Vous avez sans doute remarqué que dans les journaux l'expression "qui ne passe pas" est souvent employée lorsqu'un évènement, un discours ou une image heurte le politiquement correct actuel. "Le déjeuner sur l'herbe" qu'Edouard Manet avait terminé de peindre en 1863, et dont les personnages qui avaient servi de modèles étaient connus, avait fait scandale à l'époque. Manet voulait d'ailleurs choquer la morale bourgeoise par l'érotisme de ce tableau qu'il avait d'abord dénommé "La partie carrée", alors que des tableaux semblables du type académique et placés dans l'antiquité ne heurtaient personne. C'est en fait la contemporanéité de la représentation qui scandalisa à l'époque, et Manet voulait en montrer l'hypocrisie.
Aujourd'hui, ce n'est pas l'érotisme du tableau qui pourrait heurter, mais son machisme. la mise en infériorité de la femme : l'une nue et l'autre en chemise, alors que les hommes, manifestement dominants (d'autant plus qu'ils sont blancs, les bougres), impeccablement habillés, l'un, chapeauté, et tenant toujours sa canne à la main (va-t-il s'en servir ?), les deux attendant sans doute les services de ces dames mais jouissant d'abord de leur domination.
A ma connaissance, les néo-féministes n'ont pas demandé que ce tableau scandaleux soit décroché de salle 29 du musée d'Orsay et effacé de la culture. Si cela n'a pas été fait, cela ne ne saurait tarder.