horde de mes semblables, je pense que Blaise Pascal avait bien raison de dire : "Tout le malheur des hommes est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre". Devant la fenêtre ouverte où entre le soleil, je lis « Les papiers de Jeffrey Aspern » d’Henry James, un récit désuet d’une élégante futilité. La rue vide est d’un silence suspect. Ce matin j’ai entendu les croassements inquiétants d’un corbeau, attendait-il un cadavre ? Et cet après-midi j’ai eu la surprise d’entendre le cri déchirant d’une mouette perdue bien loin de la Seine ! Et plus tard, dans la cour, les trilles superbes d’un oiseau dont j’aurais aimé connaître le nom. Curieuse impression du retour des animaux joyeux dans la ville désertée, attirés par le silence.
L’immeuble en face semble désert, ses habitants sont-ils partis apporter leurs germes en province sous le regard hostile des campagnards et la réprobation furibarde des médecins de campagne ?
La vue de l’immeuble en face sans vie est plutôt monotone. Un peu de verdure ne m’aurait pas déplu. Pour la mer, il faut attendre un réchauffement climatique plus conséquent.
Demain, nous serons vendredi. « Une vidéo circule sur les réseaux sociaux montrant un étrange appel à la prière, lancé par un muezzin qui, à la fois, signale l’heure du rite et invite les auditeurs à prier chez eux. Une première depuis des siècles de convocations ». (Kamel Daoud). L’esplanade de La Mecque serait entièrement déserte. Ce virus est un mécréant. C’est la fin des prières de rue, mais sur les marchés de Barbès dans la foule bêtement compacte, ce mécréant s’est converti.