Le président de la République a pris des accents Churchilliens pour déclarer que nous étions en guerre. Une guerre civile un peu spéciale où l’ennemi invisible utilise les tanks constitués par les Français eux-mêmes, opposés les uns aux autres, et où les armes sont leurs postillons et les aérosols projetés par leurs toux et de leurs éternuements.
Une guerre spéciale où en pleine bataille, les combattants veulent passer leurs chefs en cour martiale.
C’est ainsi que des combattants en première ligne, c’est à dire des médecins groupés en un collectif intitulé « C19 » attaque Agnès Buzyn et Edouard Philippe pour mise en danger des personnes. Il faut dire que l’ancienne ministre de la santé, sans doute dépitée par son échec aux municipales de Paris, avait affirmé dans un entretien au Monde le 17 mars dernier, avec une élégance dont je ne la savais pas capable, avoir alerté le Premier ministre du danger que courait la France face au coronavirus dès le début de l’épidémie. “Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu”, “On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade”. Ceci, après avoir officiellement minimisé le danger et elle s’est donc présentée aux municipales en pensant qu’elles n’auraient pas lieu. Bizarre. Mais si elle dit vrai à propos de l’épidémie, il y a manifestement un retard à l’allumage. Ce collectif 19 a déclaré dans un communiqué : “Il est clair que c’est par négligence coupable que le Premier ministre, mais aussi l’ancienne ministre de la Santé, n’ont pas anticipé une crise dont ils savaient manifestement la gravité, et qu’ils ne pouvaient, en tout état de cause ignorer”. Mais il est toujours facile de faire des prévisions rétrospectives. A l’époque personne ne pensait que l’épidémie diffuserait aussi vite et partout. Il est vrai que la crise hospitalière était manifeste avant l’épidémie, mais ce n’est pas le gouvernement actuel qui en est le seul responsable. (J’ai moi-même protesté contre la fermeture de lits et la suppression des « petites » urgences, il y a bien longtemps)
Macron appelait à l’union nationale face au péril et voilà qu’une association représentant des patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) porte plainte contre X pour "mise en danger délibérée de la vie d'autrui face au manque d’informations et de moyens de prévention". « À travers cette plainte, nous visons toute la chaîne de responsabilités de l'Etat en matière de politique sanitaire", a indiqué le président de l'association.
Mise en danger délibérée ?! Nous voilà bien. Pour ce qui concerne les informations nous en sommes abreuvés jusqu’à la nausée, quant aux mesures "barrières" ils sont répétés sans cesse et partout. Cependant, on pourrait reprocher au gouvernement, outre les directives contradictoires, un manque d'anticipation pour les masques, les tests de dépistage et le contrôle sanitaire strict aux frontières, ce qui oblige les responsables à trouver des arguments du type "ça ne sert à rien" pour rendre logique la pénurie de matériel ou des décisions tardives.
Je veux bien croire que les patients atteints de BPCO sont effrayés par cette épidémie virale à laquelle ils seraient particulièrement sensibles en les exposant certainement à un risque vital, mais en accuser l’Etat me semble extravagant et aucun Etat n’a pu prévenir la pénétration de l’épidémie dans son territoire. C’est encore une fois donner à l’Etat une fonction de maternage en déresponsabilisant le citoyen. Le seul procès que les patients atteints de BPCO pourraient faire à l’Etat est celui de leur avoir vendu des cigarettes, le tabagisme étant, et de loin, la cause principale de leur maladie, mais personne ne les a obligés à fumer.