Vincent Lambert, en état végétatif depuis presque onze ans est donc décédé le 11 juillet après arrêt de la nutrition accompagné de sédation. Il ne faut pas entendre par état végétatif celui qui s’apparenterait à l’état d’un végétal. Ce contresens est fréquemment commis , alors qu'il s’agit d’un état où seul le système neurovégétatif (système nerveux autonome, parasympathique et sympathique, indépendant du système nerveux central qui, lui, est en relation avec le monde extérieur) est fonctionnel, permettant de maintenir les fonctions vitales comme la circulation et la respiration.
Vincent Lambert aurait été victime d’après l’écrivain Michel Houellebecq d’une surmédiatisation. Il a surtout été victime d’un accident de la route le laissant tétraplégique et dans un état de conscience dite « minimale ». Mais la surmédiatisation est incontestable, surtout entretenue par le combat juridique de ses parents qui ont plus tenu compte d’eux-mêmes que de leur fils pour lequel il n’y avait aucun espoir d’amélioration.
Michel Houellebecq s’est insurgé dans Le Monde : “Il m’est difficile de me défaire de l’impression gênante que Vincent Lambert est mort d’une médiatisation excessive, d’être malgré lui devenu un symbole”… “l’Etat français a réussi à faire ce à quoi s’acharnait, depuis des années, la plus grande partie de sa famille : tuer Vincent Lambert”. Et curieusement l’écrivain s’en prend à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qu’il accuse d’avoir voulu “ouvrir une brèche” et “faire évoluer les mentalités” pour ce qui concerne la fin de vie. Or, il me semble que la décision de laisser mourir Vincent Lambert a été prise par une partie de ses proches, les juges et les médecins et aucunement par Agnès Buzyn.
L’écrivain regrette cette décision car : “Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout (...) Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien”…“La dignité ne peut en aucun cas être (altérée) par une dégradation, aussi catastrophique soit-elle, de son état de santé ». En effet, on peut dire que l’on ne sait « à peu près rien » de ce que ressentait Vincent Lambert, mais dans un état de conscience minimale, on estime que des émotions et des douleurs peuvent être ressenties, et Houellebecq devrait pouvoir imaginer (c’est son métier) ce que ce patient entièrement dépendant des autres devait ressentir lors des moments d’éveil, peut-on affirmer qu’il ne souffrait pas de son état de totale impuissance, même s’il ne souffrait pas physiquement ? Si les soignants respectaient sa dignité (c’est leur métier), peut-on penser que Vincent Lambert dans sa faible conscience, si elle existait, pouvait estimer que sa vie de pantin manipulé depuis près de onze ans restait digne ?
Surmédiatisation, sûrement, car on assiste à l’invraisemblable. Le procureur Matthieu Bourrette n’hésite pas à ouvrir une enquête : “Le 11 juillet 2019 peu après 8H30, j’ai été avisé par le centre hospitalier universitaire de Reims du décès de Vincent Lambert (...) j’ai immédiatement décidé de l’ouverture d’une enquête en recherche des causes de la mort”, en saisissant même un service de police et en prévoyant une autopsie et des analyses toxicologiques ! Rechercher les causes de la mort ! S’assurer que le patient est bien mort selon la loi : “Cette enquête a pour seul objet de connaître les circonstances du décès de Vincent Lambert et de vérifier que les opérations médicales ont bien été réalisées conformément à la loi”. On croit rêver. Va-t-on relever les empreintes digitales et demander à la « scientifique » de passer le lieu du crime au « peigne fin » (expression qui ne manque jamais dans les séries policières). Bon, Mathieu a le trouillomètre à zéro, les parents de Vincent ne sont pas des tendres, ils pourraient bien accuser les médecins d’avoir poignardé leur fils dans son « sommeil » puisqu’ils parlent de « crime d’Etat ».