Je lis en ce moment un livre (un de mes cadeaux pour Noël) de Yascha Mounk intitulé : Le peuple contre la démocratie. Il analyse avec beaucoup de clarté le processus qui peut conduire la volonté populaire à détruire la démocratie libérale, les cas où la démocratie poussée à l’extrême sous sa forme « populiste » avec sa haine des élites, et son adhésion aux solutions simples assorties de quelques boucs émissaires commodes, finit par détruire la part libérale d’un régime, c’est à dire le respect et la garantie institutionnelle des libertés individuelles. Un processus qui risque de conduire le peuple souverain à abdiquer sa souveraineté au profit d’un autocrate ou d’un dictateur.
Dans mon billet : « 279. La primauté de la loi sur la science » j’avais noté que les juges prenaient facilement des décisions en établissant sans la moindre preuve scientifique un rapport de causalité entre deux évènements médicaux simplement en raison de leur succession chronologique.
Nous savons tous que la politique intervient dans la science ne serait-ce que pour des raisons éthiques, mais dans les démocraties libérales les politiques tiennent en général compte des données scientifiques pour prendre leurs décisions.
Il semble que les dirigeants dits « populistes », champions de la désinformation, ont tendance à se dispenser des preuves scientifiques si cela peut faire plaisir à une partie de la population. « La concurrence organisée par ces groupes politiques entre l’expertise scientifique et l’expertise populaire, au nom d’une prétendue égalité des opinions, ne peut qu’être redoutée par ceux qui fondent leur discours sur les preuves et refusent les raccourcis faciles. » (Aurélie Haroche, Journal International de Médecine).
Donald Trump, qui manie les fausses nouvelles avec un culot qui force l’admiration n’hésite pas à le faire même pour la médecine et la science, en recommandant en outre aux membres du National Health Institute (NIH) de ne plus utiliser la formule "fondé sur les preuves". Ce que l’on peut reconnaître au Président américain, c’est sa franchise puisqu’il réclame le droit de dire n’importe quoi à visage découvert, en encourageant les autres, et même les scientifiques, à faire de même.
En Italie, l’une des premières décisions du nouveau pouvoir que l’on peut considérer comme populiste a été de revenir sur l’obligation vaccinale qui avait été une réponse à l’affaiblissement de la couverture vaccinale des jeunes enfants. Admirons au passage l’expertise de Matteo Salvini, vice-président du Conseil, lorsqu’il a affirmé qu’il considérait « en tant que père » que les vaccins étaient « trop nombreux, inutiles et nocifs ». Ce qui a conduit des responsables de l’Institut supérieur de la santé (ISS) à démissionner. Ce qui conduira sans doute les autorités italiennes à choisir un personnel médical, non pas sur des critères de compétence, mais sur leur caractère politico-compatible (ce qui n’est pas une spécialité italienne). Le ministère italien de la Santé a d’ailleurs évoqué la possibilité de porter plainte contre ceux qui, par leurs critiques, « entachent l’honneur et la réputation des institutions ».