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La semaine dernière lors d’un déjeuner dans un restaurant, le serveur, homme d’un âge moyen, s’est excusé d’un service un peu lent en disant qu’il était seul à servir. Il a ajouté que ce restaurant avait bien eu d’autres serveurs plus jeunes mais ceux-ci après avoir été formés, et bien que payés d’un salaire mensuel qui était dans cet établissement de l’ordre de 5OOO €, se disaient fatigués au bout d’un certain temps et ne revenaient plus travailler. A vrai dire, je ne sais pas si dans ce cas précis il s’agit d’une fragilité des jeunes générations ou de paresse qui conduirait certains à travailler de façon intermittente en alternant travail et chômage. Et peut-être ne s’agit-il ni de paresse ni de fragilité, mais d’une conception différente de la vie et du travail.
Une plainte a été déposée jeudi 10 avril auprès de la Cour de justice de la République (CJR) par 19 personnes - des soignants et des veufs ou veuves - pour harcèlement moral et homicides involontaires contre les ministres de la Santé, Catherine Vautrin et Yannick Neuder, et de l'Enseignement supérieur, Elisabeth Borne, pour dénoncer des suicides de soignants de l'hôpital public dans un contexte de dégradation des conditions de travail, a annoncé ce lundi 14 avril l'avocate des plaignants.
Ayant passé la plus grande partie de ma vie dans les hôpitaux, je sais que le métier de soignant, quel que soit le poste, n’est pas un métier facile et de tout repos. Il y a toujours des moments où on peut être débordé, et ils sont fréquents, ce n’est pas un métier prévisible, on le sait quand on s’y engage. Sans doute que les conditions de travail se sont dégradées, mais par rapport à quoi ? En tant qu’interne j’ai connu des salles communes de 50 malades alignés sur 3 rangs et des lits dans les couloirs avec un côté femmes et un côté hommes. Il probable qu’aujourd’hui les urgences y ressemblent et qu’il ne faut pas se satisfaire de cette situation. A mon époque, les urgences étaient plutôt correctes, sans doute parce qu’il y en avait moins car l’hôpital était moins sollicité et les médecins de ville y faisaient également face. Aujourd’hui ils ne seraient sans doute plus en sécurité pour se rendre chez un malade la nuit. Je ne pense pas (mais je n’en sais rien) qu’ils se déplaceraient actuellement à 3h du matin dans le 93 comme je l’ai fait jadis.
Solliciter la justice, en l’encombrant alors qu’elle est elle-même débordée, accuser sans cesse l’Etat en l’appelant au secours d’un « allo maman bobo » quand quelque chose va de travers, en écartant sa propre responsabilité et sa propre fragilité est une solution de facilité. Estimer que des ministres actuels seraient seuls responsables d’un harcèlement moral lié à une situation héritée et ancienne qui conduirait à des suicides n’a guère de sens. On comprend qu’un ou qu’une gosse ne supportant plus un harcèlement puisse se suicider, mais pour un adulte il faut tout de même un terrain particulier pour passer à l’acte uniquement quand les conditions de travail ne sont pas satisfaisantes. La vie n’est pas un long fleuve tranquille et cette judiciarisation permanente devant ses aléas devient ridicule, il vaut mieux y faire face en tentant à son niveau d’améliorer les choses. Mais est-on devenu si fragile que l’on ne trouve comme seule solution que d’être pris en charge ?
Edward Munch « Le cri »