19 Octobre 2014
La conservation de convenance pour une femme de ses propres ovocytes est interdite en France mais autorisée dans plusieurs pays. Ainsi, aux Etats-Unis, 5 000 enfants seraient nés après congélation par leur mère de leurs ovocytes. Le prélèvement des ovocytes nécessite une stimulation ovarienne et une petite intervention le plus souvent sous anesthésie locale. Mais le coût de la technique de congélation s’élève à 10 000 dollars par tentative (7 900 euros) auxquels s’ajoutent les 500 dollars par an pour assurer le stockage (environ 400 euros). Les femmes sont donc parfois amenées à sacrifier leurs ambitions professionnelles pour avoir un enfant tant qu’il est encore temps, car cette période correspond à celle où leur carrière commence à se dessiner.
Apple envisage et Facebook propose déjà d’offrir dans leur couverture santé la prise en charge des frais liés à la conservation d’ovocytes et ce jusqu’à 20 000 euros. Cette initiative soulève une polémique.
Quel est l’intérêt pour la femme ?
Choisir le moment de sa grossesse, sachant que les ovules conservés sont des ovules jeunes avec un meilleur potentiel que les ovules libérés à un âge plus avancé, quand ils ne sont pas absents, mais une grossesse tardive n’est pas anodine.
Choisir ce moment en fonction du plan de carrière et éventuellement de la rencontre du compagnon espéré. Ce qui est admettre que dans les conditions habituelles, il est parfois difficile de concilier sa progression professionnelle et une vie de famille, contrairement à un homme.
Quel est l’intérêt pour l’entreprise ?
Elle peut passer pour généreuse et favoriser la féminisation de ses employés, car actuellement on y compte deux hommes pour une femme, et permettre aux talents féminins de s’exprimer. Elle peut aussi se targuer de promouvoir l’égalité, ne serait-ce que donner aux femmes la possibilité de conserver leurs ovocytes comme les hommes ont celle de conserver leur sperme.
Mais ne cherche-t-elle pas également à ne pas perturber la bonne marche de l’entreprise par la survenue de grossesses intempestives ? Ce qui serait un peu considérer la femme comme une valeur marchande.
La proposition de ces entreprises est une intervention manifeste dans la vie intime de son personnel féminin, et sous couvert de générosité, il n’est pas exclu qu’elles puissent exercer ultérieurement des pressions pour inciter les femmes à choisir le moment de leur grossesse en fonction de l’intérêt de la firme. « Chère amie si vous pouviez sortir votre ovule du placard dans un an, cela nous arrangerait ».
D’une façon plus générale
Cette initiative montre à quel point le fossé se creuse entre l’acte sexuel et la procréation en opposition avec les religions monothéistes qui conçoivent l’acte sexuel comme visant essentiellement à la procréation, le plaisir que l’on peut en retirer étant en quelque sorte un « mal » nécessaire. Mais la distinction vécue entre sexualité et procréation ont été marquées ces dernières années par leur séparation physique, les gamètes n’ont plus besoin des corps pour s’accoupler mais ont encore besoin de celui de la femme pour se développer. Avec l’insémination artificielle et la fécondation in vitro, le corps de l’homme lui-même peut maintenant être exclu de la procréation.
Berthe Morisot « Le berceau »