• 279. La primauté de la loi sur la science

    279. La primauté de la loi sur la science

    Dans les années 80 du siècle dernier, il était imposé aux médecins de ne rechercher l’infection par le virus du Sida chez un patient qu’avec son autorisation afin de ne pas stigmatiser les homosexuels, alors que la maladie était à l’époque toujours mortelle. Le ministère de la Santé s’était passé de l’avis des médecins qui le plus souvent passaient outre ce principe politique et antiscientifique afin de protéger le personnel de santé d’une éventuelle contamination par le sang.

    Récemment, c’est aux députés de l’Assemblée nationale que fut demandé de décider si les homosexuels masculins, population la plus menacée et la plus atteinte par le VIH, pouvaient donner ou non leur sang sans restriction. Leur décision fut prudente bien que prise par des personnes qui – a priori – ne connaissaient rien à la question. On ne voit vraiment pas pourquoi cette décision devait être débattue à l’Assemblée nationale alors qu’il s’agit d’un problème purement médical dont la solution est du domaine, non des politiques, mais des responsables des banques de sang, des infectiologues ou de l’Académie nationale de médecine et sans nécessité d'une loi mais d'un simple règlement de  fonctionnement des banques de sang.

    A trois reprises les juges ont admis que les vaccins pouvaient entraîner l’apparition de maladies alors qu’aucune étude sérieuse n’a permis jusqu’à présent d’établir une relation de cause à effet entre une vaccination et l’apparition ultérieure d’une maladie.

    Ce fut le cas en décembre 2017 où la cour administrative d’appel de Nantes a condamné l’Etat à verser une indemnité de plus de 190000 € à une secrétaire médicale qui, obligée de se vacciner contre l’hépatite B, avait développé par la suite une atteinte musculaire (myofasciite à macrophages).

    En janvier 2018, à Bordeaux ce fut le tour du laboratoire Sanofi d’être tenu pour responsable de l’apparition d’une sclérose en plaques d’un homme vacciné contre l’hépatite B en 1996.

    La cour d’appel de Montpellier, en mars 2018, a condamné l’armée française à verser une pension à un ancien militaire atteint d’une sclérose en plaques 16 mois après une vaccination, en 2005, contre la fièvre jaune.

    On se demande évidemment sur quoi s’appuient les juges pour établir des liens de causalité entre deux évènements alors que les scientifiques ont été jusqu’à présent incapables de les établir. Ce qui ne veut pas dire que l’on peut affirmer avec certitude qu’ils n’existent pas, mais la preuve n’en a pas été apportée jusqu’à présent. Les juges sont en avance, ils écartent toute possibilité de coïncidence, il suffit que deux événements de nature semblable (médicale en l’occurrence) se succèdent pour établir une relation de cause à effet entre le premier et le second.

    La causalité juridique n’a donc rien à voir avec la causalité scientifique mais s’avère avoir la priorité dans les faits. De tels jugements ne sont évidemment pas sans conséquence sur l’adhésion de la population à la vaccination. Remarquons qu’il est étonnant qu’il n’y ait pas plus de procédures judiciaires étant donné le nombre de vaccinés et la probabilité de survenue chez certains d'entre eux d’une maladie quelconque dans la période post-vaccinale.

    Illustration : Gaston Mélingue « Le Dr Edward Jenner réalisant la première vaccination » (le 14 mai 1796)

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 21 Octobre à 18:49
    Pangloss

    Post hoc, ergo propter hoc. Même en latin  et même juridique, c'est une bêtise.

      • Dimanche 21 Octobre à 18:58

        Mais c'est plus savant.

    2
    Lundi 22 Octobre à 08:16

    Oui, mon prof de statistique nous le disait il y a bien longtemps : la corrélation statistique (deux phénomènes évolue dans le même sens) n'est pas la causalité... même si ça doit nous mettre la puce à l'oreille.

    Mais aujourd'hui, on ne s’embarrasse pas avec ces détails. 

      • Lundi 22 Octobre à 09:02

        Les juges semblent donc se préoccuper de ce qui leur parait juste mais pas de  ce qui est vrai. Beau sujet de philo : la justice et la véracité.

      • Souris donc
        Lundi 22 Octobre à 17:01

        Jury de concours. Il y a...longtemps.

        Question : Pourquoi les Bretons sont les Français les moins équipés en salles de bain ?

        Réponse du candidat : ils ont la mer pour se baigner.

        Les Bretons/la mer : corrélation.

        Causalité : ils sont étaient plus pauvres.

      • Lundi 22 Octobre à 17:43

        La corrélation ne serait plus  valable aujourd'hui : on ne se nettoie plus dans la mer, on se salit.

      • Lundi 22 Octobre à 20:35

        Quand la corrélation est loufoque (et les chiffres vrais), ça donne des choses très drôles genre :

        "dans les années 60, la consommation de margarine a augmenté dans les mêmes proportions que les divorces par consentement mutuel"

        ou 

        "la courbe de ventes des voitures électriques a connu une évolution quasi-identique à celle des plaintes pour islamophobie"

        smile

      • Lundi 22 Octobre à 20:46

        Et en cherchant bien on peut toujours trouver une relation de causalité pour des évènements aussi éloignés : par ex. l'épouse achète de la margarine par économie et l'époux aime le beurre, d'où disputes et divorce.

    3
    Lundi 22 Octobre à 15:56

    La vaccination, comme toute médication peut entrainer des effets secondaires et il me semble que c'est chose admise. J'ai connu des personnes qu'il a fallu vacciner à l'hôpital, car allergiques. Ceci dit, le bénéfice est tellement évident qu'il est inconscient de la diaboliser et de la refuser. 

      • Lundi 22 Octobre à 16:03

        Ah ! Si l'homéopathie permettait de vacciner...

    4
    Mardi 23 Octobre à 12:01
    La Justice (l'"autorité" judiciaire) s'est décernée le titre de "pouvoir" judiciaire...
    Et comme tout ce qui possède une miette de pouvoir, elle veut montrer que c'est elle qui a la plus grosse (de miette...) entre législatif et exécutif (et même médiatique, tant qu'on y est...); populaire, on verra plus tard
      • Mardi 23 Octobre à 13:35

        La justice est un pouvoir et un contre-pouvoir mais elle-même ne semble pas soumise à un contre-pouvoir, sinon celui des recours où la décision est également prononcée par des juges. C'est compliqué. On en arrive toujours à l'existence ou non de l'intégrité individuelle.

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