L’esprit totalitaire qui conduit à appliquer la lutte anti - cholestérol à toute la population en se basant sur des études essentiellement faites chez des hommes d’âge moyen (et en négligeant parfois celles qui ne vont pas dans le même sens) peut se discuter. Il est nécessaire de réserver cette lutte à ceux que les statistiques désignent comme les plus menacés par une affection cardio-vasculaire et à ceux qui en ont déjà été victimes (angine de poitrine et infarctus du myocarde surtout). Le bénéfice attendu est d’autant plus nette que le cholestérol (lié aux LDL) est élevé (à condition de l’abaisser suffisamment) et que le patient est gravement atteint. Mais la menace ne vient pas seulement d’une élévation du « mauvais » cholestérol (LDL), cible principale du traitement, mais aussi d’autres facteurs biologiques et en particulier d’un taux bas du « bon » cholestérol (HDL), moins accessible à la thérapeutique.
Il y a une véritable course dans l’abaissement souhaité du cholestérol qui va conduire à traiter une grande partie des populations qui ne souffrent pas de la famine et en utilisant des doses fortes de médicaments, une course que les laboratoires pharmaceutiques encouragent avec satisfaction, d’autant plus que l’intérêt du traitement par les statines semble dépasser leur effet sur les graisses, ce qui explique aussi que leur prescription devient de plus en plus large, même en l’absence d’élévation du cholestérol.
Il est évident que les cas individuels échappent aux statistiques : un sujet qui a un taux de cholestérol bas et en apparence aucun autre facteur de risque peut fort bien faire un accident cardiaque et celui qui paraît menacé, ne pas en avoir.
Il est discutable de vouloir traiter les femmes non ménopausées, alors que la plupart n’ont pas besoin de l’être. A taux de cholestérol total égal, les femmes sont beaucoup moins menacées que les hommes et la prévention avant l’apparition d’une affection cardio-vasculaire, sauf exception (obésité, tabagisme, hypertension artérielle, diabète), est discutable avant la ménopause.
Dans le grand âge la dénutrition provoquée par un régime est bien plus dangereuse qu’un cholestérol élevé (après 85 ans la mortalité serait moins grande lorsque le cholestérol est élevé !). En l’absence d’antécédents cardio-vasculaires, doser le cholestérol après 75 ans ne s’impose peut-être pas. Reste que si le patient prend un traitement depuis longtemps, il est difficile de le lui supprimer lorsqu’il atteint 75 ans, à moins qu’un jour on oblige le médecin à le faire…