Une de mes patientes m’avait raconté jadis que regardant à la télévision une émission sur la disparition des dinosaures avec son petit-fils, celui-ci s’est tourné vers elle et plutôt admiratif lui a demandé : « toi, mamie, tu as dû les connaître les dinosaures ? ».
Je n’ai pas connu les sauriens d’antan, mais j’ai un comportement antediluvien. Ce sont mes conversations, les lectures sur papier ou sur les sites de journaux que je consulte régulièrement qui sont souvent à l’origine de mes billets et je ne consulte éventuellement internet que pour des vérifications ou des compléments. La démarche inverse serait sûrement plus moderne : faire une recherche sur un sujet, ce qui permet d’avoir toute la documentation voulue. Je suis bien trop paresseux pour le faire.
De ce fait, celles ou ceux qui viennent commenter mes billets ont souvent la gentillesse de me fournir des articles bien documentés sur le sujet que je n’ai fait qu’effleurer. Qu’ils en soient vivement remerciés puisqu’ils m’en apprennent plus que je ne leur en apprends. Je m’aperçois ainsi que mes commentaires et conclusions ont déjà été faits par d’autres, et bien mieux.
Ce qui montre qu’il faut une certaine opiniâtreté et un goût de l’écriture pour continuer à tenir un blog alors que tout a été dit et qu’il est difficile de surprendre quiconque.
Pour quitter mon nombril qui m’est solidement attaché, ce matin, sur France inter, j’ai entendu (très partiellement) l’interview d’un économiste de droite, plutôt extrême, par le journaliste Demorand. L’immigration faisait bien sûr amplement partie de l’interview et, l’on s’en doute, guère appréciée par l’interviewé.
On peut discuter de l’équilibre entre générosité et réalisme dont la France devrait faire preuve devant le flux migratoire continu venant surtout d’Afrique, mais Demorand a sorti un argument qui m’a laissé pantois, car je le pensais usé jusqu’à la corde, pour justifier l’intérêt de l’immigration : celui de pouvoir aussi accueillir une élite (l'interviewé n'a d'ailleurs guère réagi à cet argument). Demorand devrait parfois quitter son micro et son casque et aller sous le métro aérien du côté de Barbès ou tout autre lieu où les Africains campent dans des conditions désastreuses. Ce sont des malheureux mal nourris, mal soignés et mal éduqués qui viennent en France, sinon ils ne risqueraient pas leur vie pour parvenir sur le continent européen. On peut douter du degré de formation des somaliens, érythréens ou soudanais entre autres. Si les maghrébins qui ont acquis une bonne formation dans leur pays viennent en France, c’est en général pour la compléter dans des conditions de vie correctes et avec le désir pour la plupart de retourner dans leur pays.
Dans l’hypothèse où une partie des immigrés venant d’Afrique de l’Est ou de l’Afrique subsaharienne arrive en France avec une bonne formation, quel est l’intérêt de la France de les accueillir puisqu’une partie de l’élite française très bien formée (parfois jusqu’à bac+10) est au chômage ?
Illustrations : André Martins de Barros (Libraire 3) et Magritte